Frédéric Mistral, poète occitan à l’ombre de la Croix

Mistral, poète à l’ombre de la Croix

par Jacques Trémolet de Villers.

En 1904, il y a un siècle, Frédéric Mistral (1830-1914) recevait le Prix Nobel de littérature. Nous n’avons pas voulu laisser passer cette occasion de saluer la figure et l’œuvre éminemment catholiques de Mireille. Maître Trémolet de Villers, fin connaisseur de la poésie, admirateur de Mistral et de son disciple Maurras, a accepté de faire revivre devant nos yeux cette épopée provençale.

 

On raconte que, lors de la publication de Mireille, l’épopée provençale qui allait faire de Mistral, un jeune avocat poète de 28 ans. L’Homère des temps modernes, certains milieux ecclésiastiques d’Aix-en-Provence exprimèrent sèchement leurs réserves : l’œuvre était immorale, voire érotique. L’évocation, dans la description de Mireille, de sa peitrino redounello, «sa poitrine doucement arrondie» qui «ressemblait a deux jolies pêches pas encore tout à fait mûres », le classait dans les auteurs modernes indécents.

Lamartine avait beau le saluer, dans son cours de littérature, comme l’un des plus grands, placé spontanément à la hauteur de Virgile et de Dante, l’éloge du poète romantique n’arrangeait pas les affaires du Provençal vis-à-vis de ses censeurs. Heureusement, le chanoine d’Alzon, à Nîmes, éminent représentant du catholicisme ultramontain et antilibéral, prenait sa défense et, pour manifester son approbation, l’invitait solennellement, en présence des autorités religieuses, politiques et universitaires, à une lecture publique de son poème.

Emmanuel d’Alzon avait raison. Mistral est un poète catholique. J’allais dire que, dans l’histoire littéraire de la France, il est Le poète catholique. Peut être faudra-t-il y ajouter Péguy dont la seule vraie muse fût Jeanne d’Arc. Mais Péguy est un soldat, chevalier, un croisé des temps modernes.

Mistral, lui, est un maître, un Père. Il a l’autorité calme et sereine de celui qui voit et qui sait. D’ailleurs, c’est spontanément qu’il parle comme un maître. Quand il envoie à Maurras son dernier ouvrage, il écrit de sa main cette dédicace en forme de royal jeu de mots : Te mau-ras, manjo et beu, «Tiens, mal rassasié, mange et bois !». Seul un maître peut ainsi, du nom de son disciple, dire l’âme de celui-ci. L’insatiété fut le tourment continuel, comme la forme vitale aussi – la grâce et la croix en même temps – de Maurras.

«Myrte, ô feuille douce-amère,
Qui ne m’as chanté
Qu’éternelle et qu’éphémère insatiété.»

Et, du même mouvement, seul un maître, à l’image du seul Maître, peut prétendre apaiser ce tourment, en se donnant lui-même, en nourriture et en boisson. Mange bois !

Mistral est un auteur nourrissant. Dans un chapitre célèbre de Poésie et Vérité, Maurras médite sur le parallèle entre Mistral et Baudelaire, deux enchantements de sa jeunesse. Mistral l’a sauvé de Baudelaire, deux enchantements de sa jeunesse. Mistral l’a sauvé de Baudelaire, et il conseille aux jeunes gens de son temps de faire, entre les deux influences, le même choix. Les rayons du soleil ont plus de force et de vertu que les fleurs du mal.

Le parallèle qui s’impose à notre génération est celui de Marx et de Mistral. Ils ont à peine dix ans de différences et, tous les deux, spontanément, prétendent à l’universel, et tous les deux, ont eu des disciples qui voyaient dans l’œuvre du maître cette dimension universelle : la révolution mondiale et permanente chez Marx, l’ordre du Vrai, du Bien et du Beau chez Mistral. Débarquant à Paris à dix-huit ans, le jeune Maurras rêve de «mistraliser le monde», comme Lénine et Trotski voulaient marxiser l’univers.

On ne peut imaginer opposition plus radicale. Marx était laid. Mistral était beau. Marx vivait dans les livres, les traités d’économie. Mistral était un homme de soleil, de campagne, de mer et de lumière.

Marx se passionnait pour le mystère de la marchandise, qui secrète elle-même sa propre valeur, comme le Père engendre le Fils. Mistral, lui, traduit en provençal la Genèse et, du coup, lui rend sa valeur charnelle, terrestre en même temps que divine, annonciatrice, dans le goût même des mots, du mystère de l’Incarnation.

