Le Grand Maître Philippe Foussier (Grand Orient) se rend en Israël proclame son attachement aux valeurs juives et dénonce l’extrême droite et l’intégrisme

Le Grand Orient se rend en Israël et Philippe Foussier, son Grand Maître, affirme à l’émission d’i24 NEWS le 19 févr. 2018 :
«Le temple de Salomon est une référence pour les francs-maçons.» «L’extrême droite n’aime pas les francs-maçons et nous ne l’aimons pas non plus (… +) et nous aussi nous sommes opposés à tous les intégrismes religieux.»

 

Quelques ajouts en citations afin de saisir les antécédents de la maçonnerie antifasciste et antichrétienne d’un même coup (et pour cause !).

«Le gouvernement de Mussolini a détruit l’école laïque et réintroduit dans les écoles le crucifix et l’instruction religieuse – voilà le motif du combat entre le fascisme et la maçonnerie.»

Bulletin du bureau international des relations maçonniques, avril-juin, page 127.

« Il n’y a pas d’interdit dans la Maçonnerie, sauf pour les corruptions de pensée tels le fascisme et l’antisémitisme, les dogmes et les religions, parce que que ces dernières soumettent les hommes que la Maçonnerie libère. »

Ancien Grand Maître du Grand Orient Jacques Mitterrand en 1973.

 

Couverture se moquant de ceux qui dénoncent, pourtant à juste titre cette alliance judaïsante objective, anti-civilisation occidentale et anti-France.

 

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La Secte Maçonnique de 1717 à 2017 par l’abbé Ricossa

Conférences en trois partie de l’Institut Mater Boni Consilii du 26 novembre 2017, à Paris, par M. l’abbé Francesco Ricossa (directeur de la revue Sodalitium). La Secte Maçonnique, 1717-2017 : 300 ans de maçonnerie moderne.

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1ère Conférence – Les origines et la fondation de la secte :

Plan indicatif : – Connaître les ennemis – Qu’est-ce que la franc-maçonnerie – Qui étaient ces francs-maçons du début : pasteur James Anderson, Pasteur Desaguliers, William Stockley, Chevallier de Ramsey, William Stukeley – La franc-maçonnerie existait-elle avant 1717 ? – Questions de la salle.

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2ème Conférence – La doctrine de la franc-maçonnerie 3ème Conférence – Francs-maçons, modernistes, traditionalistes :

Plan indicatif : – Le magistère de l’Église et spécialement l’encyclique Humanum Genus de Léon XIII – Le naturalisme – L’ésotérisme – question de l’athéisme ou déisme maçonnique est un faux problème – maçonnerie et kabbale – Questions de la salle.

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3ème Conférence – Francs-maçons, modernistes, traditionalistes.

Plan indicatif : – Maçonnerie et modernisme : œcuménisme, réunions d’Assise, rabbin Benamozegh, Benson, légende des trois anneaux, Jules Marx Isaac… “modernistes et maçons même combat” – Maçonnerie et traditionalisme : Guénon, Evola, Coomaraswamy, Introvigne, Radio Spada, – Questions de la salle (notamment sur Les Brigandes).

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«A notre époque, les fauteurs du mal paraissent s’être coalisés dans un immense effort, sous l’impulsion et avec l’aide d’une Société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la Société des francs-maçons. Ceux-ci, en effet, ne prennent plus la peine de dissimuler leurs intentions et ils rivalisent d’audace entre eux contre l’auguste majesté de Dieu. C’est publiquement, à ciel ouvert, qu’ils entreprennent de ruiner la sainte Église, afin d’arriver, si c’était possible, à dépouiller complètement les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont redevables au Sauveur Jésus Christ. (…) Il en résulte que, dans l’espace d’un siècle et demi, la secte des francs-maçons a fait d’incroyables progrès. Employant à la fois l’audace et la ruse, elle a envahi tous les rangs de la hiérarchie sociale et commence à prendre, au sein des États modernes, une puissance qui équivaut presque à la souveraineté. De cette rapide et formidable extension sont précisément résultés pour l’Eglise, pour l’autorité des princes, pour le salut public, les maux que Nos prédécesseurs avaient depuis longtemps prévus. (…) Il s’agit pour les francs-maçons, et tous leurs efforts tendent à ce but, il s’agit de détruire de fond en comble toute la discipline religieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes et de lui en substituer une nouvelle façonnée à leurs idées et dont les principes fondamentaux et les lois sont empruntées au naturalisme».

Extraits de l’encyclique Humanum Genus de S.S. Léon XIII (20 avril 1884).

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« La franc-maçonnerie et le modernisme ont les mêmes méthodes et le même but ».

Entretien donné par l’Abbé Ricossa au journal Rivarol du 15 novembre 2017.

Le directeur de la revue Sodalitium, l’abbé italien Francesco Ricossa, donne chaque année à Paris depuis une décennie une série de conférences de haut niveau sur une question importante de l’actualité religieuse ou de la doctrine catholique. A l’occasion du troisième centenaire de la naissance de la franc-maçonnerie moderne, il va ainsi donner le 26 novembre une série d’instructions, chacune suivie de questions de la salle, sur ce phénomène, son origine, sa doctrine, ses ramifications, son infiltration et son influence dans les milieux “catholiques” tant modernistes que traditionalistes. Nous lui posons donc des questions sur ce sujet essentiel mais aussi sur des thèmes d’actualité.


RIVAROL : Que pensez-vous de la « correction filiale » adressée à Bergoglio à la suite de « l’exhortation apostolique » Amoris Laetitia ? Ce document, signé par des conciliaires conservateurs et le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, qui recense sept hérésies dans Amoris Laetitia, n’a jusqu’à ce jour provoqué aucune réaction officielle du Vatican.

Abbé Francesco RICOSSA : Amoris Laetitia, d’un point de vue technique, n’est pas une encyclique mais une exhortation post-synodale. Comme souvent je partage la critique contre cette exhortation, mais je ne peux pas être d’accord avec l’initiative. Je ne peux pas partager le fait que l’on prétend défendre la doctrine de l’Église en s’appuyant explicitement sur l’enseignement de Paul VI et de Jean-Paul II, sur Vatican II, ni approuver le fait que ce document se présente comme une correction filiale et reconnaît la légitimité de Bergoglio. Car c’est se placer dans une position insoutenable, celle de ceux qui refusent le magistère de l’Église, puisqu’ils considèrent que Bergoglio en est le chef, et qui, par conséquent, se refusent d’obéir à ce qu’ils considèrent être l’autorité légitime. Ils se placent même au-delà des “cardinaux” qui ont exprimé des dubia, des doutes ; ces derniers demandaient au “magistère” un éclaircissement sur un document “magistériel” tandis que les signataires de la « correction filiale » se permettent de refuser un document qu’ils considèrent être du magistère.

R. : Cependant les signataires affirment que leur « correction filiale » ne remet pas en cause l’infaillibilité pontificale.

Abbé F. R. : Qu’il s’agisse d’un document infaillible ou non, le catholique filialement doit embrasser le magistère. Il ne peut pas faire le tri entre ce qui est infaillible et ce qui ne l’est pas. Tout au plus peut-on demander un éclaircissement, comme les “cardinaux” l’ont fait. Mais on ne peut pas accuser d’hérésie un document officiel du magistère. Même les anciens théologiens ayant posé l’hypothèse d’un pape hérétique supposaient toujours que le pape était hérétique en tant que docteur privé. Ils ne pouvaient même pas imaginer, parce que c’est inimaginable, qu’il soit hérétique dans un magistère authentique et officiel.

R. : Beaucoup de traditionalistes n’ont-ils pas une vision très minimaliste de l’infaillibilité pontificale ?

Abbé F. R. : Oui, non seulement du dogme de l’infaillibilité, mais de la papauté dans son ensemble. De ce que sont les prérogatives du pape, et même de la sainteté de l’Église. En cela, paradoxalement, ils se rallient à toute la politique menée par Bergoglio qui consiste à détruire l’autorité du pape et de l’Église. Car que fait-il sinon condamner le magistère de l’Église et le rôle du pape, par exemple en exaltant Martin Luther ? L’un des signataires de la « correction filiale », le professeur De Mattei, que je connais bien, a écrit un livre traduit en français, dans lequel il dresse une liste de soi-disant erreurs des papes, depuis Saint Pierre jusqu’à aujourd’hui. C’est étonnant car les traditionalistes, finalement, s’accordent avec les modernistes pour prétendre que l’Église s’est toujours trompée. Ils ne sont simplement pas d’accord sur les points sur lesquels l’Église se serait trompée !

R. : Considérer qu’un vrai pape, le vicaire du Christ, le successeur de Pierre, puisse, tout en restant pape, canoniser des saints qui n’en sont pas, promulguer un concile œcuménique, un catéchisme, un code de droit canon qui contiennent des erreurs et des hérésies, promulguer un rite de la messe et un rituel des sacrements qui soient nocifs pour la foi, publier des encycliques et autres documents pontificaux qui enseignent des erreurs graves en matière de foi et de morale, poser des actes publics scandaleux comme la réunion d’Assise ou le baiser du Coran n’est-il pas étrange ? Saint Thomas d’Aquin enseigne dans La Somme théologique qu’un catholique qui vénérerait le tombeau de Mahomet commettrait un acte d’apostasie. Or quelle différence y a-t-il entre vénérer le tombeau de Mahomet et baiser le Coran comme le fit Jean Paul II en 1999 au Vatican ? La conception d’un pape faillible pouvant publiquement enseigner et encourager l’erreur et l’hérésie ne va-t-elle pas à angle droit contre Vatican I qui enseigne explicitement et infailliblement que le siège de Pierre est toujours resté pur de toute erreur…

Abbé F. R. : Oui, cela va contre Vatican I et contre tout ce que l’Église a toujours dit et affirmé.

R. : Si je puis me permettre, cette « correction filiale » a été également signée par un ancien sédévacantiste aujourd’hui septuagénaire, l’abbé Claude Barthe. C’est une pierre dans votre jardin, non ?

Abbé F. R. : Il est vrai que l’abbé Claude Barthe était un sédévacantiste complet. Il a cependant depuis rallié Ratzinger, en est devenu l’interprète plus ou moins autorisé. Il avait une certaine proximité avec lui. Je ne peux dire ce qu’il pense, mais l’ayant connu un petit peu, je crois qu’il a une conception gramscienne. Il voudrait arriver à gagner l’ambiance moderniste de façon intellectuelle, c’est l’idée selon laquelle il est possible de faire progresser l’idée traditionaliste pour réformer de l’intérieur. C’est un procédé qui ne me convainc pas, car nous sommes dans le domaine de la foi, et pas de la politique. D’ailleurs, ce procédé ne fonctionne pas.

R. : C’est une forme d’entrisme ?

Abbé F. R. : Oui, mais ce sont là les arts des hommes du monde, pas des hommes de Dieu, me semble-t-il.

R. : Vous évoquiez Luther. Déjà l’année dernière, au Vatican à Saint-Pierre de Rome, Bergoglio avait fait un discours sous le regard bienveillant d’une statue de Luther pour commémorer le 500e anniversaire jour pour jour de la promulgation des 95 thèses luthériennes. Il ne s’est pas contenté de cela, il est depuis allé en Suède participer activement à des offices œcuméniques avec des pasteurs femmes, il continue de faire des déclarations très favorables à Luther. Que penser de tout cela ?

Abbé F. R. : En réalité dans pratiquement tous les diocèses il semble qu’un ordre vienne d’en haut pour que l’on commémore et fête la “Réforme”. La Cité du Vatican a même produit le 31 octobre un timbre sur lequel on peut voir Luther et Melanchthon, théologien et ami de Luther. Tout cela se fonde sur l’équivoque de ce document dans lequel luthériens et “catholiques” ont trouvé un accord au sujet de la justification. J’avais rédigé un article dans Sodalitium à cette occasion. Il est vrai que la doctrine de la miséricorde de Bergoglio ressemble fortement à la théorie de la justification de Martin Luther. Bergoglio a notamment essayé de faire comprendre aux confesseurs que l’homme est nécessairement pécheur, et par conséquent même si le pénitent n’avoue pas ses fautes, ne se repent pas, ne se corrige pas, la miséricorde de Dieu le couvre comme d’un manteau et pardonne toujours. C’est la même doctrine que Martin Luther, sous un autre nom.
Bergoglio est luthérien, et ce n’est pas l’offenser que de le dire, puisqu’il ne cache pas sa dévotion envers ce personnage qui a été un ennemi déclaré de la papauté, des sacrements, du sacrifice de la messe, de toutes les vertus chrétiennes, de la foi. Ce qui est étonnant, c’est que la plupart des baptisés ne s’en rendent pas compte. Il faut dire que cet éloge de Luther est ancien, c’est presque une sorte de tradition. Cela avait commencé avec Jean Paul II.

R. : En 1999, il y avait déjà eu en effet un accord sur la justification…

Abbé F. R. : Oui, Jean Paul II s’était rendu en Allemagne, tel un pèlerin, avait-il déclaré, sur les traces de Martin Luther. Il s’était rendu au temple luthérien de Rome. Ratzinger a fait de même. De ce point de vue, Bergoglio n’est pas un novateur. Il est dans une tradition, hélas ce n’est pas la tradition catholique.

R. : Mais Bergoglio ne va-t-il pas plus loin que ses prédécesseurs, au moins sur le plan du démantèlement public et radical de la morale chrétienne : sur le divorce, l’homosexualité, l’abandon dans les faits de l’indissolubilité du mariage, la caution publique donnée à des mouvements du lobby LGBT, à des clercs militant ouvertement pour l’ordination de prêtres homosexuels et favorables au “mariage” des invertis ?

Abbé F. R. : Bergoglio développe ce qui avait déjà été posé, même à partir de Paul VI. Certes on trouve des contradictions matérielles entre ce que dit Bergoglio et ce que disaient par exemple Wojtyla ou Montini. Mais cela est une contradiction, je dirais, dans la lettre. Mais au fond, dans l’esprit, à partir de Montini déjà, encore plus sous Wojtyla, il y a ce personnalisme, même d’un point de vue moral, qui posait les bases, le fondement philosophique, d’un retournement même dans le domaine de la morale, surtout de la morale sexuelle, et que Bergolio n’a fait qu’amener aux dernières conséquences. Même Ratzinger avait déjà commencé à entrevoir des solutions “mondaines” à la question des divorces, des pécheurs publics. Bergoglio n’est pas né d’une façon imprévue dans un terrain vierge. Il est l’héritier de toute une mentalité qui est la mentalité moderniste et conciliaire. La différence est qu’il est grossier, parle plus ouvertement, ne cherche pas à cacher ce qu’il dit sous une terminologie théologique, alors évidemment pour les gens du monde c’est plus voyant.

R. : Mais cela ne suscite pas tellement plus de réactions dans le monde officiellement catholique.

Abbé F. R. : Un petit peu plus. Pas autant qu’il le faudrait. C’est que, après plus de 50 ans de modernisme, les gens sont déjà complètement dans le coma : ils ont une foi faible ou complètement pervertie. Ils ne savent plus ce qu’est une vérité de foi. Cette façon si claire de procéder, si on l’avait mise en place en 1965, aurait alors choqué, suscité des réactions violentes. Mais il ne faut pas oublier plus d’un demi-siècle de prédication moderniste ininterrompue. Lorsque le premier rassemblement œcuménique et syncrétique d’Assise avait été réuni par Jean Paul II en octobre 1986, cela avait suscité une grande stupéfaction et certaines incompréhensions. Aujourd’hui hélas ce genre de rassemblements qui a lieu tous les ans passe comme une lettre à la poste et, trente ans après, ne suscite d’indignation qu’auprès d’une infime minorité de baptisés.

R. : Un mot sur ce que dit à répétition Bergoglio sur l’accueil sans réserve, sans limite, de migrants mahométans en Europe…

Abbé F. R. : Les modernistes n’ont plus un horizon doctrinal, qui place la foi et les choses spirituelles au premier plan, mais ont seulement un point de vue horizontal et humanitariste. Evidemment les conséquences sont moins graves d’un point de vue strictement doctrinal puisque l’accueil, la miséricorde, la charité à l’égard du pauvre, du malheureux ont toujours existé, c’est dans le message de Notre-Seigneur. Mais ce qui est grave c’est qu’une immigration incontrôlée et massive, a fortiori de personnes professant une religion hostile à la religion catholique, est un phénomène très difficile à corriger et à changer. C’est un problème quasiment impossible à éliminer et qui va causer un bouleversement considérable dont les conséquences pour le bien commun sont infinies. C’est l’autorité temporelle qui devrait — et aurait dû — intervenir pour sauvegarder le bien commun mais là aussi on observe le silence le plus absolu.
Le fait que l’Europe n’a plus aucune foi, ni aucune morale conduit évidemment à la dissolution des identités. Mais je pense que le phénomène des flux migratoires a été voulu. L’Europe était déjà dans ce malheureux état d’apostasie avant que le phénomène de l’immigration massive ne commence. Par ailleurs, les problèmes de pauvreté et de guerre existaient déjà il y a un demi-siècle dans les continents les moins favorisés et pourtant il n’y avait presque pas d’immigration. Ce phénomène a donc été organisé au plus haut niveau, et dans un but bien précis.
Mais le problème le plus grand, plus important encore que l’invasion qui vient du dehors, c’est la corruption qu’il y a chez nous. Si notre civilisation était à la hauteur de son passé, de son héritage, la plupart de nos problèmes auraient été résolus. Mais malheureusement c’est nous qui sommes les premiers coupables. Et il est évident que nous avons été trahis, ceux devant œuvrer au bien travaillant en réalité pour l’ennemi.

