« Christe, eléison », réponse à Mgr Williamson par Nicolas Magne (ESR)

« Christe, eléison : réponse à Mgr Williamson » par Nicolas Magne, article qui sera publié dans « La voix des francs catholiques » n°49 de juillet 2018.

Dans ma réponse à « Dominicus », publiée dans le n°48 de La Voix des Francs – et toujours disponible en ligne : http://saint-remi.fr/catalogues/l_eglise_est_ecclipsee_le_sel_est_affadi.htm – j’ai notamment fait observer ceci : « la position « sédépléniste » de « Dominicus » et de la mouvance lefebvriste implique nécessairement la négation, au moins pratique, de deux dogmes de foi ».

Ces deux dogmes de foi sont l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel et le Primat de juridiction du Souverain Pontife. Deux, ou plutôt trois vérités de foi, puisque se trouve également en cause le principe fondamental selon lequel « la règle prochaine et directive de la foi c’est, non pas seulement les définitions passées des conciles et des papes et les enseignements passés du magistère ordinaire, mais c’est également, quand les évêques sont confirmés dans la foi par un vrai pape, le magistère vivant, l’enseignement présent du pape et des évêques ici et maintenant. »

« La foi des lefebvristes est en péril parce que, depuis une quarantaine d’années, leurs chefs de file les induisent à pratiquer le libre examen à l’endroit de ces vérités de foi qui sont, nous l’avons vu, le Primat de juridiction du pape, l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel, et le magistère vivant (s’il y a un pape) comme règle prochaine et directive de la foi. »

Il y a en effet libre examen, là où ces chefs de file réinterprètent ces vérités de foi, en les vidant de leur substance authentique, pour les faire coller avec leur position  sédépléniste.

Parmi les opposants à Vatican II et à la nouvelle religion qui en est issue, il y a en effet deux camps. D’un côté il y a ceux qui, à la lumière notamment de l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel de l’Église, concluent que les promoteurs en chef de cette nouvelle religion ne peuvent pas être papes : le Siège de Pierre est donc vacant ; ce sont les sédévacantistes. De l’autre côté il y a ceux qui veulent manifestement à tout prix affirmer que les promoteurs en chef de la nouvelle religion sont papes, et qui, pour ce faire, vont jusqu’à vider certaines vérités de foi de leur substance ; ce sont les sédéplénistes.

Ce faisant, la démarche des sédéplénistes correspond à celle des modernistes : à la façon des modernistes, les chefs de file sédéplénistes réinterprètent et vident certains dogmes de leur substance.

Cette accusation lancée par votre serviteur dans le n°48 de La Voix des Francs a fait réagir Mgr Williamson lui-même, probablement sollicité par ses bons amis d’Avrillé ou d’ailleurs. Mgr Williamson s’est cru en effet obligé de me répondre sur ce point. https://stmarcelinitiative.com/eleison-comments/?lang=fr

Au passage, il faut encore une fois noter cette étrange habitude, déjà constatée chez « Dominicus », qui consiste à ne pas donner les références de l’article ou de la revue à laquelle on répond.

Sur le fond, loin de nous rassurer sur son orthodoxie, et sur l’orthodoxie de la position sédépléniste, Mgr Williamson ne fait que confirmer le diagnostic posé dans mon article : pour les besoins de sa (mauvaise) cause, Mgr Williamson vide plusieurs dogmes de leur substance.

L’infaillibilité du magistère ordinaire et universel

Rappelons que l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel est une vérité de foi divine et catholique, attestée notamment par le Concile du Vatican.

« Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l’Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé. »

Concile du Vatican, Constitution dogmatique Dei Filius, 24 avril 1870.

Mgr Williamson prétend que la position sédépléniste qui est la sienne n’implique aucunement la négation de ce dogme. Mais en fait, il nous administre la preuve du contraire, de par la définition même qu’il donne du magistère ordinaire et universel et de son infaillibilité :

« Une doctrine enseignée dans l’Église, en tout temps, en tout lieu, par tous les papes et les évêques, est infaillible » (Mgr Williamson dixit)

N’en déplaise à Mgr Williamson, le magistère ordinaire et universel de l’Église, ce n’est pas la « doctrine enseignée dans l’Église, en tout temps, en tout lieu, et par tous les papes et les évêques ». Le magistère ordinaire et universel de l’Église, c’est l’enseignement quotidien du pape et des évêques. Lors du Concile du Vatican, les représentants de la Députation de la Foi, dont l’interprétation fait autorité, ont été suffisamment clairs là-dessus :

« Quant au sujet de l’infaillibilité qui est l’Église, il est clair pour les catholiques qu’on ne peut nier sans hérésie que c’est le Souverain Pontife avec les évêques, soit réunis soit dispersés »

Mgr Zinelli, Mansi, Amplissima Collectio Conciliorum, t. 53, 268-269.

