«Qu’est-ce que le fascisme ?» de Maurice Bardèche (première partie intraeuropéenne – extraits)

La première partie de l’étude publiée (dont voici la seconde) porte des réflexions sur les fascismes européens à échelle tant historique qu’intellectuelle. Merci encore à M. Piere Sidos de m’avoir prêté cet ouvrage, cela aura permis cette étude longue enrichissante.

 

« Je suis un écrivain fasciste. »
Maurice Bardèche in. Qu’est-ce que le fascisme ?

 

Il s’agit d’un document pour l’histoire ainsi que pour la doctrine du fascisme, qui mériterait elle-même d’être décortiquée. L’auteur se propose, à sa manière, de faire la part des choses vis-à-vis de son propre courant, en commençant par remonter à son origine, en traitant de ses variantes possibles d’expression et même en prétendant corriger le tir. Bardèche voit dans ce combat comme une guerre perpétuelle contre la finance apatride afin de délivrer socialement son peuple pour son bien matériel. Une sorte de populisme, mais relié de manière dictatoriale à son chef et à la nation, avec cette classique articulation entre peuple et nation. Il ose jusqu’à donner au fascisme le titre de «dictature populaire».

Tout débute avec les Faisceaux de Benito Mussolini, l’écrivain semble regretter ses débuts proches du petit peuple pour finalement passer d’une intransigeance politique à une sorte de Grand Consul césarien, militariste. Soulignant que les Italiens revenus vainqueur de la Grande Guerre, mais avec une attitude de défaitiste, a poussé à un renouveau de cette «Rome impériale». Le chef et son autorité ? L’Italie mussolinienne a laissé de grandes traces non oubliées, marquées plus en profondeur qu’ailleurs grâce aux vingt années (il ventennio fascista) d’exécutions institutionnelles et d’admirations populaires.

Arrive Hitler. De la défaite naît notre rancœur (Traité de Versailles, République de Weimar…), puis de ce goût amère renaîtra une authentique ferveur (Révolution conservatrice, national-socialisme…) ! Après seulement 4 ans de «pax hitleriana», avant la guerre permanente dès 1939, la nécessité de la guerre montre de nouveau son visage : la politique intérieure de restauration tourne vite son regard vers des considérations géopolitiques… Ici, le seul grand reproche imputable au Führer c’est d’avoir fourni l’occasion de la guerre en provoquant les démocraties. Ainsi, comment juger convenablement une doctrine dans une situation si extrême ? Dans tous les cas, ne retenons pas que la rancœur qui est le sentiment le plus bas, le moins important, cause de déficience et de trouble. Le Reich, au delà de ses vues pan-Germaniques (qui peuvent être légitime), aurait dû incarner l’empire universel pour tous au lieu de se cantonner à son ethnie, surtout dès lors que le territoire administratif s’étendait au-delà sur le continent. L’Europe est faite du Saint-Empire, mais pas seulement, elle se réalise en terme de civilisation par César, Constantin, Charlemagne, ou encore Louis XIV. Il défend sa tendance « européiste », mais en acceptant les principes nationaux. Sinon ce combat resterait une petite tâche (une nation) face à l’univers ! Bardèche se propose de traiter de la problématique raciale, ou encore de la place des juifs sans étalage dit scientifique, ni passionné, mais plus politique (cela répond au contexte des années antiracistes hystériques  en France, nous préférions cependant l’ancienne thèse de Reynouard à ce sujet, un racisme ne relevant pas du «matérialisme biologique»).

Les fascismes voulant restaurer une élite ne devraient pas imposer à quiconque de devenir un militant de cet idéal, car le suivisme et le légalisme font des ravages, et la population à échelle de masse sera toujours à peine consciente des véritables enjeux, et ainsi se désolidarisera comme elle s’était tièdement solidarisée. Il faut donc tendre par cette impulsion d’énergie vitale, vers la fondation d’une élite, c’est-à-dire des meilleurs du peuple (élite vraie, nouvelle aristocratie), la plus consciente et la plus intransigeante. Pour être légitime, l’élite se doit supérieur, mais doit également avoir plus de devoirs (ou responsabilités) que les autres. L’homme doit accepter librement de se vouer à la révolution fasciste, y compris l’adhésion au chef et au groupe en vue d’un projet supérieur doit se faire en conscience. À chacun d’être acteur, ou simple spectateur. L’important est de connaître son peuple, et ses forces, de le guider et enfin de le laisser agir une fois lucide. Les différentes volontés s’effacent dans le chef, l’assemblage des individualités donne forme à ce qui est collectif, communautaire et nécessaire. Ceci, chaque pays peut l’appliquer, sans être pour autant blanc ou même typiquement germanique. Chaque nationalisme est propre au pays et à la personnalité de ses chefs (de sa culture aussi évidemment), mais réalisé de manière historique et morale dans l’universel.

Viennent ensuite Vichy (État français du Maréchal Pétain) et le franquisme comme des exemples, mais non strictement fascistes. En Espagne seul le Phalangisme l’a été. Le nationalisme civique de la démocratie assiste impuissante à ce qui se passe, se contente de compter les coups en vantant un côté administratif acceptable. Face à la naissance du libéralisme, un socialisme se devait nécessairement de naître en réaction, celui-ci fut récupéré hélas par nombre d’oripeaux de nos ennemis aux références marxistes. Malgré l’emprise lors de la guerre civile, la Phalange n’eut que sa part au sein du régime, mais celui-ci allant de mal en pie, la bonne politique sociale n’a pas pu s’établir jusqu’au bout. Le fascisme lui, exalte et renforce, il va au bout de son projet et renouvelle ce qui est pourri, là ou monarchie classique et franquisme vantent la stabilité paternelle, qui ne manque certes pas de courage, mais inadapté aux menaces modernes (sinon aux situations gravissimes). Vichy vante de bons principes naturels, mais demeurent impuissant : plutôt «croire, obéir, combattre» et non le touchant «travail, famille, patrie» pour Bardèche. Vichy n’est « que » conservateur et réactionnaire, et non-socialiste-national.