R. : Cette année ce n’est pas seulement le cinq-centième anniversaire de la Réforme luthérienne, c’est également le trois-centième anniversaire de la création de la franc-maçonnerie moderne. A cette occasion, et pour commémorer ce triste événement, vous donnez à Paris le 26 novembre une série de conférences sur ce sujet. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Abbé F. R. : Ces trois cents ans de la fondation de la franc-maçonnerie moderne sont l’occasion de réfléchir sur ce phénomène, sur cet ennemi farouche du christianisme et de la foi d’autant plus dangereux qu’il agit, en grande partie, en secret. Dans ce but, je vais donner trois instructions. La première, c’est l’histoire de la maçonnerie à l’envers. Au lieu de commencer en 1717 et d’aller jusqu’à maintenant, ce que beaucoup de personnes souhaiteraient et qui serait intéressant, c’est plutôt l’histoire à l’envers. Nous étudierons les origines de la maçonnerie, ou la maçonnerie avant la naissance officielle de la maçonnerie moderne. D’où viennent ces hommes qui ont fondé la franc-maçonnerie à Londres le 24 juin 1717 ? Quelles étaient leurs idées ? Et quelle a été l’origine de la maçonnerie, ce qui est une question bien disputée ?
La deuxième conférence se penchera sur la doctrine de la maçonnerie. Et le point de départ sera l’encyclique de Léon XIII Humanum genus. Elle sera complétée par l’essai d’Arthur Preuss sur la franc-maçonnerie américaine qui est un des meilleurs ouvrages sur la question mais qui, en France curieusement, n’a eu aucun écho.
La troisième conférence est une question d’actualité, l’influence que l’ennemi peut avoir sur les modernistes, ce qui est évident, mais aussi dans “nos” milieux pour s’en garder. C’est la partie la plus polémique et la plus croustillante si j’ose dire !

R. : Que répondre à ceux qui prétendent que la franc-maçonnerie n’a plus aujourd’hui l’influence qu’elle avait par le passé ?

Abbé F. R. : Permettez-moi de sourire devant de telles affirmations. Un ancien grand maître du Grand Orient d’Italie dans les années soixante disait que la maçonnerie aurait gagné la partie le jour où tout le monde penserait comme la franc-maçonnerie, c’est-à-dire quand les valeurs de la franc-maçonnerie deviendraient la façon de penser du monde entier. Nous y sommes. Autrefois il est vrai que la franc-maçonnerie était au gouvernement dans les principaux pays, et c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui, sous une forme ou sous une autre, mais alors il y avait une réaction. Il y avait ceux qui défendaient les principes de la franc-maçonnerie et ceux qui s’y opposaient, les autorités de l’Église catholique et une partie du peuple. Aujourd’hui même ceux qui s’opposent en parole à la franc-maçonnerie, ce qui fait bien peu de monde, très souvent, sans le savoir, partagent les mêmes principes que la secte. Ils ne se rendent même pas compte qu’ils approuvent et diffusent dans les faits les idées de la franc-maçonnerie. C’est le meilleur signe de la victoire des frères trois points.
Certains ne s’aperçoivent même plus de la présence néfaste de la franc-maçonnerie car elle est vraiment partout, y compris chez ceux qui prétendent être l’autorité de l’Église catholique. Les réunions d’Assise sont ainsi une manifestation impressionnante de ce qui est fait dans les loges. C’est la même méthode qui est utilisée et dans le même but. Le fondateur de la communauté de Sant’Egidio, Andrea Riccardi, qui organise ces réunions d’Assise, a déclaré il y a quelques années que son inspirateur, c’est le rabbin de Livourne, Elie Benamozegh, un homme très proche de la franc-maçonnerie et désireux de réaliser les principes du noachisme, lequel est cité dans les Constitutions d’Anderson, c’est-à-dire les constitutions qui règlent la maçonnerie moderne.

R. : Les mouvements de droite radicale en Europe ne sont-ils pas eux-mêmes infiltrés par la franc-maçonnerie ?

Abbé F. R. : Oui, et cette infiltration existe de deux points de vue : du point de vue des hommes et du point de vue des idées. Il y a des mouvements où des francs-maçons sont acceptés voire promus. De manière ouverte ou cachée. Et puis il y a un problème d’idées : des personnes qui ne sont pas initiées partagent les principes les plus importants de la maçonnerie. Je ne parle pas là seulement de ces principes qui sont devenus hélas la pensée commune de tout le monde, qui sont enseignés à l’école, proclamés à la “paroisse”, liberté, égalité, fraternité, etc, mais je parle de l’ésotérisme. Dans “nos” milieux, ceux qui s’opposent souvent sincèrement à la triade révolutionnaire et au monde moderne le font fréquemment au nom d’une doctrine ésotérique qui est l’essence même de la maçonnerie. On sort d’une erreur pour tomber dans une autre erreur non moins grave.

R. : Vous pensez à l’influence dans les milieux de droite radicale que peuvent avoir des penseurs comme René Guénon ou Julius Evola ?

Abbé F. R. : Ces deux penseurs, Guénon et Evola, ont pu avoir dit quelque chose de vrai, notamment sur le rejet et la dénonciation du monde moderne, au milieu de beaucoup de choses fausses, de sorte que nombreux sont ceux qui, pensant s’opposer au monde actuel, adhèrent à tous les principes de la maçonnerie. C’est évident dans le cas de René Guénon puisqu’il a été lui-même initié. Dans le cas d’Evola, son appartenance à la maçonnerie est loin d’être démontrée mais c’était un intellectuel dont les fréquentations maçonniques sont évidentes et sa doctrine ésotérique qu’il n’a jamais cachée en fait objectivement un compagnon de route de la maçonnerie.

R. : Quels ont été les rapports du fascisme italien et de la maçonnerie ?

Abbé F. R. : Le fascisme italien était tout d’abord un pragmatisme mené par l’instinct politique de Mussolini qui a changé de nombreuses fois, s’adaptant à la pratique. Il est certain qu’au début du fascisme la plupart des hiérarques étaient initiés, quasiment tous ceux qui ont voté contre le Duce en 1943 dans le grand conseil fasciste étaient également francs-maçons, mais aussi quelques-uns qui sont restés à ses côtés dans la République sociale italienne. Mais il est vrai aussi que le fascisme a déclaré illégales toutes les sociétés secrètes de sorte que la maçonnerie sous Mussolini a pratiquement disparu du pays et n’a eu à nouveau droit de cité que quand les Alliés américains et anglais ont débarqué en Italie. Il est vrai aussi que ceux qui ont essayé avant-guerre d’assassiner Mussolini venaient de la théosophie et étaient donc liés à la maçonnerie. Les choses sont donc compliquées. J’en ai parlé dans Sodalitium dans un article sur un personnage très aimé dans les milieux fascistes, le grand poète Ezra Pound, lequel venait d’un milieu anglais très porté vers la théosophie.
Nul doute par ailleurs que le fascisme était proche à son origine des principes ayant présidé au Risorgimento. Il est vrai aussi que, durant le régime, certains ont pensé que le gouvernement de Mussolini aurait conduit à un triomphe de l’ésotérisme, par exemple le groupe d’Evola et Reghini, mais pas seulement eux, celui de D’Annunzio également. Ce courant-là voulait que le fascisme marquât une continuation du mouvement du Risorgimento dans un sens clairement ésotérique. Mais il a été déçu au moment du Concordat. D’autres courants ont en revanche pensé que le fascisme, malgré tous ses défauts doctrinaux, aurait pu, peu à peu, apporter, d’un point de vue plus pratique que spéculatif, un remède à la révolution italienne et ont travaillé dans ce but, par exemple Mgr Benigni, le fondateur de la Sapinière qui s’opposait aux principes du mouvement fasciste, mais qui a collaboré activement avec le régime, cela dans le but de l’amener à des positions catholiques. Tout le monde a donc essayé d’amener ce gouvernement de son propre côté.

R : Que répondez-vous à ceux qui distinguent entre une bonne et une mauvaise maçonnerie, une maçonnerie blanche, monarchiste, royaliste et traditionaliste qui serait honorable et une maçonnerie rouge, athée, révolutionnaire qui serait à rejeter ?

Abbé F. : Je réponds que la franc-maçonnerie a travaillé à couper la tête du Roi ! Il est certes vrai qu’il y a eu des monarchistes qui étaient des francs-maçons et même des ennemis de la Révolution française. Ils avaient raison d’être contre la Révolution mais ils avaient tort d’être influencés par l’ésotérisme maçonnique, je pense notamment à un Joseph de Maistre.
L’Église ne fait pas de distinction entre la maçonnerie anglaise et la maçonnerie française, entre une maçonnerie de droite et une maçonnerie de gauche. Toutes les maçonneries se proclament pour une tradition, évidemment c’est leur tradition qui n’est pas la nôtre !
Il y a des principes communs à toute maçonnerie. Nous avons réédité le livre d’Arthur Preuss Essai sur la franc-maçonnerie américaine. Le but de l’auteur était de montrer que la maçonnerie anglo-saxonne partage les mêmes principes que la maçonnerie latine, la même farouche opposition à l’Église. C’est une illusion de croire à une franc-maçonnerie respectueuse de la religion. Il faut donc lutter contre toute maçonnerie, et contre tout ésotérisme, même s’il est partagé par des gens qui ne sont pas initiés en Loge.

R. : Comment peut-on brièvement définir les principes de la maçonnerie ?

Abbé F. R. : Il est difficile en peu de mots de donner une vue d’ensemble de la maçonnerie. Il y a tout d’abord une doctrine officielle, que la maçonnerie proclame pour les autres, celle que nous connaissons et qui préside au gouvernement de nos pays : la liberté, l’égalité, la fraternité, la liberté religieuse, la laïcité, la tolérance, la non-discrimination. C’est ce que tout le monde partage. Tout le monde le boit avec le lait de sa mère, c’est l’air que nous respirons. Mais il y a aussi et surtout une doctrine ésotérique qui est la véritable pensée maçonnique. Le pape Léon XIII dans l’encyclique Humanum genus explique que le point essentiel de la maçonnerie c’est le naturalisme, l’adogmatisme. Il n’y a rien qui soit supérieur à la nature, pas même Dieu qui se confond avec la nature, si toutefois Il existe (ce à quoi ne croient pas toutes les loges). Tout ce qui est révélé, le monde de la grâce, la Révélation, la transcendance divine, les dogmes de foi, est inacceptable en franc-maçonnerie.
Il faut bien comprendre que dans la maçonnerie deux aspects existent et doivent être distingués. Un aspect rationaliste et un aspect magique, lequel n’est pas contraire mais complémentaire au premier. On observe la négation de la véritable religion mais celle-ci étant niée d’une manière rationaliste est comme remplacée par les mystères maçonniques qui sont une réédition des anciennes hérésies de la gnose païenne et de la kabbale juive qui ont plus ou moins les mêmes principes. Les mystères du paganisme unis au courant de l’alchimie Rose-Croix, de l’hermétisme, du néoplatonisme, ce sont là la philosophie et la religion maçonniques qui aboutissent au culte du Serpent. Il n’est pas étonnant que parmi les personnages de la tradition maçonnique on exalte Caïn, une lignée certes traditionnelle mais démoniaque. Quand le poète italien Carducci écrit son Hymne à Satan, il montre ces deux aspects de la maçonnerie : un naturalisme rationaliste, Satan est le symbole de la négation de Dieu dans le progrès humain, et en même temps une tendance démoniaque, magique et satanique.

R. : Que penser des distinctions entre maçonnerie matérialiste et maçonnerie spiritualiste ?

Abbé F. R. : C’est la même maçonnerie, ce sont les deux faces de la même médaille. Le maçon matérialiste est toujours ésotérique. Sans l’ésotérisme, sans le symbolisme, sans le secret, il n’y a pas de maçonnerie. Et dans le même temps le maçon ésotériste avec sa prétention de se lier aux anciennes traditions de toutes les religions est en fin de compte un matérialiste. Car quelle est cette tradition, quels sont ces mystères, quel est ce divin dont ils parlent ? Ce n’est rien. Le matérialisme et le spiritualisme ne sont donc pas deux choses qui s’opposent en maçonnerie. Chez certains c’est l’aspect matérialiste grossier qui prévaut, chez d’autres c’est l’aspect symbolique religieux. Mais en réalité les deux se rejoignent dans une même doctrine.

R. : Votre troisième conférence sur maçonnerie, modernisme et traditionalisme semble polémique. Qu’entendez-vous démontrer dans cette instruction ?

Abbé F. R. : C’est en effet la partie de la conférence la moins intellectuelle, celle qui se prête le plus à des polémiques. Je vais essayer de montrer les liens entre le modernisme et l’occultisme, le modernisme et la pensée maçonnique. Dans le modernisme comme dans la maçonnerie il y a ces deux visages, un aspect naturaliste et un aspect (faussement) mystique : le moderniste philosophe, historien, politicien, est un rationaliste et un agnostique. Et dans le même temps il prétend être un croyant, ce qu’il n’est pas. La doctrine moderniste et la doctrine maçonnique se rejoignent.
Plus étonnante est la question du traditionalisme. On entend par ce mot non pas le traditionalisme du XIXe siècle qui, tout en ayant été la philosophie de la Restauration et avec Lamennais hélas celle aussi du libéralisme, est l’ancêtre soit du modernisme, soit du guénonisme, mais le traditionalisme moderne, celui qui s’oppose à Vatican II et auquel nous nous rattachons. Même dans “nos” milieux il y a des infiltrations soit des idées, soit de certaines personnes développant une ambiance ésotérique. Il y a plusieurs cas concrets à examiner. C’est ce que je ferai dans cette conférence. Et même chez ceux qui n’ont pas des fréquentations ou des idées ésotériques, d’aucuns, dans des groupements traditionalistes, utilisent les méthodes maçonniques pour arriver à leurs fins. Il faut mettre tout cela en lumière. C’est donc un sujet de discussion pour se garder de certains problèmes.
Tout cela bien sûr, il faut l’affirmer sans tomber dans un travers assez fréquent hélas chez ceux qui combattent à juste titre la franc-maçonnerie, c’est-à-dire de le faire sans esprit critique suffisant, sans documents à l’appui, sans preuve avérée, sans formation approfondie. Il y a dans l’antimaçonnisme un côté sérieux et même indispensable mais il y a aussi des ouvrages, des auteurs, des sites moins sérieux et moins fiables. De même il y a ceux qui se gardent des infiltrations maçonniques, j’en suis, et ceux qui prétendent que tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont des francs-maçons. Ce qui est ridicule et peut jeter à tort le discrédit sur toute l’école anti-maçonnique.

R. : Aborderez-vous au cours de vos conférences la question de la judéo-maçonnerie ?

Abbé F. R. : C’est une question vraiment importante. Nous en parlerons dans la première conférence car, à l’origine de la maçonnerie, la pensée de la kabbale est incontestablement présente. Non seulement d’ailleurs dans la maçonnerie mais dans toutes sortes d’ésotérisme. Nous évoquerons aussi cette question dans la deuxième instruction car une partie importante de la doctrine maçonnique n’est au fond rien d’autre que du kabbalisme. Mais il n’y aura pas une instruction explicitement et exclusivement consacrée à la judéo-maçonnerie. Ce sujet mériterait à lui seul un nouveau congrès. Peut-être une autre année !

Propos recueillis par Jérôme Bourbon
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Le primat de juridiction du Pape et le Saint-Siège par l’abbé Louis Coache

La position fausse selon laquelle les sédévacantistes seraient condamnés par avance, parce que «quiconque nierait la succession ininterrompue des papes jusqu’à la fin du monde est digne d’anathème» (sic), fût réfuté dès 1972 par l’Abbé Louis Coache (ancien sédévacantiste de la FSSPX), docteur en Droit canonique, car nous  restons attaché à la personne morale du Saint-Siège comme à chaque décès de vrais papes. Distinctions qu’il est impératif (et qui est ô combien salvatrice) de connaître

«Pour autant le siège apostolique demeure, l’Église romaine demeure. En effet, une telle vacance du Saint-Siège, même prolongée pendant des décennies, ne pose pas les problèmes canoniques et théologiques que les “bonshommes” d’Avrillé et plus largement les lefebvristes veulent absolument y voir. L’abbé coache nous l’expliquait dès 1972 :

“Le Saint-Siège – ou siège apostolique – est une personne morale de droit divin (can. 100). il est donc une institution en elle-même, voulue par notre-seigneur.

“Cette personne morale est distincte de l’Église catholique. elle est aussi distincte, in se, de la personne du pape, quoique souvent, in praxi, les deux se confondent car le pape incarne le Saint-Siège – ex. can. 61 ou 2317 – ; mais le canon 7 précise bien que le nom de Saint-Siège englobe les organismes du gouvernement de l’Église.