Marx se voulait l’accoucheur du monde moderne. Mistral était, comme naturellement, la synthèse des ordres païen et chrétien, annonciatrice du nouvel ordre catholique.

Marx a gagné, dans un premier temps. Ses fils ont répandu dans le monde sa dialectique, son tour d’esprit, son matérialisme pratique qui fixe le regard et le cœur des hommes sur la fascination de la matière en mouvement et de ce qu’elle peut produire de forces et de richesses.

Mais, arrivé au bout de son ambition, le marxisme a commencé à refluer. L’Église qu’il prétendait, soit anéantir, soit domestiquer, a fait surgir, d’un pays où il avait étendu sa domination, un pape donné à la créature la plus radicalement incompatible avec l’intrinsèquement pervers, Notre Dame.

Rebâtir sous l’égide de Notre Dame :

C’est à Notre Dame qu’est dû le reflux politique et temporel d’une révolution qui devait conquérir le monde. Mistral était dévot de Notre Dame, Reine de la Provence, sainte patrone de Maillane, qu’elle sauva de la peste le 29 août 1869.

Le temps est venu, pour rebâtir sur les décombres laissés par la Révolution (deux siècles de guerres totales, civiles et étrangères, de déportation et d’extermination des peuples, d’esclavage mental, physique et sociologique), de recevoir le soleil de Mistral.

«Je chante une jeune fille de Provence…» : ainsi commence l’épopée de Mireille. À part l’ouverture de la Genèse : «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre», il n’y a pas de simplicité plus souriante en même temps que majestueuse. Homère dit : «L’homme aux mille tours, chante-le, ô ma Muse», ce qui est sublime. Dante écrit : «Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai dans une forêt obscure», ce qui est aussi grand. Mais… mais il y manque, chez Dante et chez Homère, «la jeune fille». Il faut attendre quelques chants pour qu’apparaisse Nausicaa aux bras blancs, ou Béatrice. Chez Mistral, elle est au premier vers et sa grâce se répandra sur toute l’œuvre, en douze chants.

«Je change une jeune fille de la Provence,
Dans les amours de sa jeunesse,
À travers la Crau, vers la mer, dans les blés,
Humble écolier du grand Homère je veux vivre».

Et immédiatement, par une de ces échappées qui font de son poème une extraordinaire symphonie ou, si l’on préfère, par un changement de plan qui en font un film étonnant, à l’image de son modèle, le poète se tourne vers la Divinité :

Tu, Seignour Dieù de ma patrio.

Je l’ai mis en provençal parce que, sinon, la majesté rude de ce tutoiement solennel n’est pas vraiment perceptible.

«Toi, Seigneur Dieu de ma patrie,
Qui voulu naître dans l’étable».

Le français ne peut se rendre la force du jeu de mots qui vient du provençal :

Tu, Seignour Dieù de ma patrio.

Que nasqueres dins la pastriho.

Patrie, pasteur, bergerie sont liés comme ils le sont dans l’Évangile.

Seule l’Église pouvait apporter cette dimension vraiment divine en même temps que terrienne. Mistral, qui a eu la grâce de venir, humble écolier du grand Homère, en un temps qu’Homère ne pouvait pas connaitre, au lieu de parler aux Muses, à Athéna, à Zeus ou à Apollon, parla au seul vrai Dieu, en même temps vrai homme, Jésus-Christ.

Totalement catholique :

Son œuvre d’un seul coup, prend une dimension que Virgile, ni Homère n’ont connue. Et la grandeur de Mistral est qu’au long des douze chants, il tient le pari de cette dimension. Il lie l’antique et le chrétien, l’amour humain et l’amour divin, la terre et le Ciel, et c’est pourquoi il est, totalement, catholique.

Catholique, c’est-à-dire universel. Catholique, c’est-à-dire assumant, dans l’héritage pré-chrétien, tout ce qui annonce, dessine, appelle ce que révélera l’instant de l’Incarnation.

Catholique c’est-à-dire réunissant sans cesse l’ancien et le moderne, le païen et le chrétien, l’un et le multiple, dans la seule dialectique qui soit digne de Dieu et de l’homme, qui est la dialectique de l’amour.

Catholique c’est-à-dire épris jusqu’au fond de l’être du désir de l’unité.