En seconde partie, le fascisme est retenu plus pour son aspect militant, à la fois fédérateur et possédant un style de vie, pourtant Bardèche ne manque pas de rejeter, de détailler et de vanter certains de ses aspects. Il reconnaît difficilement les néo-fascismes d’après 45 en Europe parce que ce serait plutôt au chef de faire les fascistes et non pas les fascistes qui doivent faire le chef, ou pire rêver d’un chef. Avec le PNF (Parti national fasciste) une fois au pouvoir, Mussolini, a donné à son mouvement un corps de doctrine pragmatique, mais ce n’est venu qu’après les actions menées sur le seul front patriotique précédent usité. Il reconnait toutefois, que nombre d’hommes sont encore prêts, auprès d’organisations modestes, à un certain sacrifice pour un combat grandiose, qui les dépassent eux et leur petite vie, souvent de petits employés… L’anticommunisme dur était en partie contextuel, car à l’époque le communisme gagnait du terrain en Afrique et en Asie, de plus en Europe, le marxisme semblait jouer le rôle de l’impérialisme soviétique de l’URSS. L’Europe fasciste est une troisième force entre deux blocs (États-Unis et Russie), ainsi qu’une troisième voie entre deux mondes (démocratie et communisme). Mais la recherche effrénée d’un dictateur populaire ne doit pas nous faire oublier pour autant l’amour d’un foyer, la réciprocité des gens, les simples travailleurs qu’il soit soldat, artisan, paysan ou ouvrier, toujours pour une plus grande «justice sociale».

Le fascisme ne doit pas avoir comme vocation d’être une nouvelle religion, car la Révélation chrétienne a déjà eu lieu, mais à être une doctrine de saine politique naturelle applicable à tout peuple particulier se cherchant dans le bien universel, et appelant le surnaturel à le combler supérieurement pour ne pas manquer de vue sur l’Infini !

Le fascisme n’est pas, comme dans le vocabulaire antifa, une méthode dite répressive, militaire ou judiciaire ce qui n’a aucun sens. Ce discours ne peut venir que de ceux qui nie toute autorité possible, alors que la Cité n’est faite que de cela : chef d’État, chef d’entreprise, chef de famille, prêtre ministre de Jésus-Christ, maître de cérémonie lors d’un événement, conférencier qui enseigne, etc. Il ne peut être aussi une incarnation absolue du capitalisme, puisque c’est un refus de la matérialisation des rapports humains, en premier exemple, Mussolini a brûlé symboliquement la dette afin de signifier aux oligarques qu’ils ne rembourserait pas leur déprédation.

Voilà comment résumer sa pensée tout en scrutant au passage quelques notions.

Le fascisme renaîtra, nous le voyons peu, mais il peut être soudain.

 

 

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Enquête sur le Fascisme :

« Je suis un écrivain fasciste. »

« Même nos ennemis, il faut qu’ils sachent de quoi ils sont ennemis. »

 

I. Le césarisme de Mussolini :

« J’ai défendu, avec quelques autres, le régime de Vichy, et pourtant, je rejetais, dans le secret de mon cœur, les trois-quarts de ce qu’avait fait Vichy. »

« Il y a des aspects de ce que fut le fascisme dont le fascisme actuel refuse d’être solidaire. »

« Je crois connaître assez ceux qui se nomment eux-mêmes des fascistes, pour affirmer que je parle en leur nom. »

« (Les fascistes) ont le devoir de s’expliquer en cette matière et de commencer leur Credo en disant ce qu’ils ne sont pas. Qu’ils acceptent avec fierté leur héritage, mais qu’ils sachent qu’ils n’en feront une demeure que s’ils arrachent les ronces et les troncs morts qui l’ont encombré. »

« La première version du fascisme que nous présente l’histoire contemporaine est le fascisme italien. À l’origine, c’est un mouvement de militants socialistes et d’anciens combattants qui sauva l’Italie du bolchevisme. »

« En vingt ans, qu’est-ce que le fascisme a réalisé de ce programme ? (…) Il a été autre chose. Très vite, le fascisme a oublié une grande partie de son programme révolutionnaire pour accomplir une œuvre d’efficacité pratique et d’union. Il était venu au pouvoir pour éviter l’anarchie, le chaos, la guerre civile. Il alla au plus pressé, rétablit l’ordre, le travail, la paix. Puis il organisa et construisit. L’Italie redevint la nation des bâtisseurs. »

« Puisque le fascisme voulait maintenir la propriété privée tout en imposant sa volonté à l’égoïsme du capitalisme libéral, il fallait savoir que l’état fasciste se trouverait en présence d’une lutte sournoise de chaque instant et qu’il s’engageait à une perpétuelle vigilance. »

« Il y avait des chemises noires et des bottes, des licteurs et des bras levés, mais sans rien de rauque et de gigantesque. Mussolini était à peine protégé. Il aimait le peuple, les enfants, la familiarité. On avait accès à lui facilement (…) On l’aimait « Tu es nous tous » lui disait-on (…) C’était une « dictature populaire » disaient les jeunes fascistes eux-mêmes, mot qui sonne bizarrement aujourd’hui. »