« L’Église est infaillible dans son magistère ordinaire, qui s’exerce quotidiennement par le pape principalement et par les évêques qui adhèrent à lui, et qui donc sont infaillibles ensemble de l’infaillibilité de l’Église que le Saint-Esprit assiste tous les jours. »

Mgr d’Avanzo, Mansi, Amplissima Collectio Conciliorum, t. 52, 1193 B-C.

  • Pour le Concile du Vatican, le magistère ordinaire et universel, c’est l’enseignement quotidien du pape et des évêques.
  • Pour Mgr Williamson, le magistère ordinaire et universel, c’est la doctrine enseignée par tous les papes et évêques.
  • Pour le Concile du Vatican, le pape et les évêques sont infaillibles dans leur enseignement quotidien.
  • Pour Mgr Williamson, le pape et les évêques peuvent se tromper dans leur enseignement quotidien.
  • En effet, pour Mgr Williamson, l’enseignement quotidien du pape et des évêques n’est pas de soi le magistère ordinaire et universel, et donc n’est pas de soi infaillible.

Autrement dit, ce que le Concile du Vatican appelle magistère ordinaire et universel et déclare être infaillible n’est pas infaillible pour Mgr Williamson.

Ici, on peut constater à quel point Mgr Williamson change la substance du dogme et s’éloigne de l’enseignement du Concile du Vatican.

Cela étant, il y a près de quarante ans que Mgr Williamson embrasse cette position relative au magistère ordinaire et universel et à son infaillibilité. Il suit la thèse du défunt Chanoine Berthod, ancien directeur du séminaire d’Écône. Mais cela fait autant d’années qu’il a été signalé au Chanoine Berthod et à Mgr Williamson que cette position est contraire à l’enseignement authentique du Concile du Vatican (cf. les déclarations de la Députation de la Foi). L’Abbé Bernard Lucien, dans son ouvrage intitulé L’Infaillibilité du magistère ordinaire et universel de l’Église (Documents de Catholicité, 1984) a complètement démonté la thèse du Chanoine Berthod, exposant à quel point cette thèse est contraire à l’enseignement moralement unanime et constant des théologiens. L’Abbé Lucien cite 54 références, parmi lesquelles je relève notamment celles-ci :

« Que le corps épiscopal dispersé, mais uni au pape, soit infaillible dans l’exercice du magistère ordinaire, tous les théologiens le proclament. […] Depuis le concile du Vatican, il est de foi que les définitions doctrinales du souverain pontife sont infaillibles par elles-mêmes. Mais on peut se demander si cette divine prérogative n’a été accordée au pape que pour ses jugements solennels, ou si elle s’applique également à son magistère ordinaire et quotidien. Il ne s’agit pas de savoir, notons-le bien, si le pape est infaillible dans le magistère qu’il exerce avec le corps épiscopal dispersé : c’est un point acquis et reconnu par tous. »

  1. Bellamy, La Théologie catholique au XXe siècle, éd. Beauchesne, 1904, pp. 238-240.

« Quand il apparaît que quelque chose est ou a été à un moment dans la foi et la prédication de l’Église, il est certain qu’il en a toujours été ainsi, au moins implicitement, et que cette doctrine est révélée. »

J.-V. Bainvel, De Magisterio vivo et Traditione, éd. Beauchesne, 1905, p. 60.

« On voit à partir des thèses démontrées plus haut que l’accord universel sur un dogme comme doctrine de foi, à quelque époque que ce soit, est un critère certain de la doctrine transmise divinement. […] Lorsque soit par un jugement solennel du magistère authentique (concile œcuménique ou Pape) soit par la prédication ecclésiastique unanime, l’accord présent de l’ensemble est clair et manifeste, cela suffit à soi seul (comme critère de l’apostolicité d’une doctrine). »

Cardinal J.-B. Franzelin, Tractatus de divina Traditione et Scriptura, ed. altera, Rome, 1875, pp. 295-296.