Catholique, c’est-à-dire fils soumis de l’Église, du pape et des évêques. Quand, au chant XI de Mireille, commence de le récit de l’évangélisation de la Provence, l’héroïne, qui est toujours la jeune fille se mourant d’amour et de soleil, est aussi, à l’évidence, la figure de la Provence. Les saintes mairies de la Mer, sur le haut de leur chapelle, commencent leur enseignement. Et cet enseignement de la Révélation à la terre grecque, romaine et ligure qui l’attendait, commence comme il faut commencer :

L’autre de la Cros, ô Mireio.

«L’arbre de la Croix, ô Mireille.»

Toute véritable évangélisation commence ainsi par dresser, devant les yeux de celui qui la reçoit, l’arbre de la Croix. Ainsi fit, devant l’Aéropage, saint Paul. Ainsi fit, au clair matin de la Pentecôte, saint Pierre. Ainsi fit, il y a quelque semaine, pour le monde entier, Mel Gibson. Ainsi fit en son temps, Frédéric Mistral.

«L’arbre de la Croix, ô Mireille,
Sur la montagne de Judée
Était encore planté, droit sur Jérusalem,
Et du sang de Dieu encore humide».

Les saintes Maries de la Mer ne font pas une grandiose déclamation. Elles racontent simplement une histoire, leur histoire, celle de leur départ de Judée pour aller elles ne savaient où, et, finalement en Provence. Mais leur histoire commence par cet image saisissante, à laquelle nous ne pensons pas, de l’arbre de la Croix, demeuré, droit sur Jérusalem, après la Crucifixion et la Résurrection.

«Et du sang de Dieu encore humide». On a beaucoup glosé sur l’hémoglobine dans le film de Mel Gibson. Mais le poète, avant le cinéaste, avait vu que le bois de la Croix, qui avait bu le sang du Christ, l’avait reçu en tel quantité que, plusieurs semaines après, il en restait tout imprégné.

«Il criait à la Cité du crime,
Endormie là-bas, dans l’abîme,
Qu’as-tu fais ? Qu’as-tu fais du roi de Bethléem ?»

Cette croix, dressée sur le monde et, par sa seule présence, lui demandant compte de ce qu’il avait fait de l’Enfant de la Crèche, c’est, en un raccourci salissant, comme seul un poète peut le voir et l’exprimer, la condamnation du monde en même temps que le salut des hommes.

«Et le pauvre peuple était triste
Car il voyait bien qu’il était son Christ
Celui qui de la tombe, soulevant le couvercle,
S’était, comme un jeune aigle, élevé dans les cieux.

«Ah ! on le regrettait, dans la Judée,
Le beau charpentier de Galilée,
Le charpentier aux cheveux blancs
Qui attrapait les cœurs avec le miel des paraboles».

Je m’arrête là. Il faut lire l’œuvre, dans le texte, pour la comprendre et la sentir, pour savoir comment un poète peut dire l’histoire sainte de sa patrie.

Le musée Frédéric Mistral en Maillane.

Relève-toi vers l’espérance !

Quand arriva la barque portant Marie-Madeleine, Marthe et Salomé, avec Lazare, qui fut aux jours de ce monde l’ami de Jésus, c’est la terre de Provence toute entière qui frémit, comme frémit le chien qui sent l’arrivée de son maître. Les arbres et les collines, les rivières et les étangs attendaient les envoyés de Celui par qui ils furent créés et sauvés.

Dans l’Ode à la Race latine, que Mistral prononça à Montpellier, dans les jardins du Peyrou, et qui reste, pour les peuples du Midi, un hymne national, ou plutôt qui chante pour eux leur Internationale, le poète termine son tour de Méditerranée – les sept langues issues de la magnifique langue latine :

Te lango d’or, filho roumano d’où Pople-Rei,
Es la cansoun que rediran li bouco lo umano
Tant que lou Verbe aura resoun.

«Ta langue d’or, fille romaine du Peuple-Roi,
Est la chanson que rediront les bouches humaines,
Tant que le Verbe aura raison.»

La conclusion rejoint le commencement du chant de Mireille :

Raco latino, en remembranco
De toun destin sembre courous,
Aubouro-te vers l’espéranço
Afrairo-te souto la Crous !

«Race latine, en souvenance
De ton destin toujours courageux
Relève-toi vers l’espérance
Et fraternise sous La Croix».

O Crux Ave, spes unica !

C’est le cri temporel, autant que sur-naturel, de Frédéric Mistral, c’est le cri catholique.

Et c’est la seule véritable espérance.

Fideliter, n°161, septembre-octobre 2004 de la page 67 à 72.