“le siège apostolique, distinct de l’Église universelle, distinct juridiquement de la personne du pape, représente la permanence de l’autorité pontificale romaine : il est “la permanence de l’autorité centrale dans l’Église, quels que soient les changements susceptibles de se produire dans les personnes qui l’exercent. le pouvoir, en effet, est attaché à la fonction, non à l’individualité du fonctionnaire. d’où il suit que l’autorité souveraine est attachée à la dignité pontificale et survit à la disparition des personnes qui en sont revêtues. c’est ce que notait Jean d’André : “Tenens papatum vel dignitatem est corruptibilis, papatus tamen dignitas vel imperium semper est”, c’est-à-dire “celui qui détient la papauté est corruptible (caduc), mais la dignité et l’autorité de la papauté demeurent toujours”” (dictionnaire de droit canonique, vii, col. 837-838, r. naz).

“ainsi le saint-siège est une personnalité (morale) d’institution divine autonome, indépendante, permanente et infaillible. c’est la permanence de l’autorité de l’Église de Rome, autorité souveraine sur l’eglise universelle.

“expliquons-nous bien : le Saint-Siège est incarné (pratiquement et au sommet) par le souverain pontife qui, normalement, en sa personne physique, lui est supérieur. on peut en appeler du Saint-Siège (congrégations romaines) à la personne du pape, le contraire n’étant pas admissible. par contre, le Saint-Siège – en raison même de la tradition concrétisée par la succession des papes – apparaît comme le garant de l’orthodoxie de l’Église de Rome, du diocèse de Rome, et donc de son chef. si celui-ci s’écarte de cette tradition, le Saint-Siège le “juge”, non pas en tant qu’autorité mais comme exprimant la vérité intangible assurée par les papes antérieurs.

“une personne morale de droit ecclésiastique est de nature perpétuelle (canon 102), c’est-à-dire qu’elle ne peut disparaître que par la volonté explicite et légitime de l’autorité compétente ; elle va même jusqu’à posséder une survie cent ans si elle cesse de facto d’être en exercice [en note : c’est-à-dire que si elle cesse en fait pendant 99 ans, ses droits demeurent dans ses membres, ses biens et ses capacités ; elle peut donc ressusciter sans que l’autorité supérieure s’y oppose a priori.]. une personne morale de droit divin ne peut pas mourir ; l’église peut donc rester très longtemps sans pape, le Saint-Siège est toujours vivant avec la permanence de l’autorité papale. pour être moins abstrait et plus facilement compris du lecteur, disons que l’autorité de pierre demeure en tout ce qui l’exprime authentiquement (dans le passé et le présent), à travers les documents de la sainte Église, sa tradition, à travers les congrégations romaines, le collège cardinalice… [note de Nicolas Magne : de fait, nous sommes présentement privés des congrégations romaines et du collège cardinalice, qui sont simplement de droit ecclésiastique, et pas de droit divin comme le Saint-Siège, sa foi et sa tradition.]…

“Le pape, lui, de droit divin aussi, peut mourir (il y en a 264 qui sont morts !) ou mourir moralement (démission, folie, hérésie). l’autorité du Saint-Siège ne meurt pas.

“le pontife romain, incarnant le Saint-Siège avec son pouvoir monarchique, discrétionnaire [en note : terme juridique qui marque l’initiative du gouvernement… et non sa fantaisie !], personnel, universel et immédiat, est tenu, comme tout chef de personne morale, par les “statuts” de celle-ci, in casu, le droit divin et la foi ; il est limité par eux ; s’il s’en écarte, il défaille à sa fonction.»

Abbé Louis Coache – Les pouvoirs du prêtre, petit essai (supplément au n. 27 de la revue Forts dans la foi, 3 septembre 1972, pp. 26-28).

C’est le désobéissant qui est digne d’anathème :

«Si donc quelqu’un dit que le Pontife Romain n’a qu’une charge d’inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l’Église, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs, mais encore à ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier, ou qu’il n’a qu’une part plus importante, et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n’est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu’il soit anathème

Concile du Vatican, Constitution dogmatique Pastor Aeternus, 18 juillet 1870.

 

«Il est en effet aussi contraire à la Constitution divine de l’Église qu’à la Tradition perpétuelle et constante que quelqu’un puisse prouver la catholicité de sa foi et s’appeler véritablement catholique lorsqu’il n’obéit pas à ce Siège Apostolique.»

Pie IX, Encyclique Quartus supra, 6 juin 1873.

«La juridiction de l’Église sur la cité» par le père Charles Journet

En préambule :

La prétention, et propension, de certains à vouloir porter sur l’Église un jugement critique sans se placer dans le contexte de l’époque – afin d’éviter tout anachronisme qui nuirait à la réflexion, ou du moins empêcherait une réflexion saine et honnête ; et dans le même temps prétendre par exemple que tous les sédévacantistes agiraient comme cela avec Vatican II, c’est-à-dire de leur faire dire ce qu’ils ne disent ou ne prétendent pas, c’est-à-dire de leur faire dire que « 5 minutes avant Vatican, tout allait au mieux au Vatican dans le meilleur des mondes » : c’est une nouvelle fois criant de mauvaise foi, en ignorant donc ce qu’apporte la matière qu’est l’histoire ecclésiastique (sans parler de la théologie) très intéressante quand on veut aborder les périodes troubles avec la tête froide. Du coup, ne lire et ne comprendre les textes que d’une manière univoque et prétendre qu’elle n’aurait que ce sens-là, c’est procéder, par un certain défaut d’intelligence (voir d’une certaine malice). À nier l’importance du contexte historique et surtout décréter que ça n’a que ce sens là ; et, à partir de cette méprise, prétendre qu’il y a une difficulté, un « problème, une tendance surnaturaliste/théocratique dans l’enseignement de Boniface VIII » (par exemple ; lire posément l’historien ecclésiastique Darras sur le pontificat de Boniface VIII, successeur de Célestin V, pour mieux saisir)… Bref, cela n’est pas sérieux. Et certains se servent de cela pour ne pas voir ; et surtout ne pas conclure à la présente vacance du Saint-Siège

Voici donc le développement de Charles Journet, prélat domestique du Pape Pie XII (ayant hélas suivi Vatican II par la suite).

Extrait de LA JURIDICTION DE L’ÉGLISE SUR LA CITÉ, 1931 – Nihil obstat et Imprimatur par Charles Journet ; pp. 93-112 : « c) Les « deux glaives » : La peine capitale — Saint Bernard — Innocent III — Saint Thomas — La bulle Unam sanctam. » ; (PDF) :

  1. c) Les « deux glaives » : La peine capitale — Saint Bernard — Innocent III — Saint Thomas — La bulle Unam sanctam.

L’Église possède-t-elle les deux glaives, le glaive spirituel et le glaive matériel ?

Expliquons d’abord le sens de la question.

On peut entendre par glaive spirituel la juridiction (non seulement coercitive mais encore législative et exécutive) sur les matières régulièrement spirituelles.
Et par glaive matériel la juridiction (non seulement coercitive, mais encore législative et exécutive) sur les matières régulièrement temporelles.
C’est sous cet aspect très large que le problème a été introduit par saint Bernard et que nous le discuterons tout à l’heure.

Mais on peut entendre par glaive matériel le pouvoir plus restreint de condamner à la peine de mort, et demander si l’Église possède ce pouvoir. Suivant la réponse qu’on donnera à ce point précis, on pourra rentrer, mais partiellement, dans le champ du problème précédent.

Si l’on répondait, comme l’ont voulu faire de très rares théologiens, que l’Église a, dans certains cas, le droit de décréter et d’exécuter elle-même la peine capitale — quoiqu’elle se soit toujours abstenue, par convenance, disaient ces théologiens, de l’exécuter elle-même : on sait en effet que la peine de mort n’a jamais figuré dans le Code ecclésiastique —, on ferait rentrer immédiatement la peine capitale, quant à la déclaration et quant à l’exercice (1) dans la juridiction de l’Église sur les causes spirituelles régulièrement et par nature.

Si l’on répond, avec beaucoup des anciens théologiens, que l’Église, dans certains cas, a le droit de décréter la peine capitale, et que, pour ce qui est de l’exécuter (2) elle peut légitimement non pas s’en charger elle-même, ce qui répugnerait à sa nature même, mais en charger l’État on fait rentrer, dans la juridiction de l’Église sur les causes spirituelles, d’abord le droit de décréter la peine de mort, ensuite le droit de l’exécuter médiatement, éminemment. On exclut de sa juridiction le droit de l’exécuter immédiatement, formellement. Ce dernier droit sera exercé par l’État mais pour l’Église, par la main de l’État mais sur l’ordre de l’Église.

L’État agit alors comme instrument de l’Église.
Considéré éminemment, le droit d’exécuter la peine capitale relève à ce moment de la juridiction de l’Église sur les causes spirituelles.
Considéré formellement, il relève régulièrement de la juridiction de l’État sur les causes temporelles ; mais quand l’État l’exerce sur l’ordre de l’Église, il rentre dans la catégorie des choses régulièrement temporelles qui, exceptionnellement et actuellement, sont devenues spirituelles.

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(1) Cf. Cajetan, lorsqu’il explique par exemple que le pape a le pouvoir éminent mais pas le pouvoir d’ordre d’élire son successeur : « Constat namque apud vicos doctos quod multa sunt in potestate superioris quae non sunt in illo et in ejus potestate formaliter et quae etiam non potest per seipsum immédiate facere… Stat igitur quod hujusmodi electiva potestas sit in papa regulariter et principaliter, et non sit in eo fonnaliter nec possit, per seipsum, hujusmodi potestatis actum exercere » De Auct. papae, tract. Il, pars. 11, cap. 22, ad i. fe ? Les raisons pour lesquelles il est interdit aux clercs de verser le sang et de combattre eux-mêmes sont exposées par saint Thomas, IIa IIae, q. 40, a. ?
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Si l’on répondait enfin, avec quelques théologiens plus récents, que l’Église ne peut ni décréter ni exécuter la peine de mort, mais qu’elle peut obliger l’État à la décréter et à l’exécuter, il faudrait dire que même pour le droit de décréter la peine de mort, il ne relève de la juridiction de l’Église sur les causes spirituelles que si on le considère éminemment : si au contraire on le considère formellement, il relève non plus de la juridiction de l’Église mais de la juridiction de l’État sur les causes temporelles.
En conséquence, quand l’État décréterait, sur l’ordre de l’Église, la peine capitale, on se trouverait en présence d’une démarche régulièrement temporelle, mais exceptionnellement et actuellement spirituelle. (1)

Puisque l’Église n’a jamais admis la peine de mort dans son Code ; puisque Nicolas Ier (1), en réprouvant la loi barbare qui permettait au mari de tuer sa femme surprise en adultère, affirme, à propos de la peine de mort — le mot est rapporté dans le Décret — que « la sainte Église de Dieu ne connaît d’autre glaive que le glaive spirituel » (2), c’est donc qu’il existe, dans la peine de mort un élément que l’Église veut repousser loin d’elle. Quel est cet élément ? Est-ce le seul fait de l’exécuter elle-même ? est- ce en outre, comme l’ont pensé les meilleurs théologiens, le droit de l’exécuter elle-même ? est-ce même le droit de la décréter elle-même ? Cette question reste ouverte.

Cependant c’est d’une manière plus large, nous l’avons dit, que saint Bernard (1153) introduit la question des deux glaives :
« Pourquoi, dit-il au pape Eugène, cherches-tu encore à usurper le glaive que, déjà une fois, tu as reçu l’ordre de remettre au fourreau ?
Qu’il t’appartienne pourtant, celui qui le nie ne fait pas assez attention à la parole du Seigneur : Converte gladium TUUM in vaginam. Il est donc à toi, à ton ordre peut-être, mais non dans ta main. Autrement, s’il ne te concernait en aucune manière, aux apôtres qui disent : Ecce duo gladii hic, le Seigneur n’eût pas répondu : Satis est, mais : Nimis est.
Le glaive spirituel et le glaive matériel appartiennent donc l’un et l’autre à l’Église ; mais celui-ci doit être tiré pour l’Église et celui-là par l’Église ; l’un est

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1. Si le prince a décrété la peine de mort contre l’hérésie exclusivement parce que l’hérésie est antisociale, il va de soi que sa démarche est restée uniquement temporelle.
2. « Sancta Dei Ecclesia… gladium non habet, nisi spiritualem : non occidit, sed vivificat». Gratien, c. 6, S Inter haec, c. XXIII, qu. 2. Ce texte est tiré d’tine lettre contestée de Nicolas P’. I. Cf. Lucien ChoupiNj S. J., Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège, p. 512.
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dans la main du prêtre, l’autre dans la main du soldat, mais à l’ordre du prêtre et au commandement de l’empereur ». (1)

On l’aura remarqué ; au moment où il reproche au pape à l’usurper un pouvoir, saint Bernard affirme énergiquement que ledit pouvoir appartient au pape. On reconnaît ici sa manière amoureuse des contrastes. On la retrouve tout au long du De Consideratione.

Mais on voit bien sa pensée.
Ce qu’il déplore, c’est que l’exercice du pouvoir spirituel — parce qu’il cède à la tentation de faire la justice dans les moindres causes, et parce qu’il s’enlise partiellement dans l’appareil des pompes du monde qu’on peut bien tolérer provisoirement, mais qu’il ne faut pas regarder comme indispensable (In his successisti non Petro sed Constantino ! Consulo toleranda pro tempore, non affec- tandapro debito) — perde sa force et sa liberté d’intervenir aussi puissamment qu’il le faudrait dans les grandes causes spirituelles, qu’elles soient spirituelles par nature, ou qu’elles le soient devenues par accident.

Le De consideratione est un appel qu’un saint adresse à la papauté pour la rappeler à une meilleure hiérarchie de ses occupations.

A tous les plaignants importuns qui viennent le solliciter sous prétexte qu’ils sont victimes de l’injustice, pourquoi (5) en fin de compte, le pape ne répondrait-il pas par le mot de Jésus : « Ô homme, qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages », ou par la parabole du lys des champs (Luc, XII, 14) ? Et pourquoi ne les renverrait-il pas aux juges séculiers ? Je vois bien que les apôtres ont été jugés, je ne vois pas qu’ils aient jugé ! Est-ce donc que le pape ne pourrait pas intervenir dans les choses temporelles quand elles engagent la justice ? Saint Bernard proteste contre cette interprétation : « Non que Vous ne soyez pas digne de juger les choses terrestres, mais parce qu’il est indigne de vous de vous absorber dans de telles occupations alors que de bien plus importantes vous réclament. Cependant, pour le cas où la nécessité exigera votre intervention, écoutez ce que pense l’Apôtre : Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c’est par vous que le monde doit être jugé, êtes-vous indignes de rendre des jugements de moindre importance ? (I Cor. VI, 2). Mais autre chose est de pénétrer incidemment

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I. De Consideratione i lib.IV, cap. 3, n° 7. P. L.,CLXXXII 776.Cette traduction est de H. X. Arquillière, Le plus ancien traité de l’Église…, p. 62. Le même auteur signale l’emploi de l’image des deux glaives déjà dans ime lettre de Henri IV (15 mai 1076), et dans ime lettre d’Hildebert du Mans vers II 10. 2. De Consideratione, lib. IV, cap. 3, n° 6. P. L., ibid.
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(incidenter excurrere) dans ces matières lorsque la nature des choses le réclame, autre chose est de s’y adonner comme à des choses importantes dignes de tant préoccuper de tels hommes ». (De Consideratton Ci lib. I, cap. 6 et 7, P. L., ibid.j 735 et 736).

