«Konservative Revolution» depuis l’Allemagne de Weimar

Par un positionnement marqué par la prudence permettons-nous de nous intéresser à ce courant unique. Une sorte de révolution conservatrice comme contre-révolution, ou plutôt une révolution organique en sens contraire par rapport à la révolution-subversion. Il s’agit d’un nationalisme nouveau ou plutôt d’un renouveau particulier du nationalisme. Un vaste mouvement de rejet de la philosophie progressiste desdites Lumières, qui établit un équilibre entre tradition et évolution, ainsi une distinction nette entre ce qui est permanent et ce qui dépasse la temporalité, et en opposition à la mode, en même temps qu’à ce qui est rétrograde.

Le phénomène fasciste a mis en évidence ce courant de pensée, qui s’est développé en Allemagne après 1918 face à la déliquescente République de Weimar, au sens étroit, et au sens large, se retrouve chez tous les auteurs : organicistes, racialistes, pro-européens, universels et (re)découvrant l’ordre naturel intégral.

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«Mouvance intellectuelle et politique non monolithique, ensemble pluriel parfois contradictoire et composite, la Révolution conservatrice allemande est un phénomène générationnel qui porte profondément la marque de la Première Guerre mondiale, de l’expérience de la défaite, de l’agitation révolutionnaire communiste des années 1918-1920 et de l’humiliation du Traité de Versailles. Dans ce contexte dramatique, son originalité a été de ne pas avoir défendu des positions réactionnaires ou restauratrices de l’ancien ordre wilhelmien, mais d’avoir voulu une autre modernité cautérisant les stigmates de la modernisation scientifique et technique, en pensant ensemble des thèmes de droite et de gauche, traditionnellement perçus comme contradictoires.

Voulant concilier libération nationale et révolution sociale dans une optique identitaire de “troisième voie”, ni droite ni gauche, les représentants de la Konservative Revolution forment la troisième famille d’opposants à la République de Weimar avec les communistes et les nationaux-socialistes. Généralement hostiles au “jacobinisme brun” de ces derniers, considéré comme plébéien, totalitaire et massificateur, les auteurs de la KR se répartissent, selon Mohler, en trois grandes familles : les jeunes-conservateurs, les nationaux-révolutionnaires et les Volkischen auxquels s’ajoutent deux cristallisations passagères : la tendance “ligueuse” du Mouvement de Jeunesse (Bündische Jugend), héritier du vieux Wandervogel, et le Landvolkbewegung (révolte paysanne du Schleswig-Holstein).»

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Distinction Konservative Revolution (KR) et National-Socialisme  (NS) :

«Le premier souci de Mohler, c’est de distinguer la KR du national-socialisme. Pour la tradition antifasciste, souvent imprégnée des démonstrations du marxisme vulgaire, le national-socialisme est la continuation politique de la KR. De fait, le national-socialisme a affirmé poursuivre dans les faits ce que la KR (ou la Deutsche Bewegung) avait esquissé en esprit. Mais nonobstant cette revendication nationale-socialiste, on est bien obligé de constater, avec Mohler, que la KR d’avant 1933 recelait bien d’autres possibles.»

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L’origine du terme “Konservative Revolution” et le caractère universel de celle-ci :

«Pour éviter toutes les confusions et les amalgames, Mohler pose au préalable quelques définitions : celle de la KR proprement dite, celle de la Deutsche Bewegung, celle de la Weltanschauung en tant que véhicule pédagogique des idées nouvelles. Les termes “konservativ” et “revolutionär” apparaissent accolés l’un à l’autre pour la première fois dans le journal berlinois Die Volksstimme du 24 mai 1848 : le polémiste qui les unissait était manifestement mu par l’intention de persifler, de se gausser de ceux qui agitaient les émotions du public en affirmant tout et le contraire de tout (le conservatisme et la révolution), l’esprit troublé par les excès de bière blanche. En 1851, le couple de vocables réapparait — cette fois dans un sens non polémique — dans un ouvrage sur la Russie attribué à Theobald Buddeus. En 1875, Youri Samarine donne pour titre Revolyoutsionnyi konservatizm à une plaquette qu’il a rédigée avec F. Dmitriev. Par la suite, Dostoïevski l’utilisera à son tour. En 1900, Charles Maurras l’emploie dans son Enquête sur la Monarchie. En 1921, Thomas Mann l’utilise dans un article sur la Russie.