« Le style fasciste ne vient qu’après, avec ses uniformes, ses emblèmes, ses inscriptions, ses claquements de talon et son chef campé le poing sur les hanches, le menton haut. Ces formes militaires de la discipline symbolisent l’unité de la nation. Elles lui font sentir sa force, elles la grisent d’efficacité, d’énergie, elles lui promettent une action virile, elles lui parlent d’honneur et de sacrifice. Par elles, l’homme (…) devient un soldat à son poste, sa vie a un sens, il est uni aux autres hommes  comme le soldat est uni à ses camarades. Le fascisme traditionnel se reconnaît dans les défilés de ces jeunes héros bien durs, bien intransigeants, et qui peuvent fournir selon l’aveugle destinée à la fois des martyrs ou des assommeurs, des brutes ou des saints. »

« Mussolini devenu duce, proclamé infaillible, ne paraissant plus qu’au balcon comme un pape, entourés de dignitaires qui s’immobilisaient devant lui à six pas, perd à mes yeux tout le charme du petit instituteur socialiste devenu conducteur de son peuple. »

« Mussolini, irrité par les sanctions, rêvait d’une Italie militaire, romaine, casquée, indomptable. Il entendait le pas des légions. Et le pas des légions résonnait, en effet, sous ses fenêtres, ses prêteurs lui montraient sur des cartes les emplacements de ses camps. Il parlait de la « nation guerrière » et, à force d’en parler, il crut à la « nation guerrière ». Il oubliait le charmant peuple italien et les mandolines de Naples et les artisans laborieux de l’Italie et ses immenses terres pauvres et la soupe fumante sur la table de la famille qui attend le soir les enfants. Il regardait un rêve de dictateur au lieu de regarder le visage de l’Italie. Et il oubliait aussi que la justice sociale est une bataille qui se gagne chaque jour, qu’elle exige un amour infini et une attention infinie… »

« À la fin, (…) c’est le petit instituteur socialiste qui vint au devoir miraculeusement du dictateur Mussolini.
Rien n’est plus émouvant dans l’histoire du fascisme italien que le retour aux sources accompli sous le poing de fer de la défaite. Le programme de la république de Salò en 1944, c’est celui sur lequel Mussolini aurait dû jouer vingts ans plus tôt son pouvoir et sa vie. C’est cela, la vérité du fascisme. »

« Mussolini est mort de son Césarisme (…) Nous devons apprendre que le fascisme ne peut pas se contenter d’être un césarisme. »

 

II. Le fascisme germanique :

« Le national-socialisme allemand se rattache, lui aussi, à une vision historique. »
« Une poignée de soldats vaincus songeaient au chant de guerre des lourds carrés entourant les chariots barbares à leurs bras soudés, à leur marche puissante (…) Et ils sentirent alors le sol ferme sous leurs pas. Là était leur vérité, là était leur foi (…) Une Jérusalem nouvelle se leva pour eux sur les ruines de leur patrie. »

« Hitler arrive au pouvoir en 1934 et, dès 1938, il abandonne à ses collaborateurs la réalisation des réformes et se consacre entièrement à la préparation d’une guerre qu’il juge inévitable. (…) Peut-on porter un jugement définitif sur un régime qui n’a disposé que de quatre années de paix pour modeler une nation ? »

« On met en accusation une doctrine et on la juge sur les résultats qu’elle a produits dans une période de fonctionnement anormal. »

« Si le national-socialisme n’est qu’une doctrine de revanchards, il n’y a rien à en tirer pour nous.
Cette remarque n’est faite qu’en passant. L’essentiel est ailleurs. »

« L’Allemagne du Saint Empire, la puissance romaine, la France de Louis XIV ne sont pas des chevaliers de Pierre qu’un coup de baguette peut ressusciter. Leur grandeur contient des secrets de vie et de jeunesse que nous avons à retrouver.  Mais leur résurrection, si elle était possible, ne suffirait pas à sauver l’Occident. Nous avons à nous sauver chaque jour et nous aurons à nous sauver chaque jour : en cela les peuples sont comme les chrétiens. Le rêve historique hitlérien contait donc en lui-même la même part de chimère que le rêve maurrassien ou le rêve mussolinien, il ne proposait aucune mission pour tous les hommes, il n’affirmait qu’une mission du peuple allemand. »

« (L’erreur chimérique d’Hitler) Ce fut de jouer cette carte germanique seule et surtout de jouer l’homme germanique seul, à l’exclusion des autres hommes. Le fascisme n’a jamais rien dit sur l’homme germanique seul. Il aime bien l’homme germanique, le fascisme, il n’est pas contre : mais il ne lui reconnaît aucune exclusivité, il lui reconnaît des qualités, ce qui n’est pas la même chose, mais aucune exclusivité, et il n’y a pas de raison, je veux dire il n’y a aucune raison universelle, aucune raison de sagesse et de justice pour lui conférer en effet une exclusivité. Car l’Europe n’est pas seulement le Saint-Empire, elle est aussi l’Europe de César, elle est aussi la France de Louis XIV. »

« Il y avait à Berlin en 1934, 42% de médecins qui étaient juifs, 48% des avocats, 56% des notaires, 72% des agents de change, 70% des propriétés foncières de Berlin appartenaient aux juifs. Aurait-il vraiment paru exorbitant que le gouvernement allemand prétend réintroduire quelques allemands dans ces emplois réservés ? Une politique de délestage conduite avec prudence, aurait elle exposait l’Allemagne à cette conjuration internationale de la haine dont Hitler avait lui-même explique la puissance ? Mais tout fut passionnel et, ce qui est pire encore, scientifique. (…) On vit apparaître une donnée inattendue, la biologie, qui est aussi étrangère au véritable fascisme que le nationalisme allemand. »