SOURCE

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José Antonio Primo de Rivera, chantre de la jeunesse – Pierre Sidos

Nous sommes en janvier 1936, à Paris, rue de Bucarest, dans le Ville arrondissement, où se trouve alors le siège central du Parti Franciste, la «Maison bleue ». Son chef, Marcel Bucard, reçoit José Antonio Primo de Rivera, qui tient à lui remettre son propre insigne de chef de la Phalange espagnole, les cinq flèches et le joug marqué des initiales JONS.

En échange le fondateur du francisme lui offrira son emblème personnel de boutonnière, à l’image de celui qu’arboraient les militants à chemise bleu-ciel, c’est-à-dire la réunion d’un épi de blé, d’une roue dentée, surmonté d’une francisque symbolisant l’union du paysan, de l’ouvrier et du soldat. Rencontre inconnue ou mal connue attestée par un écho signé par la direction de l’hebdomadaire Le Franciste, en septembre 1936, intitulé « hommage émouvant », qui est illustré par la reproduction l’insigne de de la Phalange remis quelques mois auparavant par José Antonio, et dont le texte dit notamment : «Nous sommes, hélas sans nouvelles sur le sort qui lui est réservé (..). À nouveau, sous lui adressons à lui, à ses compagnons, à ses amis (..) l’hommage ému de notre affection et de notre admiration. Nous saluons leurs grands morts, tombés en martyrs au service de leur foi ».

Il convient d’indiquer que la création du francisme est du 29 septembre 1933, que celle de la Phalange est du 29 octobre 1933, soit exactement un mois d’écart, alors que l’année de leur rencontre, en son début, sera suivie de la mise hors la loi de la Phalange en Espagne, au mois de mars, et de celle du Parti Franciste en France, au mois de juin. Ce mois de juin verra le transfert de José Antonio de la prison de Madrid à celle d’Alicante.

L’inspiration fasciste de ces deux mouvements est incontestable et même revendiquée par eux particulièrement, hormis parfois pour des problèmes d’opportunité psychologique ou juridique.

Ce fascisme-là associant le social et le national, conciliant l’État et la religion, alliant la politique et l’esthétique, rassemblera une jeunesse ardente, d’accord pour répudier la loi du nombre, le règne de l’argent, l’idéologie du progrès.

C’était une conception sociale hiérarchique, favorable à l’enracinement et à l’unanimité, hostile à la subversion et à l’inversion. Elle visait à établir dans les différents pays d’Europe une forme de gouvernement sans précédent, bien qu’étant au fond l’expression renouvelée d’un pouvoir temporel chrétien non clérical.

A priori, le style de vie préconisé requérait de la part de ses adeptes, francistes en France et phalangistes en Espagne, un grand dévouement, une parfaite probité, une indiscutable compétence, en plus d’un ardent patriotisme national et un souci constant d’équité sociale.

La profonde originalité de José Antonio, vis-à-vis des différents mouvements européens de même inspiration et de leurs dirigeants de l’entre-deux guerres, c’est le mélange d’extrême rigueur doctrinal et de poésie, qui caractérise sa pensée et son action, lui assurant une survivance, car la poésie est peut-être plus accessible que le raisonnement systématique, lequel ne peut se suffire à lui-même, provoquant l’apostrophe de Maurice Barrès dans une correspondance à Charles Maurras : «Je crains que vous ne formiez de durs petits esprits ».

Il faut de la splendeur à la vérité, des hauts lieux symboliques, des points de ferveur, un certain lyrisme, même parfois un «pessimisme enthousiaste» selon la formule phalangiste, qui déroge certes de la mise en équation des programmes et autres catalogues des partis de droite comme de gauche, ou autres cercles « intellos ».

Lorsque José Antonio parlait au Théâtre de la Comédie, à Madrid, pour la fondation de la Phalange, d’un «mouvement poétique », ce n’était pas un effet de style oratoire. Il tenait à ce que le mouvement répondît à certains critères esthétiques, répudiant tout penchant pour l’abstraction. José Antonio avait une profonde antipathie pour ceux des hommes politiques qui, ne comprenant que les chiffres, jamais ne comprennent un poème.

Par ses écrits, ses discours, par les exemples qu’il a donnés dans sa vie privée et publique, il a réussi à magnifier la politique en mystique. Et cette mystique, qui est de la poésie en action, a auréolé ses disciples et pérennisé ses idées.