Rappeler le pape à une hiérarchie nécessaire de ses occupations, ce n’est pas lui défendre d’intervenir dans les causes régulièrement temporelles quand elles deviennent importantes pour le salut des âmes, quand elles entrent en connexion moralement nécessaire avec la fin spirituelle de l’Église.
Après la perte d’Édesse, saint Bernard incite le pape à tirer lui-même le glaive matériel pour venir en aide à l’Église d’Orient : « Puisque le Sauveur souffre de nouveau aux lieux où jadis il est mort pour nous, il est temps de tirer du fourreau les deux glaives dont Pierre était armé pendant la passion du Sauveur. Mais qui les tirera si ce n’est Vous ? Les deux sont à Pierre et ils doivent être dégainés l’un sur un signe de lui, l’autre de sa propre main, chaque fois qu’il est nécessaire. Et c’est de celui qui semblait le moins lui appartenir qu’il a été dit à Pierre : Remets ton glaive au fourreau. Donc c’était son glaive, mais il n’avait pas à le tirer de sa main. Or, je pense que c’est l’heure maintenant de tirer les deux glaives pour la défense de l’Église orientale. » (1)

IL Y A DONC DEUX GLAIVES, ABSOLUMENT DISTINCTS. L’un que l’Église manie immédiatement. L’autre que l’État manie immédiatement. Mais l’Église peut et doit, dans certaines circonstances particulièrement graves, commander à l’État de mailler son glaive à lui. C’est donc que, dans ces circonstances, l’Église possède éminemment le droit que l’État possède formellement. En ce sens, les deux glaives lui appartiennent. Voilà, nous semble-t-il, à peine explicitée, la pensée profonde de saint Bernard. (2) Pour achever de l’expliciter, il faudrait dire que, dans les cas d’interférence, l’Église possède

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1. Lettre 256, P. L., ibid., 463, 464.
2. Après avoir montré comment les défenseurs de Boniface VIII et ceux de Philippe le Bel se prévalaient également de saint Bernard, M. Rivière conclut : « On se demandera peut-être, au terme de ces analyses, lequel de ces deux groupes antagonistes rendait meilleure justice à la pensée de saint Bernard. Celle-ci est encore aujourd’hui trop discutée pour qu’on puisse entretenir l’illusion de prononcer entre les combattants d’un arbitrage définitif ». Ce qui ne signifie pas, selon M. Rivière, que les deux groupes revendiquaient saint Bernard avec un égal bonheur : «Il est d’ailleurs assez clair que les tenants de l’école française n’y parvenaient qu’en éludant sa doctrine formelle sur les deux glaives et transformant pour le reste en thèse absolue ses scrupules de mystique ou ses conseils de moraliste intransigeant, tandis que celle-là fournissait aux théologiens pontificaux une donnée ferme qui leur permettait tout au moins de pallier, peut-être même de résoudre assez heureusement, l’apparente opposition qui semblait provenir de ceux-ci ». Le problème de l’Église et de l’État…, p. 423.
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le droit de l’État : d’une façon seulement éminente s’il s’agit du droit d’appliquer (ou peut-être même de décréter) la peine de mort, ou du droit de faire la guerre, de faire Lépante ou la croisade — car l’effusion du sang, toujours plus ou moins évoquée par le mot glaive, répugne à la nature de l’Église ; d’une façon éminente et en outre formelle s’il s’agit d’un droit dont l’exercice ne répugne pas, en soi à la nature de l’Église — c’est ainsi que l’Église pourrait choisir ou bien de faire déposer un mauvais prince, ou bien de déposer elle-même immédiatement ce mauvais prince.

La comparaison des deux glaives se retrouve dans la lettre (1) datée de février 1204, où Innocent III demande au roi de France de sévir contre les hérétiques qui « délirent avec d’autant plus de liberté dans la bergerie du Christ qu’ils savent que, puisqu’ils ne comptent plus parmi les brebis du Seigneur, ils n’ont pas à craindre que, par le glaive que Pierre exerce lui-même, l’oreille droite leur soit coupée », En déchirant l’Église, qui est la robe vivante du Christ, ils se montrent plus coupables que les

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1. Gilles de Rome et Jacques de Viterbe disaient équivalemment — et sur ce point nous pensons qu’il faut leur donner raison — qu’avoir le glaive matériel secundum nutum, c’est l’avoir digniori modo. Cf. Jean Rivière, Ibid.3 p. 409.
2. Lettre 212, P. L., CCXV,
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soldats qui déchiraient sa tunique sans couture. Le pape conjure en conséquence le roi de France de montrer que ce n’est pas en vain qu’il a reçu du Seigneur (1), source de toute autorité, lui aussi un glaive. Il doit donc prendre armes et bouclier pour défendre avec des épées la cause de Dieu contre ceux qui, tels des fils attaquant leur mère, ont commencé à brûler les moissons spirituelles du royaume de France.

Ainsi les déficiences du glaive spirituel seront compensées par le glaive matériel. On aura remarqué le passage où le pape désigne comme principe du pouvoir royal, le Seigneur lui-même, et non pas l’Église : « Ut igitur gladium, quem Dominus tibi tradidit, a quo est omnis potestas… » CELA EXCLUT EN TOUT CAS L’HYPOTHÈSE D’UNE SUBORDINATION ESSENTIELLE ET UNIVERSELLE DE L’ETAT A L’EGLISE [id est ce qu’est la théocratie :  de prétendre une subordination essentielle et universelle de l’Etat à l’Eglise]. La seule explication valable de l’intervention pontificale est fournie par la doctrine d’une subordination accidentelle et partielle de l’Etat à l’Église, c’est-à-dire d’une subordination pour les cas d’interférence, ou comme on s’exprimait alors, d’une SUBORDINATION RATIO PECCATI (le mot ratione peccati, inspiré d’un texte d’Innocent III : « Non enim intendimus judicare de feudo, sed decernere de peccato », a été employé pour désigner toute intervention de l’Église dans le temporel en vue du spirituel, qu’il s’agît de défendre un péché ou de prescrire une action bonne. C’est pourquoi Innocent IV pourra dire, afin qu’on évitât de restreindre le droit pontifical aux interventions purement prohibitives, que le pape exerce son pouvoir sur les chrétiens de toutes conditions « maxime ratione peccati ». Texte cité par Jean Rivière, « Le problème de l’Église et de l’État » p. 44. — Quelquefois, cependant, les interventions ratione peccati, sont distinguées des interventions pro bono Ecclesiae, cf. infra, p. 140, note.) C’EST LA MÊME SIGNIFICATION — mais cette fois nous aurions pu le prédire — qu’on retrouve le passage de saint Bernard dans le commentaire de saint Thomas sur les Sentences (1254-1256).

En traitant du mariage, Pierre Lombard avait reproduit le canon de Nicolas Ier sur le mari qui tue sa femme surprise en adultère, et où l’on pouvait lire que « la sainte Église de Dieu… ne connaît d’autre glaive que le spirituel ».

« A ce passage, note saint Thomas, on pourrait opposer le passage de saint Bernard au pape Eugène, où il est dit que l’Église a les deux glaives. »
Voici la réponse. « L’Église n’a qu’un glaive, le glaive spirituel, qu’elle puisse mouvoir de sa propre main. Mais l’Église a un second glaive, le glaive temporel, qui est à son ordre, car il doit être dégainé quand elle l’exige, comme l’explique saint Bernard en cet endroit » (« Sancta Dei Ecclesia gladium non habet, etc. Contra est, quod Bemardus dicit ad Eugenium papam quod Ecclesia utrumque gladium habet. « Et dicendum quod habet spiritualem tantum quantum ad executionem sua manu exercendam. Sed habet etiam temporalem quantimi ad ejus jussionem : quia ejus nutu extrahendus est, ut dicit Bemardus ibidem » IV Sent., dist. XXXVII, expositio textus.)

C’EST ENCORE LA THÈSE DE LA SUBORDINATION ACCIDENTELLE ET PARTIELLE DE L’ETAT A L’EGLISE. LE TEXTE DE SAINT BERNARD EST REPRODUIT PRESQUE MOT POUR MOT DANS LES CONSIDERANTS DE LA BULLE UNAM SANCTAM [DE BONIFACE VIII] (18 novembre 1302).

VA-T-IL [BONIFACE VIII, in « UNAM SANCTAM »] SIGNIFIER NON PLUS LA SUBORDINATION ACCIDENTELLE ET PARTIELLE, MAIS LA SUBORDINATION ESSENTIELLE ET UNIVERSELLE DE L’ETAT A L’EGLISE ?

CERTAINS LE PENSENT. Ils estiment impossible de ramener la bulle « Unam sanctam » à la thèse de l’intervention ratione peccati. Car le pape professe sans restriction que les deux glaives sont dans la puissance de l’Église. « Il n’a pas davantage la moindre réserve quand il énonce la subordination du temporel au spirituel et qu’il détaille les principales conséquences de cette loi. Ni ses idées ni son texte n’autorisent à limiter à des cas accidentels la portée de ses déclarations. C’est en effet de l’Église et de l’État « in se » [en soi] qu’il envisage les rapports constitutifs. Plus exactement, c’est le droit essentiel, la « thèse » intégrale de l’Église qu’il se préoccupe de poser, et elle prend à ses yeux une ampleur telle que l’État n’en est plus qu’un élément et, pour ainsi dire, qu’une fonction ». (Jean Rivière, /Le problème de l’Église et de l’État/, p. 90).

Cette exégèse semble s’imposer avec plus de force depuis qu’on a pu mettre, en regard d’importants passages de la bulle, des passages tout semblables du /De ecdesiastica potestate/ (1301) où Gilles de Rome soutient incontestablement la thèse de la subordination essentielle de l’État à l’Église. Enfin, on apporte des textes irréductibles à toute autre explication ; celui où le cardinal Matthieu d’Aquasparta déclarait, au consistoire du 24 juin 1302, que la juridiction temporelle appartient au vicaire du Christ et de Pierre quant au droit sinon quant à l’exécution d’icelui où la bulle elle-même assure que c’est à la puissance spirituelle d’instituer la puissance terrestre ; celui où Boniface VIII, quelques mois après la bulle, affirme que « de même que toute la lumière de la lune vient du soleil, ainsi tout le pouvoir terrestre vient de la puissance ecclésiastique, en sorte que toutes les puissances viennent du Christ et du pape vicaire du Christ ». (1)

Ne cachons pas que ces arguments sont impressionnants. Si on les tenait pour décisifs, on ne serait cependant pas en droit de contester le caractère traditionnel de la thèse d’une subordination simplement accidentelle de l’État à l’Église, thèse appuyée par ailleurs sur trop de témoignages. On devrait simplement soutenir que les considérants de la bulle SONT EUX-MÊMES EN MARGE DE LA DOCTRINE TRADITIONNELLE. CE QUI N’EST POINT A PRIORI IMPOSSIBLE PUISQUE, COMME ON SAIT, L’INFAILLIBILITÉ SPÉCULATIVE ET IRRÉFORMABLE AFFECTE TOUJOURS NON LES CONSIDERANTS [un considérant est un motif justifiant une loi. Ces considérants ne sont pas de soi soumises à l’infaillibilité. L’infaillibilité porte sur la loi, pas sur tous les motifs la justifiant. Du moins, il me semble.] D’UNE BULLE MAIS SES DÉFINITIONS DOGMATIQUES. Il faudrait renoncer à défendre le système de Boniface VIII, « système, dit M. Rivière, qui ne fut jamais à aucun titre une doctrine d’Église [et une gifle pour Mérel ^^] mais qui n’en a pas moins traversé la pensée personnelle de plusieurs papes et, en une heure particulièrement grave, coloré le fond traditionnel des revendications pontificales dans le document solennel où s’expriment les vues directrices de Boniface VIII ».

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I. Ibid. p. 91. — M. Rivière écrit encore : « Les nuances qui peuvent exister entre ces divers papes (Grégoire VII, Innocent III, Boniface VIII) sur la manière de comprendre le droit pontifical n’entament pas leur accord sur son existence, ni leur comme intention d’en user. Il faut se garder de confondre le fait de l’intervention de l’Église en matière politique avec les doctrines d’école qui s’efforcent d’en rendre compte. Tandis que celles-ci n’intéressent que l’histoire des systèmes théologiques, le principe de celle-là appartient à la tradition même de l’Eglise. Chez Boniface VIII, comme chez tous les autres papes du moyen-âge, les vues du « docteur privé » ont beaucoup moins d’importance que les actes publics du chef », Ibid., p. 94.
* * *

Cette exégèse pourtant ne résout pas toutes les difficultés. Certaines résistent. La première, c’est que la thèse suivant laquelle le droit divin qui vient de la grâce n’abolit pas le droit humain qui vient de la raison naturelle, dont nous avons dit qu’elle était l’épine dorsale de tout système sur l’organisation chrétienne du monde, et qu’elle reliait saint Paul à saint Augustin, à saint Thomas d’Aquin et aux théologiens de la Renaissance, aurait été implicitement niée dans les considérants d’une bulle qui prétendait s’appuyer sur l’Écriture et résumer la tradition. Boniface VIII aurait en outre oublié, à quelques mois de distance, la distinction élémentaire des deux pouvoirs qu’il déclarait exorbitant de méconnaître. Après avoir affirmé que le roi, comme tout fidèle, lui était soumis ratione peccati, il aurait étendu sa juridiction d’une manière illimitée sur le temporel en tant que temporel. C’EST LA, on en conviendra, UNE GROSSE DIFFICULTÉ.

POUR LA FAIRE TOMBER, IL SUFFIRAIT DE REPLACER LA DISPUTE TOUT ENTIÈRE DANS SON CONTEXTE HISTORIQUE. Le roi refuse d’obéir en des questions jugées spirituelles par le pape et il oppose au pape, à propos de ces questions, son autorité royale. Or, d’après ce que nous avons dit, il est exact que, dans les cas d’interférence, l’Église possède le droit de l’État, parfois éminemment sans pouvoir l’exercer, parfois éminemment et formellement lorsqu’elle peut passer à l’exercice.

[/!\ PARTIES FORT IMPORTANTES /!\ LECTURE ATTENTIVE REQUISE /!\]

Dans la perspective d’une interférence, qui préoccupe Boniface VIII (Ibid., p. 77. 2. Ainsi parleront Turrecremata, infra p. 150 ; Victoria, infra, p. 152 1 D. Soto, infra, p. 158 » saint Bellarmin, infra, p. 153) il devient exact de soutenir, avec le cardinal d’Aquasparta, que la juridiction temporelle appartient de droit au vicaire du Christ ; il faudrait même ajouter que l’exercice peut dans certains cas lui en revenir. Il devient exact de déclarer, comme le fait le même cardinal, que « le pape peut connaître et juger de toute cause temporelle, ratione peccati » Il devient exact d’affirmer que la puissance spirituelle, puisqu’elle peut déposer la puissance temporelle, peut encore l’instituer, en ce sens du moins que, si la nécessité l’exige, le pape pourra, comme l’expliqueront les plus grands théologiens, déposséder de leurs royaumes et de leurs empires les rois et les empereurs chrétiens qui lui sont soumis et transférer à d’autres ces royaumes et ces empires. Cependant, si le mot de la bulle assurant que c’est au pouvoir ecclésiastique d’instituer le pouvoir temporel devait s’entendre d’une institution régulière et non pas seulement occasionnelle et limitée aux cas d’interférence, il faudrait l’expliquer de la manière suivante : le pouvoir ecclésiastique institue régulièrement le pouvoir civil en ce sens qu’il lui confère non pas la légitimité tout court, assurée par le droit humain, mais la légitimité surnaturelle, assurée par le sacre, qui fait d’un simple pouvoir civil un organe authentique de la chrétienté. (Cette seconde explication, non contraire mais superposable à la précédente, et que nous développerons quand nous parlerons de La chrétienté médiévale (Ch. VI), est prise de Turrecremata, infra, pp. 177 à 182.)

Pour les passages tels que celui de Boniface VIII sur la puissance temporelle venant de la puissance spirituelle comme la lumière de la lune vient de la lumière du soleil, quand ils se trouvent chez un auteur qui reconnaît par ailleurs le droit de l’État et à qui on ne veut pas prêter la thèse antitraditionnelle et antiscripturaire suivant laquelle tous les gouvernements non chrétiens seraient illégitimes, ils devront se gloser ainsi : tout ce que possède dans la chrétienté le pouvoir temporel, non pas en tant que pouvoir temporel, mais en tant que pouvoir de chrétienté, lui vient du pouvoir ecclésiastique. (Tout cela est vrai des rois chrétiens, mais plus encore de l’Empereur chrétien. Or, c’est au moment où il s’apprête à reconnaître Albert d’Autriche comme légitime Empereur que Boniface VIII prononce (s’ils sont authentiques) ces derniers mots. Rappelons encore que la comparaison de l’Église et de l’État au soleil et à la lune peut servir à illustrer toutes les théories. Tous conviendront que, chez Innocent III, c’est la doctrine de la subordination accidentelle qu’elle exprime.) Quant à la difficulté tirée des emprunts faits par la bulle Unam sanctam à des écrits où est soutenue la subordination essentielle de l’État, on y répondra que le pape n’est pas nécessairement victime des auteurs qu’il utilise. M. Rivière a relevé lui-même, avec beaucoup de perspicacité, l’indépendance avec laquelle la bulle est rédigée : elle corrige ici une erreur de Gilles de Rome sur la juridiction ecclésiastique ; elle atténue plus loin un texte de Hugues de Saint-Victor (spiritualis potestas, terrenam potestatem instituere habet : Hugues de Saint-Victor ajoutait : ut sit) ; enfin elle conclut en empruntant les termes de sa définition à un opuscule de saint Thomas (Cf. Jean Rivière, Ibid., p. 87, 397, 400). NOUS NE RENONÇONS DONC PAS A CONSIDÉRER LA BULLE UNAM SANCTAM TOUT ENTIÈRE COMME EXPRIMANT, DE LA MANIÈRE LA PLUS LARGE POSSIBLE, LA SUBORDINATION ACCIDENTELLE DE L’ETAT A L’EGLISE.