Répétons-le et soulignons-le, « quand il apparaît que quelque chose est ou a été à un moment dans la foi et la prédication de l’Église, il est certain qu’il en a toujours été ainsi, au moins implicitement, et que cette doctrine est révélée. » (Bainvel).

Autrement dit : l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel garantit l’apostolicité de l’enseignement présent, quotidien, du pape et des évêques.

  • Pour la théologie catholique, la « conformité à la Tradition » est donc l’effet de l’infaillibilité du magistère ordinaire.
  • Alors que pour la théologie williamsonienne, manifestement étrangère à la théologie catholique, la « conformité à la Tradition » n’est pas l’effet mais bien la cause de l’infaillibilité du magistère ordinaire.

Le système williamsonien opère ici un retournement complet, par rapport à la théologie catholique, et par rapport au dogme.

La chose est tellement criante que le Père Pierre-Marie est bien loin de suivre Mgr Williamson sur ce terrain et n’a pas hésité à écrire, même si l’aveu semble lui brûler les lèvres (ou la plume) :

« Il me semble bien que l’Abbé Lucien a raison de défendre que le magistère ordinaire et universel des évêques à un moment donné (donc sans qu’il y ait nécessairement une certaine durée dans le temps) est infaillible.

R.P. Pierre-Marie, « L’autorité du concile », in Église et Contre-Église au Concile Vatican II, actes du IIe congrès théologique de Si-Si-No-No, janvier 1996, publications du Courrier de Rome, 1996, pp. 305-306.

L’infaillibilité du magistère ordinaire et universel et la vacance du Saint-Siège

« Pour déclarer de mieux en mieux l’état de la question, permettez-moi […] de rappeler comment l’infaillibilité s’exerce dans l’Église. […] De même que l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, demeure dans l’Église tous les jours ; de même tous les jours l’Église enseigne les vérités de foi avec l’assistance du Saint-Esprit. Elle enseigne toutes ces choses qui sont soit déjà définies, soit contenues explicitement dans le trésor de la Révélation mais non définies, soit enfin qui sont crues implicitement : toutes ces vérités, l’Église les enseigne quotidiennement, tant par le pape principalement que par chacun des évêques adhérant au pape. »

Mgr d’Avanzo, au nom de la Députation de la Foi, lors du Concile du Vatican, le 20 juin 1870, in Mansi, Amplissima Collectio Conciliorum, t. 52, 763-764.

Pourquoi, à la façon de Mgr Williamson, ou à la façon de « Dominicus », changer la substance du dogme ? Parce que l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel implique l’illégitimité des « papes » de Vatican II. Comme ces Messieurs, pour des raisons qu’il s’agira un jour d’éclairer, ne veulent surtout pas arriver à la conclusion que le Siège de Pierre est présentement vacant, ils s’affairent à changer la substance du dogme ou à limiter abusivement l’infaillibilité du magistère ordinaire.

  • Mgr Williamson, on l’a vu, change complètement la définition même de ce qu’est le magistère ordinaire et universel.
  • « Dominicus » prétend que si tous les évêques n’enseignent pas avec le pape, il n’y a pas exercice du magistère ordinaire et universel, alors que la Députation de la Foi (Concile du Vatican) et les théologiens affirment qu’il suffit que les évêques soient moralement unanimes avec le pape, pour qu’il y ait exercice du magistère ordinaire et universel.
  • « Dominicus » limite abusivement l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel aux enseignements expressément proposés à croire ou à tenir de façon ferme et définitive, alors que la Députation de la Foi et les théologiens enseignent que l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel garantit plus largement la transmission des vérités à croire ou à tenir déjà définies ou transmises, à la fois dans l’enseignement exprès de l’Église, dans sa pratique et dans ce qu’elle approuve tacitement. De telle sorte que tout ce que l’Église enseigne, pratique ou approuve tacitement est nécessairement conforme aux vérités à croire ou à tenir déjà définies ou transmises.
  • « Dominicus », contre l’enseignement des papes Pie VI et Grégoire XVI, occulte en bonne partie l’infaillibilité des lois et de la pratique de l’Église.
  • « Dominicus » prétend que les Constitutions, Décrets et Déclarations de Vatican II, supposément promulgués par un vrai pape, ne relèvent pas de l’exercice du magistère ordinaire et universel, étant donné qu’à Vatican II les évêques étaient réunis et non pas dispersés, et étant donné que le magistère ordinaire et universel est souvent présenté comme étant exercé par le pape et les évêques dispersés. Ici, « Dominicus » fait semblant d’ignorer que, dès l’époque de Vatican II, les évêques unis à Paul VI ont enseigné et approuvé dispersés ce qu’ils avaient enseigné et approuvé réunis lors des sessions de Vatican II.