« Le parti unique qui apparaît aujourd’hui comme le signe même par lequel on constate qu’un régime n’est pas démocratique, n’a été inventé, dans les régimes fascistes comme dans les régimes communistes, que pour faciliter l’utilisation des institutions parlementaires existantes et pour maintenir les apparences d’un fonctionnement démocratique. »

« A quoi sert donc le parti unique ? Il incarne une contrevérité, à savoir que le pays est unanime derrière le régime au pouvoir. Nous savons très bien que cette unanimité n’existe pas, du moins dans nos pays d’Europe, divisés par cent ans de politicailleries : que ce soit une des tâches du fascisme de l’instituer, c’est autre chose (…) Tout le monde en Allemagne faisait partie de la NSDAP, et lorsque vient la défaite du régime, tout le monde, expliqua que cette adhésion ne signifiait rien. Le fascisme aura toujours assez de militants de cette espèce. »

« Dans un état fasciste, une élite, quelle qu’elle soit, vit le fascisme, elle est à la fois le volant qui entraîne le régime et le bras qui le réalise. »

« (La fonction de l’élite fasciste) représente ce qu’il y a de meilleur dans le peuple parce qu’elle groupe les éléments physiquement les plus sains, moralement les plus purs, politiquement les plus conscients de l’intérêt de la nation. Étant l’émanation de ce qu’il y a de meilleur et de plus vigoureux de ce qu’il y a dans la nation, cette minorité se substitue au peuple lui-même, c’est-à-dire qu’elle a pouvoir d’approuver à sa place et de réaliser en son nom (…) (c’est) la négation la plus vivante et la plus frappante du credo démocratique fondé sur la toute-puissance du nombre… »

« Cette élite assure une triple tâche qui lui est naturellement dévolue parce que les multitudes suivent, mais sont impuissantes à créer. D’abord les idées nouvelles doivent être portées par les forts (…) Toute idée, comme toute religion, a besoin de vie exemplaires qu’ils incarnent. Et c’est la deuxième tâche de ceux qui portent l’idée. Et enfin un pouvoir fort justement parce qu’il est fort (…) à la première tâche correspond la crainte, car aucun État ne peut se passer de discipline. À la deuxième correspond l’honneur, car aucun État ne peut se passer d’idéal. À la troisième tâche correspond la vertu, car aucun État ne peut se passer de désintéressement. Et à ces trois principes correspondent aussi les trois vertus cardinales de l’action : le courage dans la confession de la foi, le sacrifice dans la pratique de chaque jour, l’amour dans la vocation qu’on donne à sa vie. »

« C’est que l’élite qu’un pays se donne, la nation doit toujours lui garder les mains propres, qu’elles que soient les circonstances. »

« C’est que jamais, aucun fasciste ne s’est fait du führer-prinzip cette conception extravagante. Le fascisme ne repose pas sur la contrainte, comme le croient la plupart de ses adversaires : il a pour objet de faire naître une volonté collective de discipline et les mécanismes de cette discipline relèvent d’un style qui varie d’un pays à l’autre. Le serment, à l’intérieur du fascisme, n’est donc pas un emprisonnement, encore moins une abdication des consciences. Il constate simplement un accord, il affirme solennellement cette volonté libre de servir et de se dévouer. »

« Nul n’est tenu d’être fasciste dans un pays fasciste. Ceux qui ont le malheur de se sentir hors de la communauté nationale, on ne leur demande rien d’autre que de ne pas entraver et de ne pas prendre part. Ils sont hors du serment comme ils sont hors du régime. Ils suivent avec leur vie privée, à leur pas et selon leur mode, l’armée en marche à laquelle ils n’appartiennent pas. La persécution systématique des Juifs a été, à cet égard, une erreur d’Hitler, car elle est une mesure située hors du contrat fasciste. Il y a des sans- partis dans un régime fasciste, comme il y a des spectateurs sur le parcours d’un défilé. S’ils se tiennent tranquilles, pourquoi les ennuyer ? »

« Le reproche capital que l’on peut faire à Hitler, c’est d’avoir fourni l’occasion de la guerre. »

« Commander, c’est d’abord écouter, c’est même ausculter. On ne peut commander sans prendre conscience de ses forces, comme le cerveau lorsqu’il commande au corps, même si l’on veut les outrepasser. Le chef d’un État doit percevoir constamment cette respiration de la nation. Tout l’art du gouvernement consiste à laisser cette respiration de la nation de faire librement (…) Alors on n’entend plus rien, on ne sent plus rien. On finit par commander dans le vide à un pays qui obéit, en effet, comme une machine. »

« Le fascisme sera toujours un pari. Mais la vertu du fascisme est dans cette confiance de toute la nation en un homme dans lequel elle se reconnaît. »

« Cette mobilisation (le national-socialisme) de la nation a fait de l’Allemagne, en quelques années, le plus puissant des pays d’Europe. (…) L’Allemagne vaincue, boueuse, bedonnante de Weimar, elle en a fait un jeune dieu. Le fascisme allemand fut pour la nation, la jeunesse, la vie. (…) ceux qui n’ont pas connu ce printemps de l’Europe ne savent pas ce que nous voulons dire en parlant d’Europe. (…) On ne peut mesurer aujourd’hui ce que signifie sa disparition. »