José Antonio est le chantre de la jeunesse de l’Europe, de l’Europe qui, pour lui et pour nous, n’est pas seulement un continent, mais une civilisation commune, constituée et portée par des nations historiques, chacune étant une unité de destin particulier dans l’universel.

Chantre par extension signifie poète, ainsi le chantre d’Achille, c’est Homère.

Il n’est question aujourd’hui que du réchauffement de la planète alors que par la domination des chiffres sur les lettres c’est plutôt de la glacification de l’humanité qu’on a tout à craindre.

José Antonio, fusillé le 20 novembre 1936, n’est pas mort. La preuve, c’est qu’à l’évocation de son nom, il est répondu « Présent ! ». Certes, enterré sommairement après sa mise à mort, il fut inhumé dans un mausolée à Alicante, puis, après la translation solennelle de ses cendres de la côte méditerranéenne au monastère-nécropole des souverains d’Espagne, à l’Escurial, aux environs de Madrid. Il trouva enfin sa sépulture définitive au pied du maître-autel de la basilique de la Vallée de los Caïdos, en 1959, lors de l’inauguration de cette œuvre souterraine grandiose qui exigea l’extraction de quatre cents millions de mètres cubes de rocher et dont la partie extérieure est dominée par une croix gigantesque de cent-cinquante mètres de hauteur.

L’hymne de la phalange : Cara al sol (Face au soleil)

« La Baleine qui rie» était un café littéraire situé dans le sous-sol du café de Lyon, rue d’Alcala, en face de la porte monumentale, à Madrid.

À partir du moment où José Antonio fréquente le lieu, il devient le conservatoire académique de la Phalange, s’activant très tard dans la nuit.

« Et l’hymne ? » s’écriait José Antonio toutes les nuits qu’il se rendait à « La Baleine qui rie ».

Quand avons-nous un hymne ? Il en rêvait chaque heure du jour. Et il expliquait à ses camarades réunis le soir : « Ce doit être une chanson d’amour et de guerre. Le phalangiste dit adieu en pleine clarté, à la femme qu’il aime, il s’en va avec la chemise bleue quelle lui a brodée pour le combat. Il pense à la mort gaiement, car le phalangiste ne meurt jamais ; car le phalangiste tombé reparaît à la place d’honneur, qui est au ciel pour les braves. Là-haut il montera sa garde, auprès de ceux qui sont tombés comme lui, ou qui tomberont encore, et il assistera, extatique, au glorieux labeur des siens. Il part pour la guerre et porte dans son âme la plus sûre des prophéties : le retour des couleurs victorieuses dans le printemps splendide qu’attend notre terre espagnole, qu’attendent le vent et la mer (…). S’il revient, les cinq flèches rouges de sa poitrine auront fleuri en cinq roses pour son aimée : la rose de la Foi, la rose du Sacrifice, la rose de la Vaillance, la ose de la Paix et la rose de l’Espagne. Il faut que ce soit une chanson de guerre et d’amour, notre chanson. Mais aussi une ballade le l’adieu, après lequel les uns reviendront et les autres présenteront les armes au mystère ».

C’est exactement l’hymne qui fut réalisé. Sans connaître précisément l’auteur.

La musique est attribuée à Juan Telleria, les paroles entre autres Augustin de Foxa, José Maria Alfaro, Jacinto Miquelarena, mais l’âme de la chanson, la mélodie et la poésie sont de José Antonio, avec pour titre Cara al Sol: « Face au soleil ».

Le soleil, symbole de la vie, de la chaleur, du jour, de la lumière, de l’autorité et de tout ce qui rayonne.

Phébus était pour les Latins le surnom d’Apollon, dieu soleil. Dans les textes celtiques, le soleil sert à caractériser tout ce qui est beau, aimable, splendide.

Pour l’Écriture sainte : « le soleil de justice », c’est Dieu et plus particulièrement Jésus-Christ.

Lors de la période contemporaine, son adaptation stylisée, appliquée au domaine politique porte le nom de croix celtique.

Les paroles du Cara al sol évoquent et mettent en mémoire celles du chant de l’amour et de la mort du cornette Christophe Rilke, qui combattit les Turcs envahisseurs de l’Europe au XVIIe siècle, et pour qui son descendant Rainer Maria Rilke écrivit, au début du XXe siècle, un récit où il lui fait dire : «Ma bonne mère, soyez fière, je porte le drapeau. Aimez-moi bien, je porte le drapeau… ».