[Rappel : la qualité de l’argumentaire ; le fait que le texte de Charles Journet ait reçu le Nihil Obstat (« rien ne s’y oppose ») et l’Imprimatur (« qu’il soit imprimé ! ») ; voilà déjà deux éléments à mettre là contre les contempteurs de la glose selon laquelle la Bulle Unam Sanctam n’est qu’un tissu banal de théocratie, voire de « délire pontifical » (pour le coup Mérel n’est pas visé ici, car il ne le dit pas, mais il n’est pas rare que les lefebvristes, entre autres, disent cela), et serait donc gravide de l’échec, pis encore, de l’erreur (sic) ! EXIT donc, les opinantes gloseuses, glaireuses et spongieuses, issues sans nul doute de carences théoriques en théologie et en histoire ecclésiastique – oui, on peut être un géant (au demeurant un géant aux pieds d’argile) en métaphysique et une chèvre en histoire ; ou un géant en football et une chèvre en botanique, etc. – , mais encore de l’histoire de ces mêmes contempteurs de Boniface VIII, qui ne font ici qu’être des roquets de basse-cour…]

MAIS, QUELLE QUE SOIT LA SIGNIFICATION QU’ELLE PRENNE CHEZ UN BONIFACE VIII, LA COMPARAISON DES DEUX GLAIVES PRÉSENTE UN SENS SÛR, TRADITIONNEL, PAR LEQUEL ELLE SE RACCORDE A L’ÉVANGILE. CAR ELLE EXPRIME CE QUE JÉSUS LUI-MÊME AVAIT ANNONCE AU MONDE : LA SUPRÉMATIE DU SPIRITUEL SUR LE TEMPOREL, DE L’ÉTERNITÉ SUR LE TEMPS. SUIVANT UNE EXÉGÈSE QUI N’ÉTAIT PAS TOUJOURS LITTÉRALE, QUI PARFOIS MÊME NE VOYAIT AUCUN PÉCHER A ILLUSTRER PAR N’IMPORTE QUELLE IMAGE ÉVANGÉLIQUE N’IMPORTE QUELLE DOCTRINE ÉVANGÉLIQUE, ET DONT LE MOYEN-ÂGE ÉTAIT D’AILLEURS MOINS DUPE QUE CERTAINS NE LE POURRAIENT PENSER ON AIMAIT A RAPPROCHER, DE LA DOCTRINE DES DEUX GLAIVES, LES PAROLES DE JÉSUS SUR LES VRAIS GLAIVES : SI DEUX GLAIVES SUFFISENT AUX DISCIPLES POUR DÉFENDRE JÉSUS, CES DEUX GLAIVES SERONT, PLUTÔT QUE DEUX ÉPÉES D’ACIER, LES DEUX POUVOIRS SUR LE SPIRITUEL ET LE TEMPOREL ; ET SI PIERRE DOIT REMETTRE SON ÉPÉE AU FOURREAU (Jean XVIII, 11 ; Matthieu XXVI, 52), C’EST QUE, EN CAS D’EFFUSION DE SANG, LE GLAIVE TEMPOREL NE PEUT ETRE MANIE PAR L’EGLISE, IL EST MANIE PAR L’ETAT, MAIS POUR L’EGLISE LORSQUE, EN RAISON DES FINS SPIRITUELLES, ELLE EST EN DROIT D’EN RÉCLAMER L’APPUI.

L’abbé Belmont sur deux sujets-clefs distincts : mystère lumineux de «Jean-Paul II» et le Ralliement de Léon XIII

Le rosaire qui contient la récitation de 150 Ave Maria, fait référence aux 150 psaumes du Roi David dans l’Ancien Testament. Ainsi, l’ajout des «mystère lumineux» vient aussi perturber la référence et le rythme du rosaire.

« Profanation de la dévotion mariale » (Abbé Belmont) :

On fait valoir, au crédit de Jean-Paul II et de son autorité pontificale, la dévotion mariale qu’il a manifestée pendant sa présence sur le siège romain.

Certes, la dévotion mariale est une pièce essentielle de la vie chrétienne. Mais la mesure la dévotion à la sainte Vierge Marie n’a pas de portée réelle quant à la question du Siège apostolique, ni dans un sens ni dans l’autre.

Il peut toutefois être instructif d’aller rendre visite l’acte marial le plus net de Jean-Paul II – sa Lettre apostolique du 16 octobre 2002 Rosarium Virginis Mariæ – et de se pencher rapidement sur ce document dont on a surtout retenu qu’il introduit une nouvelle série de mystères du rosaire, les mystères « lumineux ».

Cette introduction des mystères lumineux provient d’un dessein bien précis : « donner une consistance nettement plus christologique au rosaire » [§ 19]. Tout au long de l’encyclique, sonne comme une sorte de basse continue cette constante préoccupation : il faut recentrer le Rosaire sur Jésus-Christ [§§ 1, 4, passim]. Par le fait même, est partout présente, sans être explicitement énoncée, la crainte que la contemplation de la sainte Vierge Marie ne détourne de Notre-Seigneur. Cette crainte donne une saveur très froide et très amère à toute l’encyclique, et met vraiment mal à l’aise.

C’est ainsi que Jean-Paul II diffuse un refus que la très sainte Vierge Marie soit aimée pour elle-même, priée pour elle-même, contemplée en elle-même. À la lecture, même bienveillante, c’est vraiment ce qui apparaît comme le plus caractéristique, comme le plus présent, le plus constant : il n’est pas question que la sainte Vierge Marie soit un objet de prière et de contemplation, elle n’en est qu’un moyen.

Cette froideur empoisonne tout le texte. Son résultat est de conduire à un point précis : le culte de l’homme. Il faut recentrer le Rosaire sur le Christ, parce que le Christ conduit à l’homme : voilà le mouvement profond de l’encyclique, voilà le Rosaire embarqué dans la religion de Vatican II.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire le § 25 :

« À la lumière des réflexions faites jusqu’ici sur les mystères du Christ, il n’est pas difficile d’approfondir l’implication anthropologique du Rosaire, une implication plus radicale qu’il n’y paraît à première vue. Celui qui se met à contempler le Christ en faisant mémoire des étapes de sa vie ne peut pas ne pas découvrir aussi en lui la vérité sur l’homme. C’est la grande affirmation du concile Vatican II, dont j’ai si souvent fait l’objet de mon magistère depuis l’encyclique Redemptor hominis : “En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné.” Le Rosaire aide à s’ouvrir à cette lumière. En suivant le chemin du Christ, en qui le chemin de l’homme est “récapitulé”, dévoilé et racheté, le croyant se place face à l’image de l’homme véritable. »

On comprend facilement qu’ainsi centré sur l’homme, le Rosaire devienne un auxiliaire de l’œcuménisme [§ 4] ; on comprend que si Jean-Paul II affirme que le Rosaire est au service de la paix [§§ 6, 40] jamais il n’évoque la victoire des forces et des armées chrétiennes (ce qui est pourtant la plus glorieuse histoire du Rosaire, de la lutte contre les Albigeois à celle contre l’Islam). Comment la paix ainsi désirée serait-elle dès lors la vraie paix, celle que le monde ne peut donner, celle qui est le règne de Jésus-Christ ?

Au bout du compte, ce n’est pas la très sainte Vierge Marie qui est glorifiée ; ce n’est pas elle que le peuple chrétien est exhorté à aimer, à imiter, à contempler, à prier. Tout conduit à l’homme, objet ultime de la religion conciliaire. Anathema sit.

Il appert, si on en suit attentivement le mouvement, que l’encyclique revient à déposséder la très sainte Vierge Marie de la prière du Rosaire ; et au bout du compte, cette dépossession n’est pas au profit de Notre-Seigneur Jésus-Christ (comme si Notre-Seigneur pouvait être glorifié qu’on dépouille sa Mère !) mais au profit de l’homme (au « profit » de sa révolte et de sa perte).

La dévotion mariale de Jean-Paul II, quelque sincère et profonde qu’on la suppose, est donc fortement marquée par cette pseudo-religion qui colonise les structures de notre bien-aimée Église catholique. C’est un fait indéniable.

Retenons-en la leçon inverse : une vraie dévotion à Notre-Dame – dévotion filiale, tendre, aimante, emplie du désir de l’imiter en tout – préserve de la fausse religion qui prévaut partout, et de la fausse autorité qui prétend l’imposer.

SOURCE

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Un pape bénéficie de l’infaillibilité en matière de foi et de mœurs (soutenir le contraire c’est se faire  gallican ou protestant sur le sujet) et non en terme purement pratique et politique. Cependant dans son gouvernement en matière de morale ceci permet des directives en ce sens, celles-ci n’ont d’ailleurs pas été intrinsèquement mauvaises en soi ; avec le recul et en tenant compte du contexte nous pouvons estimer qu’il y a eut un échec politique et sociologique dû aux conseillers du pape et surtout à l’inactivité des catholiques français.

L’autorité pontificale, à propos du Ralliement (Abbé Belmont) :

L’autorité pontificale est d’essence surnaturelle : elle est directement communiquée par Jésus-Christ à l’élu du Conclave, elle est constituée par l’assistance divine, par l’« être avec » Jésus-Christ annoncé par Notre-Seigneur à ses Apôtres (Matth. XXVIII, 21) : « Voici que je suisavec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle. »

Cette assistance divine s’exerce d’une double façon :
1°/ Absolument dans l’exercice plénier du pouvoir pontifical, dont l’infaillibilité est alors strictement garantie en chaque cas :

– Magistère soit solennel ou locutionex cathedra, soit ordinaire et universel, enseignant une vérité comme révélée par Dieu directement ou indirectement, ou enseignant une vérité d’ordre naturel nécessaire à la garde du dépôt de la foi, ou condamnant une erreur, ou affirmant un fait dogmatique, ou certifiant la loi morale ;
– constitution des rites sacramentels (infaillibilité quant à la conformité à la foi catholique et quant à l’efficacité de grâce) ;
– promulgation des lois générales de l’Église (infaillibilité pratique qui garantit que la loi n’est ni mauvaise, ni nocive, ni insupportable ; autrement dit, qui garantit que celui qui s’y conforme est [en cela] dans la voie du salut éternel) ;
– approbation définitive des ordres religieux.

2°/ Habituellement, dans la conduite quotidienne de l’Église, de telle sorte qu’est vraie l’assertion de Pie XII dans Mystici Corporis : « Le divin Rédempteur gouverne son Corps mystique visiblement et ordinairement par son Vicaire sur la terre. »

Il n’est donc pas impossible qu’en dehors des cas où l’assistance divine s’exerce de façon absolue il y ait défaillance du souverain Pontife (bien évidemment, s’il arrivait une défaillance de ce genre, celle-ci n’est pas imputable à l’assistance du Saint-Esprit).
Selon les notions, une défaillance ponctuelle du Pape ne s’oppose pas formellement à l’assistance habituelle du Saint-Esprit, et ne la remet pas en cause (il en serait tout autrement d’une défaillance durable).
Cela n’est pas impossible. Mais cela est-il arrivé ? et de quelle manière ? Sujet bien difficile.

Le problème du « Ralliement » que d’aucuns soulèvent pourrait être un de ces cas. S’il en était ainsi, il ne faudrait pas affirmer trop vite que cette défaillance dispenserait de l’obéissance : il n’y a pas de lien nécessaire entre infaillibilité et obéissance, sinon c’en serait fait de toute autorité.

Pour ma part cependant, je ne crois pas que le « Ralliement » soit une défaillance de ce genre. En effet, l’enseignement de Léon XIII dans ses encycliques Au milieu des sollicitudes et Notre consolation est irréprochable. Je trouve les écrits de Robert Havard de La Montagne (Étude sur le ralliement, librairie de l’Action Française, 1926) et de Jean Madiran (On ne se moque pas de Dieu, NEL 1957, pp. 91-119) fort éclairants.
L’objet de l’intervention de Léon XIII est un appel au combat et le rappel des priorités à observer parmi les catholiques : il faut donner la première place à la lutte contre la législation perverse, avant les querelles politiques sur le régime.
S’il y a eu erreur de Léon XIII, c’est une erreur de fait : illusion sur l’esprit de foi des catholiques français d’une part, méconnaissance de la raison profonde de leur division d’autre part – et peut-être aussi méprise sur la malice de la politique de la république et la méchanceté des républicains.

L’opposition entre les catholiques de différentes tendances tenait beaucoup plus fondamentalement à la question du libéralisme qu’à la question du régime politique. Le résultat de l’intervention de Léon XIII fut le triomphe du libéralisme ; en effet, c’est l’interprétation libérale du « Ralliement » qui prévalut partout : chez les libéraux qui ont escamoté l’appel au combat ; chez leurs adversaires qui ont rejeté d’un même geste l’interprétation libérale (à raison) et l’enseignement de Léon XIII (à tort). Le bilan est catastrophique, mais je ne crois pas qu’on puisse l’attribuer à Léon XIII – certainement pas à sa doctrine en tous les cas.

De toutes les manières, ce qu’on a nommé le Ralliement (le mot ne se trouve pas chez Léon XIII) ne saurait être un prétexte pour diminuer l’Autorité pontificale, pour borner son champ d’application, pour restreindre son infaillibilité, pour se soustraire à l’obéissance.

SOURCE

À voir, sur un sujet apparenté :
– Deux lettres de Léon XIII
– Léon XIII et saint Thomas d’Aquin

Réponse «sédévacantiste» aux divagations des «Dominicains d’Avrillé» au sujet de la présente vacance du Saint-Siège

Tout comme le site de Milites Virginis Mariae, la rédaction tient à remercier tout spécialement l’auteur de l’article, ainsi que la maison d’Édition Saint-Rémi pour nous avoir autorisé à publier intégralement ce texte dont la nécessité est trop importante pour être réservée à une partie restreinte.

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«Réponse aux divagations des « Bonhommes » d’Avrillé, au sujet de la présente vacance du Saint-Siège» par Nicolas Magne, in La Voix des Francs n°47, des pages 5 à 38, éditions Saint-Rémi, premier trimestre 2018 (PDF gratuitAbonnement) :

Au printemps 2001, les religieux bien connus du couvent de La Haye-aux-Bonshommes publiaient dans leur revue Le Sel de la terre (n°36) un « Petit Catéchisme du sédévacantisme » signé « Dominicus ». Depuis lors, nos bonshommes n’ont cessé de remettre le couvert : nouvelle parution du « Petit Catéchisme » dans leur revue, amorce de controverse avec l’un de leurs contradicteurs (l’Abbé Ricossa), édition sous forme de brochure, complaisamment distribuée à destination du public traditionaliste, et présentée comme la réfutation prétendument savante et définitive du sédévacantisme. Avec le « Petit Catéchisme », les bons lefebvristes sont censés dormir sur leurs deux oreilles. Les bonshommes sont censés avoir terrassé le terrible sédévacantisme.

Et pourtant… Ce qui se voulait la réfutation savante et définitive a été elle-même décisivement réfutée par les contributions respectives des Abbés Ricossa (revue Sodalitium, n°52 et n°55, en 2002 et 2003) Zins (revue Sub tuum Praesidium, n°66 et n°112, notamment) ou Grossin. Mais bien entendu, de cela, nos bons lefebvristes n’entendront jamais ou si peu parler, car il faut, on l’a dit, que les bonnes gens puissent dormir sur leurs deux oreilles, ce pourquoi on traitera, comme d’habitude, tout cela par le silence ou par le mépris. Que la vérité et la justice ne trouvent guère leurs droits dans le traitement que lui réservent les faiseurs d’opinion de la planète lefebvriste est tout au mieux le cadet de leurs soucis. Tout ce qui compte, c’est que la supposée piétaille traditionaliste soit tenue bien à l’abri des vérités un peu trop franches sur l’état présent de l’Église par ceux qui sont censés penser pour le bon peuple « tradi ».

C’est pourquoi, il n’est pas surprenant de voir ici et là, et notamment lorsque les traditionalistes s’empoignent sur internet, quelques naïfs « de tradition » agiter comme autant de fines lames (croient-ils) les épées en vérité bien émoussées forgées à Avrillé.

Telle a été l’occasion de ce texte : répondre à la énième remontée à la surface d’un « Petit Catéchisme » qui ne résiste pas à l’examen, et qui a déjà été maintes fois réfuté.

I – L’illégitimité des “papes” de Vatican II à la lumière de l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel

Vatican II aurait dû être “couvert” (à tout le moins) par l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel ; or les Constitutions, Décrets et Déclarations de Vatican II fourmillent d’erreurs contraires à l’enseignement de l’Eglise, et même d’hérésies ; donc Paul VI qui a promulgué ces mêmes Constitutions, Décrets et Déclarations ne pouvait pas être pape. En effet, sans le pape, ou avec un faux pape (ce qui revient au même), les évêques ne sont pas infaillibles dans l’exercice de leur magistère ordinaire et peuvent par conséquent se tromper et contredire l’enseignement de l’Eglise. A Vatican II, ils se sont trompés. Donc ce Paul VI avec lequel ces mêmes évêques se sont ainsi trompés et fourvoyés, était nécessairement un faux pape

Ce à quoi Avrillé répond en substance ce qui suit :

L’enseignement de Vatican II n’avait pas à être couvert par l’infaillibilité (du magistère ordinaire et universel) parce que ce même enseignement n’est pas proposé comme étant à croire ou à tenir “de façon ferme et définitive”. Par conséquent, du simple fait que Vatican II a erré, il ne s’ensuit pas nécessairement que les évêques ont vu leur enseignement confirmé et promulgué par un faux pape.

Autrement dit, pour Avrillé, le magistère ordinaire et universel est infaillible seulement lorsque se trouve expressément enseignée une proposition à croire ou à tenir de façon ferme et définitive.

Le problème (pour Avrillé), c’est qu’il n’en est rien.