« Je ne sais si l’on s’attend que je parle ici des crimes qu’on reproche à l’Allemagne. Le fascisme n’a pas à les prendre à son compte. Aucun lien logique, nécessaire, automatique ne relie le fascisme au racisme (…) Le fascisme, en tant que système politique, n’est pas plus responsable de la politique d’extermination des Juifs que la physique nucléaire, en tant que théorie scientifique, n’est responsable de la destruction de Hiroshima. Nous n’avons donc pas à en charger notre conscience. Et nous devons même combattre la propagande essentiellement politique qui assimile le fascisme et l’antisémitisme systématique. Ce qui s’est passé pendant ces années témoigne surtout du caractère atroce des guerres modernes, puisque les crimes des démocraties, bien qu’ils aient eu un caractère différent, n’ont pas été moins graves que ceux dénoncés. »

« Les régimes fascistes retirent à bon endroit à certains groupements financiers l’usurpation des monopoles qu’ils ont constitués grâce à leurs milliards pour contrôler l’opinion et imposer leur volonté à l’État. »

« Le fascisme doit être uni dans notre pensée à une idée dont il a été trop longtemps séparé, celle de la tolérance. Cette tolérance, les régimes qui sont forts et qui sont sûrs de l’appui de la nation, peuvent la pratiquer mieux encore que les autres. Les adversaires du fascisme ne doivent pas pouvoir s’organiser, car les intérêts particuliers n’ont pas plus le droit de mobiliser les consciences que les troupes : mais ils doivent pouvoir se dire ouvertement les adversaires du régime (…) La force est d’autant plus calme qu’elle est la plus sûre d’elle-même. Gardons cette pensée présente à l’esprit. »

 

III. Fascisme et Franquisme :

« Il y a enfin deux expériences politiques qu’on ne peut passer sous silence en raison de l’usage qu’en font les anti-fascistes, mais qui répondent fort peu l’une et l’autre à l’image que les fascistes se font d’un régime de ce nom : c’est le régime franquiste en Espagne et le régime de Vichy. »

 

« Il est inutile de nier que l’Espagne de Franco ne soit chère à tous ceux qui se déclarent fascistes. Mais cet attachement est tout sentiment national. »

« La figure la plus pure, la plus émouvante de l’histoire du fascisme espagnol, fut un symbole, elle reste un symbole, non seulement pour l’Espagne, mais pour la jeunesse fasciste du monde entier. »

« Le camp fasciste comprenait en Espagne beaucoup de gens qui n’étaient nullement fascistes en réalité. Les requêtes de Navarre qui fournirent dans les premiers jours les troupes les plus solides du Soulèvement étaient les carlistes, c’est-à-dire essentiellement des monarchistes traditionalistes. L’armée qui déclencha le coup d’Etat n’avait pas de pensée politique précise. »

« La composition des troupes franquistes : la bourgeoisie et le Clergé n’avaient pas le choix, ils furent dans le camp fasciste, parce que cela valait mieux que d’être emprisonné ou étripé (…)
Les seuls fascistes véritables pendant la guerre  d’Espagne furent phalangistes. (…) Le seul doctrinaire dont les fascistes d’après-guerre admettent les idées à peu près sans restrictions, ce n’est ni Hitler, ni Mussolini, mais le jeune chef de la Phalange que son destin tragique fit échapper à l’amertume du pouvoir et aux compromissions de la guerre. Le choix de ce héros n’est pas purement sentimental. Il relève tout ce qu’il y a d’idéaliste dans le mythe fasciste. Et il contient aussi un aveu : les fascistes préfèrent leurs martyrs à leurs ministres. Comme tout le monde. (…)
José-Antonio Primo de Rivera n’a jamais manqué une occasion de dire qu’il n’était pas fascistes, au sens où les italiens et les espagnols entendent ce mot. Il voyait dans le phalangisme un mouvement propre à l’Espagne qui avaient certains principes communs (…) mais qui n’en avait ni les méthodes ni l’esprit. »

« L’Etat assiste impuissant à cette exploitation des faibles par les plus fort qui amène une dégradation de la nation : car l’Etat démocratique n’a pas d’autres fonction que d’assister à ce qui se passe et de compter les coups (…) Il contemple le développement qu’elles aient achevé de détruire la nation et la démocratie elle-même satisfait seulement de constater que tout se passe selon une procédure réglementaire. »

« Pour le phalangisme, la patrie se définit comme l’ensemble des hommes qui ont par leur naissance le même destin. Chaque patrie a donc une mission historique ou morale à accomplir. L’Etat a pour tâche de réaliser ce destin national. »

« Il est bien évidemment que l’État qui accepte une si haute mission ne peut plus tolérer que sous le nom de libéralisme de perpétue le développement de l’égoïsme et de l’avidité et l’exploitation du travailleur par le capitalisme »

« Cette Espagne socialiste, Cette Espagne pauvre, Cette Espagne seule, quelle leçon n’eut-elle pas donné au monde ! Mais Franco n’appartenait pas à cette race des prophètes dont le charbon de Dieu a touché les lèvres. Il voulut être seulement le médecin sage et prudent de ce peuple exsangue, avec des méthodes sages et prudentes, les méthodes de la Faculté. Et son gouvernement fut comme une honnête et sérieuse gérance du dépôt qui lui avait été remis, avec une répartition de la puissance entre les porteurs d’actions du Soulèvement National, l’armée, le clergé, les traditionalistes, la Phalange. »

« Ces gouvernements de gérance sont des freins utiles, mais ne sont rien d’autre. Ils pourraient convenir à un monde stable, parfois ils ne manquent pas de sagesse et de courage : mais dans notre monde parcouru de courants et agité de puissantes ondes invisibles, qu’opposent-ils au frémissement souterrain ? Tous les hommes sont mortels, et s’ils ne laissent pas une mystique après eux, que devient leur œuvre plus tard, que devient leur pays ? »