À noter également, dans le même registre, les paroles du poème Le cœur du Hialmar, de Leconte de Lisle, narration de la mort d’un jeune guerrier scandinave des temps anciens, demandant à un oiseau sacré de percer sa poitrine, d’y prendre son cœur pour le porter à sa fiancée :

«Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.

J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups mon sang vermeil.

Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,

Je vais m’asseoir parmi les dieux, dans le soleil ! »

L’on voit la concordance de la pensée josé-antonienne avec des exemples pris dans la poésie héroïque européenne.

Cara al sol est né en décembre 1935, peu de temps avant les événements décisifs au cours desquels il connut une notoriété fulgurante et bienfaisante dans le camp nationaliste.

Maintenant, je tiens à révéler un fait peu connu du cheminement de la quête de poésie de la mystique josé-antonienne en Europe.

Moins d’une dizaine d’années après l’apparition du Cara al sol, à la suite de la Seconde guerre mondiale, deux mille jeunes nationalistes français étaient concentrés comme prisonniers politiques au camp du Struthof, en Alsace, près de Strasbourg.

J’étais l’un d’entre eux. Affamés et transis, sans nouvelles de l’extérieur, presque sans possibilités de lecture, certains trouvèrent une échappatoire, qu’ils communiquèrent aux autres, dans l’évocation de la guerre d’Espagne, en rappelant que Robert Brasillach avait justement écrit dans les Sept couleurs : « Les hommes de ce temps auront trouvé en Espagne le lieu de toutes les audaces, de toutes les grandeurs et de toutes les espérances ». Sur l’air du Cara al sol, ils avaient imaginé des paroles en langue française, auxquelles ils donnèrent le titre de Chanson de José Antonio, hymne de la jeunesse européenne, dont je vous livre la conclusion à l’occasion de ce centenaire du chantre de la jeunesse européenne : «En avant, compagnons d’infortune, la Patrie par nous restera Une. Le drapeau que nous servons, sortira de son oubli, et quand le printemps refleurira, il flottera épanoui ».

Pierre Sidos

I-Grande-14464-presence-de-jose-antonio-1903-2013.net

Tiré du livre « Présence de José-Antonio 1903-2013 », édité par Synthèse Nationale. Avec la participation entre autre de Jérôme Bourbon (Rivarol), d’Olivier Grimaldi (Cercle Franco-Hispanique) et de Jean-Claude Valla (écrivain)…

Via laflamme

Lancement des entretiens vidéos mensuels de Rivarol avec Jérôme Bourbon

Il est lancé pour cette nouvelle année 2018, que nous espérons chargée de diffusion de notre combat politique et civilisationnel, une série d’entretiens d’actualités pour appuyer l’hebdomadaire papier Rivarol. Il sera traité et schématisé, les derniers événements ayant suffisamment secoué les évènements nationaux et internationaux en livrant des analyses basées sur ses rédacteurs propres ; en la présence de son directeur M. Jérôme Bourbon.

Le premier entretien de janvier 2018 « Le communisme athée a fait beaucoup plus de morts que le « fanatisme religieux » » :

Sujets :
0:56 – Abandon de l’héritage historique du Front National par Marine Le Pen
20:41 – Antichristianisme étatique contre la crèche de Noël de Robert Ménard.
36:24 – Actuelle politique populiste autrichienne.
49:46 – Indépendantisme catalan vis-à-vis de l’Espagne.
1:02:14 – Donal Trump reconnaît Jérusalem comme capitale officielle d’Israël.

Pensez à vous abonner à la nouvelle chaîne vidéo !

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Muñoz Grandes, général phalangiste de la Division Azul

Agustín Muñoz Grandes est né à Madrid le 27 janvier 1896.

A l’âge de 17 ans, il entre à l’Académie d’infanterie de Tolède et en sort diplômé en 1915.

Après ses études, il est envoyé au Maroc. En 1926, il participe à la bataille décisive d’Alhucemas qui met fin à la guerre du Rif. Muñoz Grandes y est grièvement blessé.

Muñoz Grandes se joint au soulèvement nationaliste de 1936. Il est promu au grade de général et prend le commandement de l’armée d’Afrique.

Comme beaucoup d’officier et de soldats de son armée, il est membre de la «Falange Española de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista» [Phalange espagnole de la JONS].

Il mène les légionnaires espagnols dans l’attaque qui remporte Málaga en Février 1937  [en pleine guerre civile de 36-39 opposant le camp national-catholique aux démo-communistes].