Si Paul VI et ses successeurs avaient été vrais papes, jamais les enseignements conciliaires et postconciliaires, la réforme liturgique et la réforme du Droit canon, ainsi que plus largement les opinions librement diffusées au sein dudit « peuple de Dieu » n’auraient pu constituer en quoi que ce soit la rupture que l’on sait avec la foi reçue des Apôtres et de leurs successeurs.

Cette rupture est multiforme. Chacun de ses éléments, chacune de ces erreurs et hérésies, chacune de ces ruptures, constituent autant de preuves a posteriori que les évêques de Vatican II et du post-concile n’étaient pas unis à de vrais papes en la personne de Paul VI et de ses successeurs.

C’est parce qu’ils ne veulent pas admettre cela que Mgr Williamson, « Dominicus » et leurs semblables sont prêts à tordre les faits, mais plus encore la doctrine et même le dogme. Ce faisant, ils induisent gravement en erreur les fidèles et les lecteurs qui les suivent en toute confiance.

Christe, eléison !

 

Le magistère vivant, règle prochaine et directive de la foi

La règle prochaine et directive de la foi c’est, non pas seulement les définitions passées des conciles et des papes et les enseignements passés du magistère ordinaire, mais c’est également, quand les évêques sont confirmés dans la foi par un vrai pape, le magistère vivant, l’enseignement présent du pape et des évêques ici et maintenant.

C’est là une vérité de foi qu’il faut bien évidemment professer, et que tous les catholiques professent.

Or que professe Mgr Williamson en la matière ?

Mgr Williamson soutient que le magistère vivant, l’enseignement présent du pape et des évêques peut ne pas être la règle prochaine et directive de la foi, dès lors que cet enseignement s’oppose aux enseignements passés des papes et des conciles.

Ainsi, lorsque Mgr Williamson se pose à lui-même l’objection suivante :

« Mais alors, vous rejetez l’autorité vivante que le Pape possède en tant qu’arbitre de la Foi ! »

Il n’hésite pas à répondre par l’affirmative :

« Soit, mais seulement parce que je respecte, j’obéis et me soumets à 261 Papes comme arbitres de cette même Foi ; parce que mes yeux et mon intelligence me disent que les papes conciliaires n’ont pas cette Foi. »

  1. Une telle affirmation suppose la négation de l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel. Cela n’est pas pour nous surprendre, étant donné que nous avons déjà vu plus haut que Mgr Williamson vide ce dogme de sa substance. Pour Mgr Williamson, l’enseignement quotidien du pape et des évêques peut ne pas être conforme aux enseignements passés des papes et des conciles. Dès lors, pour Mgr Williamson, l’Église enseignante, tout en demeurant l’Église enseignante, le pape, tout en demeurant pape, cessent d’être la règle prochaine et directive de la foi. Très logiquement, le système de Mgr Williamson passe de la négation de l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel à la mise en cause du magistère vivant comme règle prochaine et directive de la foi. De la négation d’un dogme à la négation d’un autre dogme.
  2. Une telle affirmation implique également la remise en cause de l’apostolicité de l’Église. En effet, selon Mgr Williamson, le pape et les évêques, donc l’Église enseignante, l’Église hiérarchique, pourraient, tout en demeurant pape et Église enseignante, perdre en route la foi reçue des apôtres et transmise par leurs successeurs, au premier rang desquels les 260 papes qui se sont succédé sur le Siège de Pierre. Pour Mgr Williamson, l’Église hiérarchique peut perdre la foi apostolique, et donc la note d’apostolicité. Encore une vérité de foi mise à mal. Pour le moins…
  3. Et une telle affirmation s’oppose à la doctrine commune selon laquelle le pape qui ne professe plus publiquement la foi, à supposer que la divine Providence permette une telle chose, cesse ipso facto d’être pape. Parce que les baptisés qui cessent de professer publiquement la foi catholique cessent d’être membres de l’Église catholique. Et parce que les ministres qui cessent d’être membres de l’Église perdent par le fait même leur office ecclésiastique et leur autorité dans l’Église, de même qu’ils deviennent inéligibles.

Christe, eléison !