Régime de « Vichy » :

« C’était, par définition, un régime de gérance, qui avait le droit de s’excuser, en outre, sur les circonstances, d’être contraint de restreindre les libertés. Maintenant que les passions commencent à s’apaiser, on convient que cette gérance fut courageuse et utile : mais ce que les adversaires du régime de Vichy persistent à lui reprocher, c’est précisément de n’avoir pas été une simple gérance et d’avoir prétendu incarner une morale et un style de vie. »

« La devise de Vichy n’en fait pas pour autant un des hauts-lieux du fascisme (…) (apprécie ses vertus) Mais elles ne sont pas d’avantage le propre du fascisme. Ce sont, en réalité, les vertus mêmes du nationalisme. (…) On n’est pas fasciste par le seul fait qu’on aime l’honnêteté. »

« Le Patriotisme même du régime de Vichy, par ce qu’il avait de sentimental et de « déroulèdien » ne me satisfait pas davantage. Il était touchant dans une nation blessée, mais en retard d’une guerre et d’un siècle. Nos patries ont malheureusement des occupations plus tragiques que celles que symbolisent les coiffes en papillon des jeunes alsaciennes. L’intégrité du territoire ne représente plus de nos jours que l’apparence de l’indépendance nationale. C’est par les forces qui se sont installées sur notre propre sol que notre vie et notre liberté sont menacées, par les forces invisibles du capitalisme international ou par les bataillons invisibles de la guerre subversive. Et le fascisme consiste même essentiellement à sentir et à vivre ce double combat. »

« Il faut un arbitraire parfois brutal pour imposer les droits de la nation et les nécessités de la justice sociale. Sur ce point capital, on peut dire que par ses méthodes, par ses hommes, par ses tendances, le régime de Vichy fut à l’opposé de ce que nous appelons le fascisme. »

« La devise même de l’Etat français, si sage, si patriarcale, si rassurante, je ne peux pas m’empêcher d’y voir une sorte de tranquillisant d’une nature un peu suspecte. Travail, Famille, Patrie, on ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est une devise pour la Suisse. (…) Une nation de pères de famille, (cependant), ce troupeau estimable et pacifique, ce n’est pas trop sur lui que je compte pour accoler ces vierges vigoureuses que j’aime : l’énergie, la justice, la foi. »

« Cette devise de l’État Français, elle a le malheur de rejoindre par des voies et des expressions détournées, l’habituel dessein d’émasculation du monde moderne. Travail : soumission aux riches. Famille : soumission à la morale. Patrie : soumission aux gendarmes. Il n’est question que d’obéir là-dedans. Je ne me sens pas si obéissant. L’homme que rêve le fascisme est jeune et il est d’abord soldat. C’est entendu, il veut bien être père de famille, et il épousera vos filles devant le maire et le curé, c’est promis : mais ce n’est pas sur ce moment replet de la carrière de l’homme que le fascisme fait porter la lumière. Avant cela, avant le temps où il s’endormira à sa place dans l’honnête troupeau des pères, nous voulons que l’homme soit un homme et qu’il ait les qualités de l’homme, les qualités nobles, les qualités animales de l’homme : le courage, la générosité, le respect de la parole donnée, la fidélité d’homme à homme, le besoin de la discipline et de la foi. Ce bel animal humain, bien sûr, je comprends qu’ils fassent peur à ceux qui possèdent. Car ceux qui possèdent, possèdent quoi ? Des signes, des marques, des jetons, boutons de culotte symboles de la puissance. Et quand une race enfin s’élèvera qui ne voudra plus compter que ce qui compte, le travail, l’énergie, le courage, la foi, que vaudront-ils ces petits vieux rassembleurs de chiffons de papier, empereurs des empires du ven

« Ce déracinement total (du fascisme) fut mené par les armes les plus modernes et avec une puissance effrayante : la campagne des atrocités en fut le principal instrument, et cette campagne ne fut pas l’effort d’un moment, elle fut continue, méthodique, industrielle, elle dura des années et elle dure encore, et elle durera tant que les vainqueurs du fascisme seront les possesseurs exclusifs de tous les hauts parleurs de l’opinion : presse, radio, cinéma, édition. » (…)
(Mais) la propagande n’est qu’une énorme machine, elle ne peut rien de plus qu’une machine. Si le fascisme s’était inscrit profondément dans les cœurs par des bienfaits et des réalisations impérissables, s’il avait accompli une grande tâche, aurait-t-il été oublié si facilement ? (…)
Le fascisme italien, plus longuement mûri, a laissé aussi une trace plus profonde (que le national-socialisme allemand à cause de la guerre). »

« C’est à cause de cela (le manque de définition, l’absence de « Bible fasciste ») que les tendances fascistes d’après-guerre sont diverses et quelles sont toutes pourtant quelque chose de commun. Chacune d’elles correspond à l’une des composantes du fascisme, mais il leur manque cet élan qui attire et soulève les hommes, ce but clair qui apparaît comme une mission sacrée, cette conscience de soi, soudainement relevée, qui transforme une nation. Ces fascismes froids sont souvent doctrinaires ; ils ne sont pas portés par les grandes vagues mystiques qui brassent un peuple et lui relèvent son vrai visage. Quand les temps seront venus, un vent nouveau se lèvera et portera au loin leur graine. Mais pour l’instant (…) ils (les néo fascistes) portent dans leur arche qu’un des débris de la statue. »

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« Les vertus qui sont écrites dans les catéchismes ils (les fasciste) les portes quelque fois aussi, en choisissant, comme des bijoux dont on s’orne, et simplement parce qu’elles sont belles et qu’ils se plaisent ainsi ou plaisent à ceux qu’ils aiment, mais non pour satisfaire M. l’Instituteur ou M. le Curé. »