En juin 1941, Muñoz Grandes reçoit le commandement de la Division Azul, l’unité de volontaires espagnol créé pour la croisade [européenne] en Russie bolchevique.

Au cours de son commandement au front de l’est Muñoz Grandes est décoré de la Ritterkreuz le 13 Mars 1942, puis des Echenlaub en décembre.

Il est rappelé à l’Espagne début 1943. Il est promu au grade de Lieutenant Général et il est nommé chef de la Maison militaire du Caudillo Franco.

Le commandement de la Division Azul est confié au Général Emilio Esteban Infantes.

Muñoz Grandes est nommé Capitaine-Général du district militaire en 1945 et Ministre de la Défense en 1950.

Il est nommé Vice-Président de 1962 à 1967.

Muñoz Grandes décède à Madrid le 11 juillet 1970 à la suite d’une mort naturelle [bronchite].

Les initiales sur sa tombe, DEMMA sont les initiales de : Dieu, Espagne, mère, femme [mujer], Augustine.

par Jeune nation

Découvrir en résumé l’histoire de l’Espagne

Lors de l’antiquité ce sont des populations celtes et romaines qui se trouvent sur ce sol, pour ensuite laisser place aux wisigoths comme dans le sud-ouest français (en tout cas en jouant le rôle de nouvelle aristocratie). Le moyen âge est marqué par la Reconquista partant du royaume castillan. Le Siècle d’Or de l’Espagne est le moment de la Renaissance où l’Europe était dominée par cette nation notamment par sa diffusion culturelle et économique (XVI et XVII siècle), faisant suite à l’Inquisition et aux Conquistadors. Après la période réactionnaire franquiste, la Movida elle, désigne une période qui nous plaît beaucoup moins de part son influence démocratique, comble du comble, étant exercé par un roi contemporain (Juan Carlos).

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«Celte, romaine, puis wisigothique, musulmane et chrétienne, théâtre de l’Inquisition, première puissance coloniale du monde à la Renaissance, patrie du Cid, de Cervantès, de la corrida et de la movida, l’Espagne est le berceau d’une histoire d’une extraordinaire richesse. Ce pays si voisin du nôtre et apparemment si familier a connu un destin singulier en Europe. La présence prolongée de l’islam en son cœur, la force séculaire des identités régionales, la forme sombre et exclusive que le catholicisme y a prise à la fin du Moyen Âge, l’incapacité de la monarchie à se réformer, la guerre civile qui s’étend du début du XIXe siècle jusqu’à ce que nous appelons la guerre d’Espagne, la transition démocratique imposée de manière quasi autoritaire par le roi Juan Carlos à partir de 1975 : autant de traits qui ont modelé l’Espagne et que ce livre explore en compagnie des meilleurs spécialistes, français et espagnols.»