 

Le Primat de juridiction du pape

Ici, Mgr Williamson commence par rappeler quel est le dogme de la foi :

« Le Pape est le chef direct et immédiat de tous les diocèses, de tous les prêtres et de tous les catholiques »

Mais alors, on ne voit pas comment l’agir concret de la mouvance lefebvriste n’implique pas une négation pratique de ce dogme

Je me répète, il ne s’agit pas ici, dans l’agir concret des lefebvristes d’une désobéissance ponctuelle, mais d’une soustraction d’obédience systématique : « exercice d’un ministère en marge des (présumés) évêques nommés par le (présumé) pape, ordinations de ministres qui ne sont pas incardinés par les (présumés) évêques nommés par le (présumé) pape, sacres d’évêques contre la volonté du (présumé) pape, professions religieuses en dehors de toute relation hiérarchique avec les (présumés) supérieurs majeurs dans l’obédience du (présumé) pape, rejet des enseignements, des lois et des rites promulgués par les (présumés) papes, insoumission concrète et caractérisée à leur endroit, et dans tous les domaines qui relèvent de l’exercice de leur charge, etc. »

Or, dans le même mouvement, nos lefebvristes reconnaissent opiniâtrement les « papes » de Vatican II pour papes. Objectivement, il s’agit là d’une position schismatique : les lefebvristes se soustraient à l’obédience de ceux qu’ils reconnaissent comme pape.

Et bien évidemment, cela pose immanquablement le problème suivant : professe-t-il encore la foi dans le Primat de juridiction du pape, celui qui se soustrait systématiquement à l’obédience de la personne qu’il professe être pape ?

Là-dessus, Mgr Williamson se défend comme suit :

« Je ne nie pas que les Papes conciliaires aient l’autorité pour me gouverner en tant que catholique »

Traduction : Mgr Williamson reconnaît les « papes » de Vatican II comme vrais papes, et tant qu’ils sont papes à ses yeux, il leur reconnaît « l’autorité pour [le] gouverner en tant que catholique ». C’est-à-dire que Mgr Williamson reconnaît en principe le Primat de juridiction du pape.

Mais dès lors se pose la question : comment se concrétise, chez Mgr Williamson et les siens, cette reconnaissance du Primat de juridiction du pape, dès lors que lui et les siens se sont concrètement soustraits à leur obédience ? Comment rendre compte d’une telle contradiction ?

Mgr Williamson tente de se justifier comme suit :

« Je dis seulement que leur autorité – si elle est catholique – n’inclut pas le pouvoir de me faire devenir protestant, comme cela arriverait si je suivais leurs injonctions découlant de Vatican II. »

Au passage, Mgr Williamson gratifie ses lecteurs d’une incise bien énigmatique : « leur autorité [celle des « papes » de Vatican II] – si elle est catholique ». Comme si l’autorité du pape pouvait ne pas être catholique ! À moins que Mgr Williamson veuille concéder ici que ceux qu’il reconnaît mordicus comme papes, et ce en dépit de tout, peuvent ne pas être papes en réalité. Mon Dieu, que la pensée de cet évêque est donc tortueuse et peu sûre !

Mais revenons à notre traduction d’un langage si manifestement abscond :

Mgr Williamson prétend que l’autorité de celui qu’il reconnaît comme pape s’arrête là où les injonctions de ce dernier induisent un chacun à se faire protestant.

Ce à quoi il faut répondre :

  1. Le pape ne peut pas, es qualité de pape, enjoindre les catholiques à se faire protestant. Cela impliquerait en effet que le pape fasse, es qualité de pape, la promotion d’une hérésie – ce qui est contraire à l’infaillibilité du magistère ordinaire.
  2. Le pape qui fait la promotion de l’hérésie cesse par le fait même de professer publiquement la foi catholique, et donc, selon la doctrine commune, cesse ipso facto d’être pape. Et ce, même s’il n’agit pas es qualité de pape.
  3. En faisant abstraction des deux réponses que je viens de faire, et qui réduisent déjà à néant l’argument de Mgr Williamson, il faudrait encore que ce dernier veuille bien se plier effectivement à la logique même de son argument.

Autrement dit, relativement à chacune des injonctions émanant de celui qu’il dit être le pape, il faut que Mgr Williamson non seulement résiste à celles qui promeuvent le protestantisme, mais encore obéisse à toutes les autres.

D’où ma question : quelles sont donc les injonctions de son pape auxquelles Mgr Williamson daigne obéir ?