« Ce petit livre sera récusé, je m’y attends, par nos adversaires : ils préfèrent nous installer commodément dans le rôle de criminels endurcis. Mais ce n’est pas non plus pour eux que je l’écris. Mais pour les hommes qui sont de bonne foi. Ce serait beaucoup déjà s’il contribuait à dissiper quelques phobies… »

 

DEUXIÈME PARTIE

 

IV. Le nouveau fascisme  :

« Ce déracinement total (du fascisme) fut mené par les armes les plus modernes et avec une puissance effrayante : la campagne des atrocités en fut le principal instrument, et cette campagne ne fut pas l’effort d’un moment, elle fut continue, méthodique, industrielle, elle dura des années et elle dure encore, et elle durera tant que les vainqueurs du fascisme seront les possesseurs exclusifs de tous les hauts parleurs de l’opinion : presse, radio, cinéma, édition. » (…)
(Mais) la propagande n’est qu’une énorme machine, elle ne peut rien de plus qu’une machine. Si le fascisme s’était inscrit profondément dans les cœurs par des bienfaits et des réalisations impérissables, s’il avait accompli une grande tâche, aurait-t-il été oublié si facilement ? (…)
Le fascisme italien, plus longuement mûri, a laissé aussi une trace plus profonde (que le national-socialisme allemand à cause de la guerre). »

« C’est à cause de cela (le manque de définition, l’absence de « Bible fasciste ») que les tendances fascistes d’après-guerre sont diverses et quelles sont toutes pourtant quelque chose de commun. Chacune d’elles correspond à l’une des composantes du fascisme, mais il leur manque cet élan qui attire et soulève les hommes, ce but clair qui apparaît comme une mission sacrée, cette conscience de soi, soudainement relevée, qui transforme une nation. Ces fascismes froids sont souvent doctrinaires ; ils ne sont pas portés par les grandes vagues mystiques qui brassent un peuple et lui relèvent son vrai visage. Quand les temps seront venus, un vent nouveau se lèvera et portera au loin leur graine. Mais pour l’instant (…) ils (les néo fascistes) portent dans leur arche qu’un des débris de la statue. »

 

Les groupements néo-fascistes :

« Les deux organisations néo-fascistes les plus puissantes, les seuls qui aient réussis à obtenir une représentation parlementaire et une certaine influence politique sont le Movimento Sociale Italiano (M.S.I) en Italie et le Deutsche Reich Partei (D.R.P.) (…) Les deux formations (…) l’une comme l’autre, le cas typique d’une évolution droitière. »

« La vie bourgeoise de ces formations néo-fascistes illustre aussi l’impossibilité pour le fascisme de se développer hors des périodes de crise. Parce qu’il n’a pas de principe fondamental. Parce qu’il n’a pas de clientèle naturelle. Il est une solution héroïque. »

« (Le fascisme) c’est un instrument infirment moins précis, que la doctrine communiste (…) infiniment moins scientifique. À cause de cela, le fascisme risque toujours d’être sentimental, généreux, emporté, qualités et défauts du jacobinisme. Il s’indigne, se soulève, se brise : il est essentiellement mouvement de foule et non méthode de théoricien. »

« Il est le parti de la nation en colère (…) Cette colère de la nation est indispensable au fascisme. Elle est le sang même qui irrigue le fascisme. »


« Les servitudes de la présence politique en temps de paix ont pesé sur le M.S.I. comme sur le D.R.P. À cause d’elles, ils ont finis par s’installer confortablement dans l’opposition. »


« Assurément, les fascistes ont souvent la naïveté de s’imaginer qu’il suffit d’avoir été sous-secrétaire d’État ou hiérarque de quelque tonnage dans un gouvernement fasciste pour porter sur le front la marque des élus. Mais ces prestiges baissent de jour en jour et clignotent. »

« Ces mouvements récents sont bien pourtant des mouvements néo-fascistes, parce qu’ils expriment d’abord le refus de l’ordre qui a été institué en 1945. Ce refus est opposé non seulement aux personnes, mais aux principes qui ont triomphé : à l’hypocrisie démocratique, aux mensonges de la propagande, aux régimes impuissants nés de la coalition contre nature du capitalisme et du marxisme. »

« Les interprétations nationales diverses du fascisme se répercute sur le néo-fascisme et, pour l’instant du moins, le néo-fascisme est une tendance exagérément élastique, dans laquelle partisans et adversaires peuvent mettre un peu trop librement tout ce qu’ils veulent. »

« C’est la référence qui manque. L’Arche sainte est un monument parfois ennuyeux (…) à vrai dire, la contradiction la plus dangereuse que contienne l’idée même du fascisme : le mythe du chef providentiels (…) et il n’est pas étonnant que le néo-fascisme attende encore son Moïse et les Tables de sa Loi (…) Lorsque le chef se lève au-dessus des foules et se fait reconnaître, la vérité est alors ce qui sort de sa bouche et non autre chose, et les adversaires et les adversaires du fascisme n’ont pas tort d’en conclure que le fascisme est, par conséquent, une aventure. Doctrine et pouvoir se confondent donc dans le fascisme, tel qu’on le conçoit généralement. Le néo-fascisme n’a pas de doctrine certaine parce qu’il n’a pas de chef reconnu. Et s’il ne fait pas clairement la distinction entre ces deux notions, il risque de n’avoir jamais ni chef ni doctrine et d’attendre éternellement du hasard qu’il envoie du ciel une tête pesante qui serait aussi une poigne énergétique. »

« Le néo-fascisme doit se définir et faire passer les principes avant les gros bras (…) Il doit accepter les nécessités de la discipline qui sont aussi les nécessités du combat. »
Priorité au principe, l’action ou la force vient après et se colle dessus.