Certes, le Concile du Vatican a rappelé solennellement (en sa Constitution dogmatique Dei Filius) que l’Eglise propose infailliblement les vérités à croire de foi divine, non seulement au moyen de jugements solennels, mais encore dans l’exercice du magistère ordinaire et universel.

“On doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par tradition, et que l’Église, soit dans un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme vérité révélée.”

Concile Œcuménique Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, 24 avril 1870.

Mais il n’a jamais été question de limiter l’infaillibilité du magistère ordinaire aux seules propositions expressément enseignées par ce même magistère ordinaire.

Bien au contraire, voici l’enseignement archi-classique des meilleurs théologiens, résumé ici par Cartechini, dans son célèbre manuel qui faisait autorité jusqu’au Saint-Office :

“Le magistère ordinaire infaillible s’exerce de trois manières :

“1. par une doctrine expresse communiquée en dehors d’une définition formelle par le Pontife ou par les évêques du monde entier ;

“2. par une doctrine implicite contenue dans la pratique ou la vie de l’Église :

“a) l’Église… ne peut pas permettre que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance ;

“b) dans le Code de droit canonique il ne peut y avoir rien qui soit de quelque façon que ce soit opposé aux règles de la foi ou à la sainteté évangélique ;

“3. par l’approbation tacite qu’accorde l’Église à une doctrine des Pères, des docteurs et des théologiens.”

R.P. Cartechini, s.j., De Valore Notarum Theologicarum, Université pontificale Grégorienne, 1951.

Où l’on voit qu’Avrillé ne veut considérer que l’un des modes d’exercice du magistère ordinaire infaillible – le premier mode – et rejette implicitement les deux autres, dont Avrillé tait l’existence à ses lecteurs (est-ce très honnête ?).

Car il saute aux yeux de toutes les personnes honnêtes intellectuellement que l’hétérodoxie de la nouvelle liturgie et du nouveau Code de 1983 est radicalement incompatible avec la légitimité de Paul VI et de Jean-Paul II, et de tous leurs successeurs, qui les ont respectivement promulgués et maintenus. Et ce en raison de l’infaillibilité du magistère ordinaire non seulement dans ce qui est expressément enseigné (premier mode), mais encore dans ce qui est implicitement enseigné dans les lois et dans le culte en vigueur dans l’Eglise. Qui prétend le contraire tombe sous la condamnation portée par le pape Pie VI contre la 78e proposition du synode de Pistoie (Bulle Auctorem Fidei, 28 août 1794).

“78. La prescription du synode [de Pistoie], relative à l’ordre des questions à traiter dans les conférences, où, après avoir affirmé qu’”il faut distinguer dans chaque article ce qui concerne la foi et l’essence de la religion de ce qui est propre à la discipline”, il ajoute que “dans celle-ci [la discipline], il faut distinguer ce qui est nécessaire ou utile pour retenir les fidèles dans l’esprit, de ce qui inutile ou trop lourd à porter pour la liberté des fils du Nouveau Testament, et plus encore de ce qui est périlleux et nuisible, comme conduisant à la superstition et au matérialisme”, pour autant qu’en raison des termes généraux utilisés, elle inclut et soumet à l’examen prescrit même la discipline établie et approuvée par l’Eglise, comme si l’Eglise, qui est régie par l’Esprit de Dieu, pouvait constituer une discipline, non seulement inutile et trop lourde à porter pour la liberté chrétienne, mais encore dangereuse, nuisible, et conduisant à la superstition et au matérialisme, est fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, offensive des oreilles pies, injurieuse à l’Eglise et à l’Esprit de Dieu qui la conduit, pour le moins erronée.

Pie VI, Bulle Auctorem fidei, 28 août 1794.

Les Pontifes sont infaillibles dans l’élaboration des lois universelles concernant la discipline ecclésiastique, en sorte qu’elles ne peuvent jamais établir quoi que ce soit contre la foi et la morale, même si elles n’atteignent pas le suprême degré de la prudence.”

Wernz et Vidal, Ius Canonicum, Université pontificale Grégorienne, Rome, 1923, t. II, p. 410.

De deux choses l’une : soit les “papes de Vatican II” sont papes, et alors leur culte et leur législation ne peut pas, et en aucune façon, être hétérodoxe ; soit leur culte et leur législation sont hétérodoxes, et donc les “papes de Vatican” ne peuvent pas être papes. Qui prétend à la fois que les “papes de Vatican II” sont papes et que leur culte et leur législation sont en quelque façon hétérodoxes se trompe certainement et tombe sous la condamnation portée par le pape Pie VI.

Avrillé tente de concilier les inconciliables en argüant que Paul VI et Jean-Paul II n’ont pas voulu “imposer avec autorité” qui sa nouvelle liturgie, qui son nouveau Code de Droit canon. C’est se moquer du monde que de faire valoir une telle contre-vérité.

Pour ce qui est du Code de 1983, il ne fait aucun doute que Jean-Paul II l’a effectivement imposé, et qu’il s’est effectivement imposé dans tout le ressort de l’église conciliaire – qu’Avrillé nous dit être l’Eglise catholique. Pour ce qui est de la réforme liturgique de 1969, je veux bien concéder que la procédure juridique suivie par Paul VI, lors de la promulgation du nouveau missel, a pu donner à penser, sur l’heure, que Paul VI n’avait pas promulgué la nouvelle messe avec la volonté manifeste de l’”imposer avec autorité”. Toutefois, Paul VI lui-même, et à plusieurs reprises par la suite, notamment dans son discours au Consistoire du 24 mai 1976, n’a pas manqué de signifier très expressément sa volonté d’”imposer avec autorité” la nouvelle messe en lieu et place de la Messe traditionnelle. Et toute la législation de l’église conciliaire va très nettement dans ce sens depuis lors. En effet, depuis Jean-Paul II, les autorisations données à la célébration de la messe traditionnelle l’ont toujours été expressément en dérogation du droit existant (dans l’église conciliaire) – ce qui implique nécessairement que, du point de vue des chefs de l’église conciliaire, et donc, logiquement, de tous ceux qui les regardent comme papes de l’Eglise catholique, la nouvelle messe avait été “imposée avec autorité”, et demeurait considérée comme telle. Les grands naïfs du traditionalisme conformiste n’ont d’ailleurs pas compris que les appellations “rite ordinaire” (pour désigner la nouvelle messe) et “rite extraordinaire” (pour désigner la messe traditionnelle) – ou “forme ordinaire”/”forme extraordinaire” – exprimaient cette réalité (pour l’église conciliaire, et de son point de vue), à savoir que la forme “ordinaire” du rite romain, c’est-à-dire la forme en usage, et donc préalablement “imposée avec autorité”, n’était autre que la nouvelle messe.

Où l’on voit que l’argument de la nouvelle messe ou du nouveau Code non “imposés avec autorité” ne repose sur rien, et que ceux qui en font usage prennent leurs affidés pour des ignorants et des imbéciles.

Mais, à supposer qu’Avrillé ait factuellement raison sur ce point – la nouvelle messe n’a pas été imposée avec autorité – il ne s’ensuivrait pas pour autant, si les “papes de Vatican II” étaient vrais papes, que la nouvelle messe ne serait pas couverte par l’infaillibilité du magistère ordinaire.

En effet, reprenons Cartechini :

“L’Église… ne peut pas permettre que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance”

Cartechini ne dit pas : l’Eglise ne peut pas imposer que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance. Cartechini écrit : L’Eglise “ne peut pas permettre que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance”. La nuance est de taille.

Et avec cette nuance, le château de carte d’Avrillé finit de s’effondrer. Non seulement l’Eglise ne peut pas imposer une liturgie hétérodoxe, mais elle ne peut pas non plus permettre une telle liturgie. Or quel esprit sensé oserait prétendre que la nouvelle messe n’a pas au mois été permise par Paul VI et ses successeurs ?

C’est d’ailleurs l’enseignement exprès de la sainte Eglise :

“Est-ce que l’Église qui est la colonne et le soutien de la vérité et qui manifestement reçoit sans cesse de l’Esprit-Saint l’enseignement de toute vérité, pourrait ordonner, accorder, permettre ce qui tournerait au détriment du salut des âmes, et au mépris et au dommage d’un sacrement institué par le Christ ?”

Grégoire XVI, Encyclique Quo graviora, 4 octobre 1833.

Avrillé fait manifestement semblant d’ignorer des pans entiers de la doctrine catholique au sujet de l’Eglise et de son infaillibilité. Les personnes qui suivent Avrillé en toute confiance sont manifestement abusées par les “bonshommes” de ces lieux.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Le troisième mode d’exercice du magistère ordinaire infaillible est décrit comme suit par Cartechini :

“Le magistère ordinaire infaillible s’exerce de trois manières […]

“3. par l’approbation tacite qu’accorde l’Église à une doctrine des Pères, des docteurs et des théologiens.”

Là encore, qui oserait sérieusement prétendre que les erreurs et hérésies de Vatican II n’ont pas à tout le moins reçu une approbation tacite de la part de Paul VI et de tous ses successeurs ? Hé oui, voilà le hic pour les “bonhommes” d’Avrillé : l’infaillibilité du magistère ordinaire couvre également ce qui est approuvé tacitement au sein de l’Eglise en matière de doctrine. Autrement dit encore : ce n’est pas seulement ce qui est imposé qui est couvert par l’infaillibilité du magistère ordinaire, c’est aussi ce qui est permis. Là encore, ce qui est permis par l’Eglise ne peut pas être hétérodoxe.

Donc, à supposer que l’enseignement de Vatican II ait été non pas imposé, mais simplement approuvé par Paul VI et ses successeurs – on n’ose même pas dire permis, tant cet enseignement a été assumé par eux – il s’ensuivrait là encore et nécessairement, contrairement à ce qu’Avrillé fait accroire, que ces mêmes Paul VI et successeurs ne pourraient pas être vrais papes – et ne le sont pas – compte tenu des erreurs et des hérésies qui fourmillent dans ce même enseignement.

D’ailleurs, de ce point de vue, ce ne sont pas seulement les enseignements de Vatican II qui sont à tout le moins tacitement approuvés, mais encore les enseignements des facultés de théologie, dans les universités qui sont du ressort de l’église conciliaire – et donc de l’Eglise catholique, selon nos “bonhommes” d’Avrillé. On pense ici à toute la cohorte des Congar, Lubac, Rahner, Ratzinger, et de tous leurs disciples qui ont pu – à quelques exceptions près – librement s’ébrouer, enseigner, pontifier du haut des chaires d’université et contaminer durablement les esprits sous la complaisante férule de Paul VI et de ses successeurs.

Cela étant, et pour en revenir au premier mode d’exercice du magistère ordinaire infaillible, est-il vraiment exact d’affirmer que ce même premier mode consiste en tout et pour tout dans l’enseignement exprès d’ une proposition à croire ou à tenir de façon ferme et définitive ?

Si l’on entend par là que le magistère ordinaire est infaillible dans son enseignement exprès seulement lorsqu’il est explicitement signifié que cet enseignement est à croire ou à tenir “de façon ferme et définitive”, alors manifestement on fait erreur.

En effet, en sa Constitution dogmatique Dei Filius, le Concile du Vatican enseigne que le magistère ordinaire et universel est règle de foi (infaillible) quand, au moyen de ce mode d’exercice du pouvoir de magistère, se trouve proposé un enseignement “comme [étant] divinement révélé”. Autrement dit, il suffit qu’il soit explicitement signifié qu’une proposition donnée est révélée (ou connexe à la Révélation) pour qu’il y ait enseignement infaillible du magistère ordinaire, et DONC pour que cette vérité soit à croire de foi divine (ou pour que cette vérité soit à tenir).

Ici aussi Avrillé abuse de ses lecteurs et de ses affidés en faisant accroire qu’il est nécessaire que le magistère impose explicitement une proposition comme étant obligatoire pour qu’il y ait exercice du magistère ordinaire infaillible. Certes, l’obligation existe, mais cette même obligation, cette nécessité de croire ou de tenir “de façon ferme et définitive” découle par nature de ce qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation est attestée comme telle par l’Eglise, soit au moyen d’une définition, soit au moyen du magistère ordinaire. En soit il suffit que l’Eglise atteste qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation pour que cette même proposition soit et s’impose à tous les catholiques comme une vérité à croire et à tenir “de façon ferme et définitive”. La manifestation d’une obligation n’ajoute strictement rien à la chose. Entendons-nous bien, cette même manifestation d’une obligation de croire ou de tenir peut venir signifier implicitement, mais très certainement, que la proposition considérée est révélée ou connexe à la Révélation, mais d’abord et avant tout – répétons-nous – parce que cette même obligation découle du caractère révélé (ou connexe à la Révélation) attesté comme tel par l’Eglise. Donc – répétons-nous encore – il suffit que l’Eglise atteste qu’une proposition soit révélé ou connexe à la Révélation, pour que tel soit effectivement le cas, et pour qu’il y ait exercice infaillible du pouvoir de magistère :

“Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai”

Léon XIII, Encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896.

“Or on doit la soumission de l’esprit à l’Eglise qui définit, même si elle n’ajoute aucun précepte. Puisqu’en effet Dieu nous a donné l’Eglise comme mère et maîtresse pour tout ce qui concerne la religion et la piété, nous sommes tenus de l’écouter quand elle enseigne. C’est pourquoi, si la pensée et la doctrine de l’Eglise apparaît, nous sommes tenus d’y adhérer, même s’il n’y a pas de définition : combien plus donc si cette pensée et cette doctrine nous apparaissent par une définition publique.”

R.P. Kleutgen, s.j., théologien de la Députation de la Foi au Concile du Vatican (1870), in Mansi, t. 53, colonne 330 B.

Certains auteurs ont essayé de soutenir que la Déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae) contenait une définition solennelle de ce même droit à la liberté religieuse (déjà infailliblement condamné par le pape Pie IX, sous forme de jugement solennel, dans l’Encyclique Quanta Cura).

Cette argumentation ne paraît pas pleinement convaincante. La Déclaration Dignitatis humanae, en raison de sa tournure générale, et en raison de chacune de ses parties, semble bien plutôt ressortir du magistère ordinaire.

Or cette même Déclaration Dignitatis humanae (DH) enseigne expressément le (prétendu) droit à la liberté religieuse comme étant révélé de Dieu, ou à tout le moins fondé sur la Révélation. Qu’on en juge :

“Cette doctrine de la liberté a ses racines dans la Révélation divine, ce qui, pour les chrétiens, est un titre de plus à lui être saintement fidèles” (DH 9).

“L’Eglise, donc, fidèle à la vérité de l’Evangile, suit la voie qu’ont suivie le Christ et les apôtres lorsqu’elle reconnaît le principe de la liberté religieuse comme conforme […] à la Révélation divine, et qu’elle encourage une telle liberté. Cette doctrine, reçue du Christ et des apôtres, elle l’a, au cours des temps, gardée et transmise” (DH 12).

Autrement dit, Paul VI et les Pères de Vatican II ont expressément attesté que le (prétendu) droit à la liberté religieuse était une vérité révélée, ou à tout le moins une vérité connexe à la Révélation. Autrement dit encore, si Paul VI avait été pape, l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel aurait été ici indubitablement engagée, et donc par conséquent l’adhésion “ferme et définitive” des fidèles, en tant que le magistère ordinaire et universel atteste infailliblement les propositions qu’il enseigne être révélées ou connexes à la Révélation, exigeant donc des fidèles l’adhésion qui est requise pour les vérités à croire et à tenir – cf. notamment l’enseignement du pape Léon XIII (cité plus haut) : “Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai”.

Etant donné que le (prétendu) droit à la liberté religieuse attesté comme révélé ou connexe à la Révélation par Vatican II en sa Déclaration Dignitatis humanae a déjà été solennellement condamné par le pape Pie IX comme contraire à la Révélation (Encyclique Quanta Cura), et étant donné que, si Paul VI avait été pape, cette même Déclaration aurait dû être couverte par l’infaillibilité, il y a là la preuve absolue – par réduction à l’absurde – que Paul VI, promulgateur de Dignitatis humanae – ne pouvait pas être pape.

Mais il faut encore aller un peu plus loin. Nous avons vu que le magistère ordinaire est infaillible dans ce qu’il approuve tacitement, dans ce qu’il garantit (lois et culte divin), enseignant ce faisant implicitement, et dans son enseignement exprès, en tant qu’il atteste qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation. Il faut ici ajouter que le magistère ordinaire transmet infailliblement toutes les vérités contenues explicitement dans la Révélation et toutes les vérités crues implicitement, ainsi que toutes les vérités qui ont déjà fait l’objet d’une définition par les conciles et par les papes.

“Pour déclarer de mieux en mieux l’état de la question, permettez-moi […] de rappeler comment l’infaillibilité s’exerce dans l’Eglise. De fait, nous avons deux témoignages de l’Ecriture sur l’infaillibilité dans l’Eglise du Christ, Luc XXII : J’ai prié pour toi etc., paroles qui concernent Pierre sans les autres ; et la finale de Matthieu : Allez, enseignez etc., paroles qui sont dites aux apôtres mais non sans Pierre, pour utiliser les mots d’Innocent III […]. Il y a donc un double mode d’infaillibilité dans l’Eglise ; le premier est exercé par le magistère ordinaire de l’Eglise : Allez, enseignez.