Car là encore il faut le répéter : vis-à-vis de ceux que Mgr Williamson et les siens reconnaissent comme papes, la soustraction d’obédience est systématique. Mgr Williamson et les siens, et toutes les chapelles de la mouvance lefebvriste ne se contentent pas de désobéir ponctuellement à ceux qu’ils reconnaissent comme papes. Ils sont allés jusqu’à constituer une hiérarchie et des familles religieuses parallèles à celles qu’ils professent pourtant être encore la hiérarchie catholique et des ordres religieux catholiques.

Si Mgr Williamson répond qu’il n’y a plus rien, plus aucune injonction autre que faisant la promotion du protestantisme à laquelle obéir, alors on ne voit pas en quoi lui et les siens obéissent encore en quoi que ce soit à celui qu’ils disent être investi du Primat de juridiction.

À ce compte-là, leur relation hiérarchique, vis-à-vis de celui qu’ils disent être pape, devient une mascarade. Dès lors, où est le respect du Primat de juridiction ? Et plus encore : comment une telle parodie de relation hiérarchique n’induit-elle pas les fidèles, et même les ministres de la mouvance lefebvriste, à rejeter le dogme du Primat de juridiction du pape ?

Christe, eléison !

 

Appel à une nécessaire révision

Loin de me rassurer, Mgr Williamson ne fait que confirmer le diagnostic que j’ai précédemment porté.

« La foi des lefebvristes est en péril parce que, depuis une quarantaine d’années, leurs chefs de file les induisent à pratiquer le libre examen à l’endroit de ces vérités de foi qui sont, nous l’avons vu, le Primat de juridiction du pape, l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel, et le magistère vivant (s’il y a un pape) comme règle prochaine et directive de la foi. »

Il faut souhaiter à Mgr Williamson, et plus largement à tous les lefebvristes, de faire œuvre de révision par rapport à la trompeuse vulgate lefebvriste. C’est à un sain révisionnisme en ces matières qu’il faut les appeler. Un révisionnisme qui libère des chaînes du négationnisme que je me suis employé à diagnostiquer. Négationnisme relativement à certaines vérités de foi.

Mais pour ce faire, il faut accepter de regarder la situation de l’Église telle qu’elle est vraiment.

Sursum corda !

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3 réflexions au sujet de « « Christe, eléison », réponse à Mgr Williamson par Nicolas Magne (ESR) »

  1. Je suis abasourdi par ces conflits, qui ne laissent rien présager d’autre qu’une explosion schismatique en chaîne , du type Protestantismes.
    Néanmoins ces débats reflètent une question de fond et urgente : qu’est-ce qu’un Pape ?
    Je ferai remarquer modestement, simple laïc, que cette notion ne figure pas au symbole de Nicée-Constantinople. Elle est donc secondaire. Faut-il multiplier les schismes sur une telle question ?
    La situation globale ourdie par Vatican II est assez terrible en soi pour que la résistance ne passe pas son temps à s’invectiver par cahiers interposés… d’autant qu’il n’y a précisément plus aucun arbitre officiel…

    Il me semble que la ligne rouge c’est Vatican II : una cum ou pas una cum. Pour ou Contre. Je suis Contre. je suis donc dans le Résistance. L’auteur aussi. Parfait. Pour le reste, je m’en tiens à Guérard des Lauriers qui précise, avec d’autres, par l’Ontologie, ce qu’il en EST.

    1. qu’est-ce qu’un Pape ? : le Pape … c’est un office ! UNE PERSONNE MORALE NON COLLÉGIALE !..

      Et le droit du siège TOUJOURS EN VIGUEUR et toujours reconnu !..

  2. Un Pape, c’est la « règle prochaine et directive de la Foi », et c’est ce pourquoi le Pape est ONTOLOGIQUEMENT doté du Charisme de l’infaillibilité ! Tout simplement, pour que le fidèle lambda n’erre pas, ou n’ait pas à exercer de « libre examen » en ayant à se creuser le crane pour « choisir » (en grec = choisir = hérésie…) ce qui est vrai et « à croire », dans l’enseignement public et pour toute l’Eglise, dudit Pape ! Prétendre reconnaître un « pape » mais se refuser à croire son enseignement public en matière de Foi et de Morale, est une attitude schismatique et hérétique qui va directement contre les paroles du Christ : « Qui vous écoute m’écoute »… « pais mes agneaux » et « tout ce que vous retiendrez sera retenu »…

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