« Ces idées gagnent du terrain (…) Les spécialistes évaluent à une cinquantaine les groupements qui ont existé en Allemagne pendant ces dernières années. Il y en a eu une vingtaine en Italie, un peu plus peut-être en France. On en trouvait en Belgique, en Suisse, en Hollande, pays peu propices à l’éclosion du non-conformisme. Des boutures lointaines du néo-fascisme ont poussé aux États-Unis, au Brésil, en Turquie, d’autres se sont acclimatées en Irlande et même en Angleterre, le péronisme n’a pas cessé de vivre en Argentine. »

« Il y trouvera des exemples d’énergies, de dévouement, de désintéressement, de courage obstiné dans la pauvreté la plus totale (…) Il découvrira que presque tous les hommes dont il rencontrera les noms, étaient jeunes, qu’ils étaient des ouvriers, de petits employés, que l’argent consacré aux affiches, aux tracts provenait de collecte parmi eux ou de la part qu’ils apportaient de leur salaire »


« Dès le début, et chez tous sans exception, apparaît la nostalgie de ce que le fascisme n’a pas su réussir, le socialisme et l’unité européenne (…) Une devise du fascisme doctrinal. »

« Le socialisme fasciste est autoritaire, il est même volontiers brutal. Il est autoritaire parce que les doctrinaires du fascisme sont persuadés que seul un régime autoritaire pourra vaincre les résistances que les puissances d’argent opposeront toujours au socialisme : ils voient dans la démocratie un régime dominé par les groupes de pressions des intérêts économiques »

« Ils ne repoussent ni les enquêtes sur les fortunes privées injustifiées, ni les pressions destinées à faire rendre gorge à ceux qui ont bâtis des fortunes scandaleuses sans rendre aucun service à la nation. »

« Socialisme, autoritarisme, anti-communisme se complète donc : ils sont les trois volets du même trois du même triptyque. »

« La puissance et l’indépendance réelle de la nation constituent une autre préoccupation majeure du néo-fascisme. »

« Les néo-fascistes sont convaincus que le peuple donnera toujours raison à un pouvoir fort qui aura pour objectif la justice sociale et l’indépendance nationale. »

« Cet examen des positions doctrinaires du néo-fascisme nous fournit donc les quatre (…) auquel on peut reconnaître un mouvement ou un régime d’esprit fasciste : nationalisme, socialisme, anticommunisme et régime autoritaire. »

« Le néo-fascisme met l’indépendance de la nation au-dessus de tout, mais il conçoit que, dans le monde moderne, nos nations européennes ne peuvent plus assurer seules efficacement la protection de leur territoire et même qu’à elles seules, elles ne peuvent prétendre avoir une économie véritablement indépendante. Le rêve des puissances fascistes d’avant-guerre de constituer un Empire Européen, qu’il ait été sincère ou non, est une nécessité grave et pressante de notre temps. Nos nations ne peuvent plus retrouver la puissance qu’elles ont définitivement  perdue en 1945 qu’au sein de cet Empire d’Europe qui peut seul leur assurer les moyens de leur défense et de leur véritable liberté. Les doctrinaires du néo-fascisme sont donc résolument européens. Ils ont reporté sur l’Europe les rêves de grandeur et de prestige qu’ils avaient fait autrefois pour leur patrie (…) Ils veulent que l’Europe porte une idée nouvelle.

« Ils (les néo-fascistes) veulent que l’Europe devienne la terre que l’on regarde parce qu’elle apporte un espoir, une solution, parce qu’elle est un modèle sur la route de l’affranchissement. »

« L’Europe du fascisme n’a donc rien en commun avec l’Europe de nos conseils et de nos politiciens. Elle a l’ambition d’être « une troisième force » entre le bloc américain et le bloc soviétique. »

« Le néo-fascisme se considère comme étranger au monde démocratique comme au monde marxiste, il ne veut pas être entraîné dans la querelle du capitalisme et du marxisme et il recherchera toujours une troisième voie pour affirmer son caractère propre entre les deux camps. »

« L’île d’Europe n’est qu’une application de cette position à un moment donné de l’histoire. »

« Alors que les communistes posaient aussitôt le problème Algérien dans les termes de l’internationale communiste, les groupes néo-fascistes ne songèrent même pas un instant à le poser dans les termes de l’internationale fasciste. (…) (si cela continu) le fascisme est condamné encore pour longtemps à des sauts de carpe provoqués par des réflexes purement sentimentaux. »

« Ce qui existe, pour l’instant, du côté des fascistes, c’est seulement leurs nations : là est le support de leur force future, de leurs espoirs, de tout avenir qui postule que d’abord leurs nations ne disparaissent pas. »

« La nation peut être confisquée. Elle peut devenir, telle qu’elle est, la propriété de l’adversaire. Et l’armée qui défend son territoire peut être utilisée en même temps à combattre l’intérêt supérieur et permanent de la nation, à le compromettre à jamais. Marcher au tambour n’est pas une solution. »

« Partout dans le monde, des hommes espèrent, et ils ont la conviction et la sérénité des Saints du Dernier Jour. Ils sentent la pourriture et l’odeur de la mort, et ils savent qu’un vent se lèvera un jour, qu’il se lève déjà à l’horizon du présent. »

5 commentaires sur “«Qu’est-ce que le fascisme ?» de Maurice Bardèche (première partie intraeuropéenne – extraits)

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