“C’est pourquoi, de même que l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, demeure dans l’Eglise tous les jours ; de même tous les jours l’Eglise enseigne les vérités de foi avec l’assistance du Saint-Esprit. Elle enseigne toutes ces choses qui sont soit déjà définies, soit contenues explicitement dans le trésor de la Révélation mais non définies, soit enfin sont crues implicitement : toutes ces vérités, l’Eglise les enseigne quotidiennement, tant par le pape principalement que par chacun des évêques adhérant au pape. Tous, et le pape et les évêques sont infaillibles dans ce magistère ordinaire, de l’infaillibilité de l’Eglise : ils diffèrent seulement en ceci que les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, par qui ils sont confirmés ; le pape, lui, n’a besoin que de l’assistance du Saint-Esprit à lui promise ; et ainsi il enseigne et n’est pas enseigné, il confirme et n’est pas confirmé. Quelle est la part des fidèles dans cette affaire ? Le même Esprit Saint qui assiste le pape et les évêques enseignant par le charisme d’infaillibilité, donne aux fidèles la grâce de la foi par laquelle ils croient au magistère de l’Eglise. Sur quoi il ne sera pas hors de propos d’observer que le magistère des évêques dépasse en dignité et majesté les fidèles autant qu’un maître infaillible divinement institué est reconnu briller au-dessus de ses disciples. […]

“Même avec l’existence de ce magistère ordinaire, il arrive parfois soit que les vérités enseignées par ce magistère ordinaire et déjà définies soient combattues par un retour à l’hérésie, soit que des vérités non encore définies, mais tenues implicitement ou explicitement, doivent être définies ; et alors se présente l’occasion d’une définition dogmatique, dont il est question à présent.”

Mgr d’Avanzo, au nom de la Députation de la Foi, lors du Concile du Vatican, le 20 juin 1870, in Mansi, Amplissima Collectio Conciliorum, t. LII, 763-764.

Reprenons et répétons : le magistère ordinaire transmet infailliblement toutes les vérités contenues explicitement dans la Révélation et toutes les vérités crues implicitement, ainsi que toutes les vérités qui ont déjà fait l’objet d’une définition par les conciles et par les papes. C’est la raison fondamentale pour laquelle ce même magistère ordinaire est infaillible 1) lorsqu’il atteste expressément qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation, 2) lorsqu’il garantit la conformité des lois et notamment des lois liturgiques avec la divine Révélation, 3) dans ce qu’il approuve tacitement.

C’est la raison pour laquelle le magistère ordinaire ne peut pas contredire les vérités de foi déjà transmises ou déjà définies : il ne peut pas ne pas transmettre infailliblement ces mêmes vérités, à la fois 1) dans ce qu’il enseigne expressément, 2) dans ce qu’il garantit, et 3) dans ce qu’il approuve tacitement.

Or les “papes de Vatican II” et leur église conciliaire, loin de transmettre infailliblement les vérités de la foi dans ce qui devrait être le magistère ordinaire, si les “papes de Vatican II” étaient vrais papes, contredit et contrefait les vérités de la foi, de par les erreurs et hérésies répandues par eux depuis Vatican II. Cette rupture de transmission, cette contrefaçon générale (liberté religieuse, rapport au monde, relations avec les religions non chrétiennes, œcuménisme, définition de l’Église, sources de la Révélation, Tradition vivante, inerrance de la Sainte Ecriture, nouvelle liturgie, définition de la messe, nouvelle théologie du sacerdoce, mariage, nouveau Droit canon, etc.), en tant qu’elle est absolument contraire à l’infaillibilité du magistère ordinaire, là où le magistère ordinaire garantit une infaillible transmission des vérités de la foi, constitue là encore une preuve absolue – par réduction à l’absurde – que les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être de vrais papes, et que la hiérarchie conciliaire ne peut pas être l’Eglise enseignante.

Ce faisant, nous répondons préventivement à une autre théorie-échappatoire développée qui par l’Abbé Gleize, qui par le théologien-en-chef des “bonshommes” d’Avrillé (le Père Pierre-Marie), à savoir : Vatican II n’est pas couvert par l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel et n’avait pas à l’être, étant donné que le magistère ordinaire et universel est exercé par l’épiscopat dispersé uni au pape, alors qu’à Vatican II les évêques étaient réunis en concile avec le (prétendu) pape.

A cela on doit déjà répondre qu’il semble contraire au sens commun que l’épiscopat réuni avec le pape soit incapable d’exercer un magistère ordinaire que ce même épiscopat exerce chaque jour dispersé en union avec le pape.

Mais à supposer que l’objection porte sur ce point (ce que nous ne concédons pas sur le fond), il n’en demeure pas moins que tout ce qui a été enseigné par les évêques réunis avec Paul VI lors des sessions de Vatican II a été dès cette même époque et ensuite constamment enseigné par les évêques dispersés en union avec Paul VI et avec ses successeurs. La théorie-échappatoire en question ne fait que déplacer le problème… qui appelle une seule et unique solution : les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être de vrais papes.

Autrement dit, et pour parler quelque peu trivialement, ce que le Père Pierre-Marie et l’Abbé Gleize tentent de chasser par la porte rentre de toutes les façons par la fenêtre.

Résumons-nous

1. Avrillé consent à reconnaître que le magistère ordinaire est infaillible lorsque, dans l’exercice de ce même magistère, une proposition est déclarée devoir être crue ou tenue “de façon ferme et définitive”…

Or :

a) Le magistère ordinaire est infaillible notamment en tant qu’il atteste qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation – ce en raison de quoi cette même proposition doit être crue ou tenue “de façon ferme et définitive”.

b) Avrillé induit ses affidés en erreur en occultant la nature des choses, à savoir que c’est le caractère révélé ou connexe à la Révélation d’une proposition qui est infailliblement garanti et qui est la cause du caractère obligatoire de cette même proposition. Le caractère obligatoire d’une chose n’est pas la cause de la vérité de cette même chose ; c’est la vérité de la chose, en tant qu’elle est infailliblement garantie, qui est la cause de son caractère obligatoire.

c) La Déclaration Dignitatis humanae de Vatican II atteste expressément que le (prétendu) droit à la liberté religieuse est révélé ou (à tout le moins) connexe à la Révélation. Si Paul VI avait été pape cette proposition serait donc infailliblement garantit et enseignée. Et il s’ensuivrait nécessairement, de par la nature des choses – même si cela n’a pas été signifié explicitement – que le (prétendu) droit à la liberté religieuse s’imposerait à tous les fidèles comme devant être cru ou tenu “de façon ferme et définitive”.

C’est d’ailleurs sur ce fondement que l’Espagne franquiste changea sa propre Constitution en 1967 : parce que, Paul VI étant regardé comme pape et (conséquemment) Vatican II comme concile œcuménique, le (prétendu droit) à la liberté religieuse devait conséquemment s’imposer dans la catholique Espagne. C’est aussi la raison pour laquelle toutes les fraternités et communautés traditionalistes ralliées à l’église conciliaire se voient immanquablement contraintes, les unes après les autres, à accepter le (prétendu) droit à la liberté religieuse.

d) Puisque le (prétendu) droit à la liberté religieuse de Vatican II a déjà été solennellement condamné par le pape Pie IX comme contraire à la Révélation, il est absolument certain que Paul VI, qui aurait dû ce faisant, s’il avait été pape, engager l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel en promulguant Dignitatis humanae, ne pouvait pas être pape.

2. Avrillé “oublie” de rappeler que le magistère ordinaire est plus largement infaillible dans la transmission de toutes les vérités touchant à la foi qui ont déjà été transmises ou qui ont déjà été définies, de telle sorte que le magistère ordinaire ne peut pas contredire ou contrefaire ces mêmes vérités.

a) Or les “papes de Vatican II” et leur église conciliaire, loin de transmettre infailliblement les vérités de la foi dans ce qui devrait être le magistère ordinaire, si les “papes de Vatican II” étaient vrais papes, contredit et contrefait ces mêmes vérités de la foi, de par les erreurs et hérésies répandues par eux depuis Vatican II.

b) Il y a là une rupture de transmission, une contrefaçon générale : liberté religieuse, rapport au monde, relations avec les religions non chrétiennes, œcuménisme, définition de l’Eglise, sources de la Révélation, Tradition vivante, inerrance de la Sainte Écriture, nouvelle liturgie, définition de la messe, nouvelle théologie du sacerdoce, mariage, nouveau Droit canon, etc.

c) Une telle rupture de transmission, une telle contrefaçon générale est absolument contraire à l’infaillibilité du magistère ordinaire, là où le magistère ordinaire garantit une infaillible transmission des vérités de la foi. Il y a là encore une preuve absolue – par réduction à l’absurde – que les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être de vrais papes, et que la hiérarchie conciliaire ne peut pas être l’Église enseignante.

3. Avrillé “oublie” de rappeler clairement que parmi les vérités à tenir “de façon ferme et définitive”, il y a la garantie que les lois de l’Église et sa pratique liturgique ne peuvent pas être contraires à la divine Révélation – cf. la condamnation solennelle de la 78e proposition du synode de Pistoie par le pape Pie VI.

a) Cette garantie ressortit elle aussi à l’infaillibilité du magistère ordinaire (cf. Cartechini).

b) Or la nouvelle liturgie de Paul VI et le nouveau Code de Droit canon de Jean-Paul II sont l’un et l’autre hétérodoxes – relativement à la divine Révélation. Il s’ensuit nécessairement que les promulgateurs de cette nouvelle liturgie et de ce nouveau Code, ainsi que leurs successeurs qui les maintiennent, ne peuvent pas être de vrais papes.

c) Avrillé tente d’échapper à cette nécessaire conclusion en argüant que seul ce qui est imposé (en ces matières disciplinaires et liturgiques) se trouve couvert par l’infaillibilité, et en argüant que ni la nouvelle liturgie, ni le nouveau Code n’ont été respectivement imposé par Paul VI et Jean-Paul II. Or cela est notoirement faux pour ce qui concerne le Code de Jean-Paul II. Et à supposer que Paul VI se soit contenté de permettre sa nouvelle liturgie, il est absolument certain (cf. Cartechini), à la suite de l’enseignement notamment du pape Grégoire XVI, que l’infaillibilité de l’Église garantit non seulement ce qui est imposé, mais aussi ce qui est permis en matière liturgique. Donc, même dans l’hypothèse la plus favorable aux échappatoires d’Avrillé, la nouvelle messe aurait dû être infailliblement garantie contre toute hétérodoxie si Paul VI avait été vrai pape.

4. Autre fâcheux “oubli” des “bonshommes” d’Avrillé : l’infaillibilité du magistère ordinaire dans ce qu’il approuve tacitement.

a) Or non seulement les erreurs et hérésies de Vatican II, mais bien d’autres hérésies encore se répandent pacifiquement dans l’église conciliaire sans que les “papes de Vatican II” sévissent en quoi que ce soit là contre, à quelques rares exceptions près (notamment Hans Küng, qui a été bien faiblement sanctionné, si l’on ose dire).

b) Dans le même mouvement, la grande masse des baptisés qui sont soumis aux “papes de Vatican II” et à leurs fondés de pouvoir mitrés ne professent plus la foi catholique, notamment pour ce qui regarde les vérités de foi parfois (ou souvent) les plus fondamentales. Que l’on pense par exemple à cet article de foi qui est l’Enfer éternel pour les damnés… De cela, maintes enquêtes d’opinion en ont administré la preuve la plus éclatante depuis plus de quarante ans, sinon depuis cinquante ans. On connaissait les croyants non pratiquants. Sous la férule de l’église conciliaire il y a maintenant les pratiquants non croyants.

Autant de preuves que les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être papes. Autant de preuve que les hiérarques conciliaires ne constituent pas l’Église enseignante.

II – La présente vacance du Saint-Siège, à la lumière de la doctrine commune sur la question dite du “pape hérétique”

Sous un autre rapport, ces épiscopes et “papes de Vatican II” ne peuvent pas être nos évêques et nos papes, étant donné qu’ils professent publiquement plusieurs hérésies, qu’ils ne professent donc plus la foi catholique, et ceux qui ne professent plus (publiquement) la foi catholique ne sont plus membres de l’Eglise catholique, et qu’”il serait absurde de prétendre qu’un homme exclu de l’Église ait quelque autorité dans l’Eglise.” (Léon XIII, Encyclique Satis Cognitum, 29 juin 1896), l’office suprême du Souverain Pontife ne faisant pas exception à la règle :

“Par tacite renonciation admise par le droit lui-même, tout office devient vacant par le fait même et sans aucune déclaration, si le clerc […] 4° défaille publiquement de la foi catholique

Code de Droit Canon, canon 188, § 4.

Un pape manifestement hérétique a cessé de lui-même d’être le pape et la Tête, de la même façon qu’il a cessé d’être chrétien et membre du Corps de l’Eglise ; et pour cette raison il peut être jugé et puni par l’Eglise.”

S. Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, II, 30.

“Canon 221. S’il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge, ni l’acceptation des cardinaux ni aucune autre acceptation n’est nécessaire à la validité de cette renonciation.

“Le pape saint Célestin renonça au souverain pontificat, en 1294. Son successeur Boniface VIII déclara à ce sujet : Après avoir délibéré de cette question avec les cardinaux de la sainte Eglise […] nous statuons et décrétons, de par notre autorité apostolique, que le Pontife romain peut librement résigner ses fonctions.

“De plus le pouvoir du pape cesserait par suite de démence perpétuelle ou d’hérésie formelle. Dans le premier cas, le pape étant incapable de faire un acte humain, serait par conséquent incapable d’exercer sa juridiction. L’aide d’un vicaire ne pourrait y suppléer, puisque l’infaillibilité et la primauté de juridiction ne peuvent pas être déléguées.

“Le second cas, d’après la doctrine la plus commune, est théoriquement possible, en tant que le pape agirait comme docteur privé. Etant donné que le Siège suprême n’est jugé par personne (can. 1556), il faudrait conclure que, par le fait même et sans sentence déclaratoire, le pape serait déchu.

Chanoine Raoul Naz (sous la direction de), Traité de Droit canonique, t. I, pp. 376-377.

“Canon 219. Le pontife romain, légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction.

[…]

“Sont éligibles tous ceux qui, de droit divin ou ecclésiastique, ne sont pas exclus. Sont exclus les femmes, les enfants, les déments, les non baptisés, les hérétiques et les schismatiques.”

Chanoine Raoul Naz (sous la direction de), Traité de Droit canonique, t. I, pp. 375.

Rappelons à la cohorte des sourcilleux qui, sous prétexte d’ignorance présumée chez nos modernes modernistes, ne veulent plus voir d’hérétiques nulle part, que dans l’Eglise catholique, au for externe, c’est la pertinacité qui est présumée, notamment en pareille matière (l’hérésie), et non pas l’ignorance :

“Est requise la pertinacité de la volonté, laquelle consiste en ce que quelqu’un, soit par orgueil, vaine gloire, esprit de contradiction ou toute autre cause, nie ou met en doute quelque article de foi, qu’il sait être proposé par l’Eglise à croire en tant que divinement révélé.

“C’est pourquoi, quelqu’un qui nie de bonne foi ou met en doute par ignorance une vérité que l’Eglise enseigne devoir être tenue comme un dogme de foi divine et catholique, est hérétique matériel seulement, non formel.

“Néanmoins, en raison de la norme énoncée dans le canon 2200 § 2, devant l’expression externe d’une négation ou d’un doute d’un dogme de foi, l’hérésie est toujours présumée formelle au for externe, jusqu’à ce que le contraire soit prouvé.”

R.P. Beste, Introductio in Codicem, 3e éd., 1946, p. 662.

Quand il y a profession externe d’une erreur doctrinale [en matière de foi divine et catholique] le canon 2200 § 2 établit une présomption d’hérésie, jusqu’à preuve du contraire, c’est-à-dire qu’on présume alors la pertinacité, à moins qu’il existe des raisons sérieuses de penser qu’elle n’existe pas.”

R.P. Bride, article “Hérésie”, in encyclopédie Catholicisme, t. V, 1962, col. 643.

“1. On appelle dol la volonté délibérée de violer la loi. Deux éléments s’y opposent : du côté de l’intelligence le manque de connaissance, et du côté de la volonté le manque de liberté. 2. Devant une violation externe de la loi, le dol est présumé au for externe jusqu’à ce que le contraire ait été prouvé.”

Code de Droit canon, canon 2200, §§ 1 et 2.

Dès lors que la profession de l’hérésie par les hiérarques de Vatican II est externe, ces derniers doivent donc être présumés hérétiques formels au for externe (même si d’aventure ils étaient seulement hérétiques matériels au for interne). Et dès lors que l’hérésie est professée publiquement par ces mêmes hiérarques, ces derniers sont et doivent être tenus comme des hérétiques publics, donc comme des personnes qui ne sont plus membres de l’Eglise catholique.

“Seuls sont réellement à compter comme membres de l’Eglise ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui d’autre part ne sont pas pour leur malheur séparés de l’ensemble du Corps, ou n’en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l’autorité légitime.”

Pie XII, Encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943.