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L’idée d’écrire une nouvelle histoire de l’Espagne après les ouvrages encore récents et par bien des côtés indépassables de Joseph Pérez ou Bartolomé Bennassar – pour ne citer que deux grands hispanistes Français – n’a pas obéi à la vaine prétention d’enrichir leurs recherches. Elle a répondu au besoin d’approfondir ma propre curiosité en tentant de démêler ce que cette histoire, encore sujette à nombre d’interrogations, avait de plus singulier et de plus attachant. De même que l’on avance pas à pas, au fil du temps, d’une découverte l’autre, je l’ai conçue comme un récit strictement chronologique ouvert à un large public et allégé des digressions thématiques qui rompent souvent le rythme de son parcours.
Comme toujours, ainsi que le disait Pierre Vilar, il est moins important de connaître tous les détails de l’Histoire que de donner à entendre le pourquoi et le comment de qui s’est vraiment passé. Et au besoin de lui chercher un sens, bien qu’une telle approche, quand elle se veut idéologique, comporte aussi des risques qu’il convient d’éviter…
À lire les ouvrages de mes devanciers, je me suis en effet aperçu que leurs propres travaux les laissaient souvent sur leur faim, qu’ils éprouvaient encore le besoin de faire comprendre d’une manière plus simple et précise ce qu’ils n’avaient pu résumer ou suffisamment clarifier. C’est une des caractéristiques de l’histoire de l’Espagne que de laisser toujours des zones d’ombre à explorer et donc à expliquer.
En témoignent, par exemple, ce brillant essai de Joseph Pérez, Entender la Historia de España, la seconde partie de la biographie de Franco par Bartolomé Bennassar intitulée elle aussi «Comprendre» ou encore le dernier ouvrage de synthèse de l’hispaniste américain Stanley Payne titré La Guerre civile. L’histoire face à la confusion mémorielle. Tous auront cherché, à l’exemple des penseurs espagnols eux-mêmes – de Ganivet à Ortega, de Marañon à Madariaga, sans oublier Unamuno – à approfondir leur réflexion intime sur l’histoire de ce pays pour en transmettre une quintessence, comme s’il s’agissait d’une énigme encore mal résolue : celle que l’historien espagnol Claudio Sanchez Albornoz résumait dans son maître-livre : «España, un enigme historico».
Beaucoup de mythes assortis de préjugés tenaces encombrent encore cette histoire, et c’est bien ce qui la rend «différente», voire moins déchiffrable qu’aucune autre. Les Espagnols, en déclinant de manière récurrente le thème de la décadence, y ont ajouté longtemps, et non sans complaisance, l’aura romantique d’un destin singulier, en marge de l’Europe. Mais ce n’était le plus souvent que le reflet du miroir que l’étranger leur tendait et qui occultait ses propres responsabilités à leur égard.
La singularité espagnole commence certes à se manifester dans la longue durée de la Reconquête de l’Espagne musulmane, prolongée avec la prise de Grenade jusqu’à l’aube des Temps modernes. Mais elle est surtout marquée par une succession d’accidents historiques qui rompent son évolution vers un État-nation d’une manière le plus souvent brutale et durable. La première de ces ruptures est sans nul doute celle qui la prive d’une dynastie nationale à la mort des Rois Catholiques et l’intègre, avec Charles Quint, à un projet impérial qui ne cessera de l’épuiser tout en lui faisant payer son hégémonie en Europe et sa colonisation du monde d’une «légende noire» aussi injuste que persistante. La seconde intervient avec le déclin de la puissance espagnole en 1648. Mais la plus grave sans doute est celle qui, à la fin du XVIIIe siècle, brise l’élan qu’avait imprimé à l’Espagne le règne éclairé de Charles III de Bourbon sous l’effet de la Révolution française puis de l’invasion napoléonienne. Une quatrième rupture coïncide avec la perte de ses dernières colonies en 1898. La dernière, enfin, au terme d’un XIXe siècle chaotique et d’un début du XXe qui n’auront résolu, malgré des moments plus heureux, aucun de ses problèmes sociaux, sera marquée par cette Guerre civile où toutes les maladies idéologies de l’époque allaient trouver un champ propice à leur affrontement.

Présentation de l’éditeur

De la Reconquête à nos jours, l’Espagne offre le visage fascinant mais souvent énigmatique d’un pays au destin singulier où de brusques ruptures alternent avec des réveils d’une surprenante vitalité. Ses passions ne cessent d’interroger les nôtres.

Cette nouvelle histoire de l’Espagne se propose de restituer le rythme clair et soutenu d’un vrai «récit national» – genre trop injustement dédaigné par l’historiographie moderne – et de permettre ainsi de la mieux comprendre. Cette histoire, telle qu’on la perçoit généralement, victime de sa «légende noire» depuis l’Inquisition et la colonisation des Amériques, oscillant entre une fascination pour son Siècle d’or et un injuste mépris pour son siècle des Lumières, reste encombrée de bien d’autres clichés ou vues manichéennes sur sa Seconde République, la Guerre civile et le franquisme. Ils nous cachent une réalité plus complexe : celle d’une nation profondément vivante, mais contrariée par les vicissitudes d’un État trop souvent impuissant à fédérer ses potentialités.
Le but de cet ouvrage, ouvert sur l’avenir de ce grand pays flagellé aujourd’hui par la crise économique et menacé dans son unité, est de montrer, par les plus larges vues, combien passé et présent s’éclairent mutuellement.

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«Philippe Nourry connaît très bien l’Espagne. Il a beaucoup contribué à dissiper des malentendus, à rectifier des erreurs de jugements et à dresser du pays voisin un portait exact et néanmoins sans complaisance… Le résultat est un grand livre.»

Joseph Pérez

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Journaliste et écrivain (lauréat du prix Albert-Londres 1970 et de celui de la Fondation «Diario Madrid» 2010), Philippe NOURRY est notamment l’auteur de Franco, la conquête du pouvoir (1975), du Roman de Madrid (2008) et de Juan Carlos (Tallandier, 2011).

Préface de Joseph Pérez, ancien directeur de la Casa Velasquez.

SOURCE

Discours du banquet des 50 ans de la revue Militant