Voilà pourquoi il est absurde de prétendre que les catholiques qui professent la vacance du Saint-Siège et des sièges épiscopaux se séparent de l’Eglise. Ce ne sont pas les dénommés sédévacantistes qui se séparent de l’Eglise. Ce sont les conciliaires, au premier rang desquels Paul VI et ses successeurs, modernistes occultes avant Vatican II devenus modernistes publics avec ce même Vatican II, qui se sont séparés en masse de l’Eglise catholique en professant publiquement l’hérésie, et en cessant par conséquent de professer la foi catholique. Cessant d’appartenir à l’Eglise, Paul VI a cessé ipso facto d’être pape, et ses successeurs, pour le même motif, ne pouvaient pas être validement élus au Souverain Pontificat.

“Quant au pouvoir de juridiction, il est conféré par simple investiture humaine. Ce pouvoir ne demeure pas immuable. Et il ne subsiste pas chez les schismatiques et les hérétiques.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, IIa-IIae, qu. 39, art. 3.

“Car il serait absurde de prétendre qu’un homme exclu de l’Eglise ait quelque autorité dans l’Eglise.”

Léon XIII, Encyclique Satis Cognitum, 29 juin 1896.

Pour autant le Siège Apostolique demeure, l’Eglise Romaine demeure. En effet, une telle vacance du Saint-Siège, même prolongée pendant des décennies, ne pose pas les problèmes canoniques et théologiques que les “bonshommes” d’Avrillé et plus largement les lefebvristes veulent absolument y voir. L’Abbé Coache nous l’expliquait dès 1972 :

“Le Saint-Siège – ou Siège apostolique – est une personne morale de droit divin (can. 100). Il est donc une institution en elle-même, voulue par Notre-Seigneur.

“Cette personne morale est distincte de l’Eglise catholique. Elle est aussi distincte, in se, de la personne du Pape, quoique souvent, in praxi, les deux se confondent car le Pape incarne le Saint-Siège – ex. can. 61 ou 2317 – ; mais le can. 7 précise bien que le nom de Saint-Siège englobe les organismes du gouvernement de l’Eglise.

Le Siège apostolique, distinct de l’Eglise universelle, distinct juridiquement de la personne du Pape, représente la permanence de l’Autorité pontificale romaine : il est “la permanence de l’autorité centrale dans l’Eglise, quels que soient les changements susceptibles de se produire dans les personnes qui l’exercent. Le pouvoir, en effet, est attaché à la FONCTION, non à l’individualité du fonctionnaire. D’où il suit que l’autorité souveraine est attachée à la dignité pontificale et survit à la disparition des personnes qui en sont revêtues. C’est ce que notait Jean d’André : “TENENS PAPATUM VEL DIGNITATEM EST CORRUPTIBILIS, PAPATUS TAMEN DIGNITAS VEL IMPERIUM SEMPER EST”, c’est-à-dire “celui qui détient la papauté est corruptible (caduc), mais la dignité et l’autorité de la Papauté demeurent toujours”” (Dictionnaire de Droit Canonique, VII, col. 837-838, R. Naz).

“Ainsi le Saint-Siège est une personnalité (morale) d’institution divine autonome, indépendante, permanente et infaillible. C’est la permanence de l’autorité de l’Eglise de Rome, autorité souveraine sur l’Eglise universelle.

“Expliquons-nous bien : le Saint-Siège est incarné (pratiquement et au sommet) par le Souverain Pontife qui, normalement, en sa personne physique, lui est supérieur. On peut en appeler du Saint-Siège (Congrégations romaines) à la personne du Pape, le contraire n’étant pas admissible. Par contre, le Saint-Siège – en raison même de la Tradition concrétisée par la succession des Papes – apparaît comme le garant de l’orthodoxie de l’Eglise de Rome, du diocèse de Rome, et donc de son Chef. Si celui-ci s’écarte de cette Tradition, le Saint-Siège le “juge”, non pas en tant qu’Autorité mais comme exprimant la Vérité intangible assurée par les Papes antérieurs.

“Une personne morale de droit ecclésiastique est de nature perpétuelle (can. 102), c’est-à-dire qu’elle ne peut disparaître que par la volonté explicite et légitime de l’autorité compétente ; elle va même jusqu’à posséder une survie cent ans si elle cesse de facto d’être en exercice [En note : C’est-à-dire que si elle cesse en fait pendant 99 ans, ses droits demeurent dans ses membres, ses biens et ses capacités ; elle peut donc ressusciter sans que l’autorité supérieure s’y oppose a priori.]. Une personne morale de droit divin ne peut pas mourir ; l’Eglise peut donc rester très longtemps sans Pape, le Saint-Siège est toujours vivant avec la permanence de l’autorité papale. Pour être moins abstrait et plus facilement compris du lecteur, disons que l’Autorité de Pierre demeure en tout ce qui l’exprime authentiquement (dans le passé et le présent), à travers les Documents de la Sainte Eglise, sa Tradition, à travers les Congrégations romaines, le Collège cardinalice… [Note de Nicolas Magne : De fait, nous sommes présentement privés des Congrégations romaines et du Collège cardinalice, qui sont simplement de droit ecclésiastique, et pas de droit divin comme le Saint-Siège, sa foi et sa tradition.]…

“Le Pape, lui, de droit divin aussi, peut mourir (il y en a 264 qui sont morts !) ou mourir moralement (démission, folie, hérésie). L’autorité du Saint-Siège ne meurt pas.

“Le Pontife romain, incarnant le Saint-Siège avec son pouvoir monarchique, discrétionnaire [En note : Terme juridique qui marque l’initiative du gouvernement… et non sa fantaisie !], personnel, universel et immédiat, est tenu, comme tout chef de personne morale, par les “statuts” de celle-ci, in casu, le Droit divin et la Foi ; il est limité par eux ; s’il s’en écarte, il défaille à sa fonction.

Abbé Louis Coache, Docteur en Droit canonique, “Les Pouvoirs du Prêtre, petit essai”, supplément au n. 27 de la revue Forts dans la Foi, 3 septembre 1972, pp. 26-28.

III – La permanence de l’Église catholique, qui est aujourd’hui éclipsée – une situation qui, à la lumière de l’Écriture et de la Tradition, ne doit pas nous surprendre

Et pour autant, l’Église catholique demeure, en ses fidèles et en ses ministres qui, depuis cette catastrophe qui a nom Vatican II, ont continué de professer la foi catholique, de pratiquer le culte traditionnel, de recevoir les sacrements selon les rites reçus de la tradition de l’Église, et de se soumettre aux lois ecclésiastiques reçus de cette même tradition. Certes, il s’agit là du petit troupeau, de “l’Église éclipsée” annoncée par la Sainte Vierge à La Salette, en écho aux prophéties de l’Apocalypse, notamment au chapitre IX, versets 1 et 2, qui selon l’enseignement des Pères et des Docteurs parle en cet endroit de l’Église “obscurcie” par une contrefaçon d’Église.
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Saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Évangile selon saint Matthieu, XXIV, 29 :
“Alors en effet, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière [Mt. XXIV, 29] parce que l’Église n’apparaîtra plus, tandis que les impies persécuteurs séviront outre mesure. Alors des étoiles tomberont du ciel et les vertus des cieux seront ébranlées, parce que beaucoup qui semblaient resplendir par la grâce de Dieu cèderont aux persécuteurs et chuteront, et même les fidèles les plus fermes seront troublés.”
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 Saint Ambroise, in Apocalypse, IX, 1 :
Et je vis une étoile tombée du ciel en la terre [Apoc. IX, 1]. Par cette étoile sont désignés les hérésiarques, car de même que les étoiles brillent dans le ciel, de même ceux-ci, avant qu’ils tombent, brillaient dans l’Église par la doctrine et la sagesse. Elle tombe du ciel en la terre, en tant que, coupés de l’Église, ils s’associent au corps des réprouvés signifié par la terre.”
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Saint Augustin, in Apocalypse, IX, 1-2 :
“Cette étoile est le corps d’un grand nombre tombant par les péchés. L’étoile tombée du ciel en la terre est donc le peuple pécheur ayant chuté de l’Eglise. […] Elle ouvrit le puits de l’abîme [Apoc. IX, 2], c’est-à-dire il a manifesté ce qu’il avait dans son cœur sans la moindre crainte ou pudeur de pécher. Et une fumée monta du puits [id.]. Du peuple s’éleva ce qui couvre et obscurcit l’Église, au point qu’il dise : Et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits. Il dit le soleil obscurci, non tombé, car les péchés des hommes mauvais et orgueilleux qui sont commis partout à travers le monde obscurcissent le soleil, l’Église, et jettent en même temps l’obscurité sur les saints et les justes, en tant que le nombre des mauvais est si élevé que les bons n’apparaissent presque pas au milieu d’eux.”
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 Saint Thomas d’Aquin, in Apocalypse, IX, 2 :
“Et la fumée monta du puits. Il montre ici un triple effet : 1° la production de sa doctrine dépravé ; 2° l’obscurcissement de la vraie doctrine ; 3° la multiplication des faux prédicateurs, qui seront les précurseurs de l’Antéchrist, dont il est ici question sous le nom de sauterelles. […] Et le soleil fut obscurci. Tel est le deuxième effet de la puissance diabolique, l’obscurcissement de la vraie doctrine. Car le soleil signifie les docteurs catholiques illuminant les autres de la connaissance du vrai et les enflammant à l’amour du bien ; l’air, ceux qui sont éclairés. Ces deux catégories seront obscurcies par la fumée de la fournaise, la doctrine dépravée de l’Antéchrist et de ses précurseurs, en tant que la vraie doctrine ne sera plus considérée, sera même répudiée par beaucoup comme fausse. D’où ce qui est dit en Job [ILI, 21] : Sous lui seront les rayons du soleil, et il s’étend sur l’or comme sur la boue. C’est ce qui est dit ici : le soleil et l’air furent obscurcis, c’est-à-dire en raison de la doctrine dépravée, leur doctrine sera dépréciée au profit de la nouvelle doctrine des pseudo prédicateurs. Il semble que cela arrive déjà en ce temps, car aujourd’hui la nouveauté plaît davantage que la vérité, et l’on écoute plus volontiers une vaine subtilité, qui provoque l’admiration, que l’utile vérité qui conduit à la componction. D’où : Viendra un temps où ils ne supporteront plus la saine doctrine, mais multiplieront les maîtres selon leurs désirs, en la démangeaison de leurs oreilles, ils se détourneront de l’écoute de la vérité, mais se tourneront vers des fables [Tim. IV, 3 ss.]. Ou encore cela est dit parce que beaucoup de ceux-ci et de ceux-là, parmi les plus grands et les plus petits, seront trompés par la doctrine dépravée des mauvais sous l’instigation du diable et, sans plus faire cas de la saine doctrine du Christ, s’empresseront de suivre les précurseurs de l’Antéchrist.”
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On peut également citer le commentaire de saint Augustin sur le chapitre XIII de l’Apocalypse :
Saint Augustin, Homélie XI sur l’Apocalypse, XIII :
Mais elle parlait comme le dragon, c’est là cette assemblée qui sous le nom chrétien présente l’Agneau, afin d’infuser de manière cachée le venin du dragon, c’est là l’Église hérétique. Car elle n’imiterait pas la ressemblance de l’Agneau si elle parlait ouvertement : à présent, elle feint l’identité chrétienne pour tromper plus sûrement ceux qui n’y prennent point garde. C’est pourquoi le Seigneur a dit : Prenez garde aux faux prophètes [Mt. VII, 15].”
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Les fidèles et ministres sédévacantistes constituent la partie du troupeau qui veut garder les yeux grands ouverts sur la réalité de l’apostasie publique des “hommes en blanc” présentés abusivement comme papes, et qui continuent à professer l’intégralité de la doctrine catholique et de la foi catholique relativement à l’infaillibilité du magistère et au Primat de juridiction du pape.

IV – Existe-t-il une église lefebvriste ?

En effet, on est légitiment en droit de se demander si ceux qui ont conservé la messe traditionnelle et des pans entiers de la doctrine catholique tout en s’obstinant, par différentes manipulations doctrinales, à reconnaître comme papes les hérétiques publics en chef, professent encore la foi dans le Primat de juridiction du Souverain Pontife. Comment peut-on encore professer ce dogme de foi défini (le Primat de juridiction du pape) quand on se soustrait concrètement et délibérément à la (présumée) juridiction de celui qu’on s’obstine à regarder comme pape. Soustraction d’obédience qui se caractérise comme suit : exercice d’un ministère en marge des (présumés) évêques nommés par le (présumé) pape, ordinations sans être incardinés par les (présumés) évêques nommés par le (présumé) pape, sacres d’évêques contre la volonté du (présumé) pape, professions religieuses en dehors de toute relation hiérarchique avec les (présumés) supérieurs majeurs dans l’obédience du (présumé) pape, rejet des enseignements, des lois et des rites promulgués par les (présumés) papes, insoumission concrète et caractérisée à leur endroit, et dans tous les domaines qui relèvent de l’exercice de leur charge, etc.

“Nous enseignons donc et Nous déclarons que l’Eglise Romaine, par l’institution divine, a la principauté de pouvoir ordinaire sur toutes les autres églises, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife Romain, vraiment épiscopal, est immédiat ; que les pasteurs et les fidèles, chacun et tous, quels que soient leur rite et leur rang, lui soient assujettis par le devoir de la subordination hiérarchique et d’une vraie obéissance, non seulement dans les choses qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui appartiennent à la discipline et au gouvernement de l’Eglise répandue dans tout l’univers ; de sorte que, gardant l’unité soit de communion, soit de profession d’une même foi avec le Pontife Romain, l’Eglise du Christ est un seul troupeau sous un seul pasteur suprême. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont nul ne peut dévier sans perdre la foi et le salut. […]

“Si donc quelqu’un dit que le Pontife Romain n’a qu’une charge d’inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l’Eglise, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs, mais encore à ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l’Eglise répandue dans le monde entier, ou qu’il n’a qu’une part plus importante, et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n’est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu’il soit anathème.

Concile du Vatican, Constitution dogmatique Pastor Aeternus, 18 juillet 1870.

“Il est en effet aussi contraire à la Constitution divine de l’Eglise qu’à la Tradition perpétuelle et constante que quelqu’un puisse prouver la catholicité de sa foi et s’appeler véritablement catholique lorsqu’il n’obéit pas à ce Siège Apostolique.”

Pie IX, Encyclique Quartus supra, 6 juin 1873.

Comment concilier l’obstination des communautés lefebvristes à reconnaître pour papes les “papes de Vatican II”, leur agir concret consistant à se soustraire en tout à l’obédience de ces mêmes “papes de Vatican II”, et la profession dogme de foi défini qui est le Primat de juridiction du pape ? C’est radicalement inconciliable. Autrement dit, la position qui a été embrassée par la puis les communautés lefebvristes, précisément lorsque Mgr Lefebvre a explicitement rejeté la solution sédévacantiste (en novembre 1979), cette position donc se trouve tout à la fois frappée par la marque du schisme, et par celle de l’hérésie. Position schismatique, en tant que les communautés lefebvristes se soustraient concrètement à l’obédience de ceux qu’elles s’obstinent à reconnaître pour papes. Position hérétique, en tant que l’agir concret des communautés lefebvristes implique la non-profession du Primat de juridiction du pape, qui est un dogme de foi.

De telle sorte que, dans la crise apocalyptique de l’heure présente, l’Eglise catholique se trouve obscurcie et éclipsée, non seulement par l’église conciliaire, qui est l’église hérétique dont parle saint Augustin, mais par ce qui ressemble bel et bien à une église lefebvriste. Quoi qu’il faille désormais parler d’églises lefebvristes au pluriel, depuis la scission williamsonienne qui a (au moins) dédoublé cette même église lefebvriste.

Dieu veuille leur ouvrir les yeux.

L’Église catholique, abandonnée par la plupart des hiérarques passés avec armes et bagages à l’hérésie, réduite à l’état de petit troupeau, privée de Souverain Pontife pendant des décennies – ce qui ne pose absolument pas les problèmes théologiques et canoniques que nous disent les lefebvristes (cf. la citation de l’Abbé Coache) – cette toujours sainte Église catholique (une, sainte et apostolique dans la profession de la foi et dans la pratique des sacrements de la foi) se trouve présentement éclipsée par l’astre spirituellement mort de l’église hérétique qu’est l’église conciliaire. L’église conciliaire singe le langage de l’Agneau, mais parle en réalité le langage du dragon. Elle singe le langage de l’Agneau, et donc passe pour l’Église catholique au regard des mondains et des incrédules de tous poils. Ce pourquoi elle éclipse l’Église catholique. Elle parle en réalité le langage du dragon, et donc engage les masses dans la voie de l’apostasie et prépare le règne de l’Antéchrist. L’église lefebvriste et ses clones “Ecclesia Dei” éclipsent eux aussi la vérité et rallient des pans entiers du petit troupeau à l’église hérétique des précurseurs de l’Antéchrist. Voilà la situation. Elle est à pleurer. Et c’est bien pour ça que Notre Dame est apparue d’abord à La Salette comme “Celle qui pleure”.

P.S. : Les citations de commentaires sur l’Apocalypse sont tirées des travaux de l’Abbé Vincent-Marie Zins.