En Allemagne, le terme “Konservative Revolution” acquiert une vaste notoriété quand Hugo von Hofmannsthal le prononce dans l’un de ses célèbres discours (Das Schriftum als geistiger Raum der Nation (La littérature comme espace spirituel de la nation, 1927). [Le vaste mouvement d’idées non rationalistes de l’ère de Weimar le reprendra à son compte et le transposera dans l’arène politique]. Von Hofmannsthal désigne un processus de maturation intellectuelle caractérisé par la recherche de “liens”, prenant le relais de la recherche de “liberté”, et par la recherche de “totalité”, “d’unité” pour échapper aux divisions et aux discordes, produits de l’ère libérale.»

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Troisième voie :

«Donc si la KR est un refus des idées de 1789, elle n’est pas nostalgie de l’Ancien Régime : elle opte confusément, parfois plus clairement, pour une “troisième voie”, où seraient absentes l’anarchie, l’absence de valeurs, la fascination du laissez-faire propre au libéralisme, l’immoralité fondamentale du règne de l’argent, les rigidités de l’Ancien Régime et des absolutismes royaux, les platitudes des socialismes et communismes d’essence marxiste, les stratégies d’arasement du passé (“Du passé, faisons table rase…”). À l’aube du XIXe siècle, entre la Révolution et la Restauration, surgit, sur la scène philosophique européenne, l’idéalisme allemand, réponse au rationalisme français et à l’empirisme anglais.»

Source

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– Liste des auteurs de la «Konservative Revolution»  :

En monde germanique : Otto Strasser, Franz von Papen, Carl Schmitt, Edgar Julius Jung (défenseur du catholicisme), Alois Hundhammer et Gerd-Klaus Kaltenbrunner (tous deux catholiques de constat sédévacantiste), Engelbert Dollfuß (membre de la Deutsche Gemeinschaft en 1919 et dictateur autrichien de style franquiste/pétainiste dans sa variante propre). Johannes Stark (prix Nobel de physique), Julius Langbehn (penseur volkisch converti au catholicisme), le Cardinal Michael von Faulhaber (antirépublicain et partisan-critique du NSDAP), le père Lorenz Pieper et son frère le théologien catholique August Pieper. Le Cardinal Adolf Bertram (qui voulait rejoindre le NSDAP en 1932, il resta un partisan-critique du parti NS). Mgr Ludwig Kaas (pas vraiment un membre de la KR car opposé aux entreprises de Papen au nom de la démocratie chrétienne, ami de Pie XII, il fut néanmoins dégoûté par le parlementarisme, se réconcilia avec Papen et poussa le Zentrum à se rallier au Parti NS en 1933). L’abbé Hans Barion ; et même Adolf Hitler (au moins pendant un temps, car, à l’invitation du catholique Rudolf Pechel, AH avait rejoint le Juniklub, réseau intellectuel de la KR, en 1922, mais n’a pu gagner aucun des participants pour le NSDAP). Ernst von Salomon, écrivain Allemand, est une figure majeure du mouvement usée par Jacques Ploncard d’Assac dans Doctrines du nationalisme (de Weimard à l’Allemagne occupée par les «Alliés»). Le résultat d’une synthèse étrange entre des auteurs très différents sinon opposés.

Dans l’espace francophone (France, Suisse, Belgique) d’autres peuvent être répertoriés : Alphonse de Châteaubriant. Le Cardinal Alfred Baudrillart (d’abord, antigermaniste comme la plupart des catholiques en France suite à la défaite de 1870, il se ravisa durant l’Occupation, devint membre du PPF de Jacques Doriot et du Groupe Collaboration de Châteaubriant). Abel Bonnard, Pierre Drieu la Rochelle, Saint-Loup, Gonzague de Reynold, Bernard Faÿ (catholique formé par l’homme cité précédemment), Mgr Jean de Mayol de Lupé (croisé catholique et hitlérien), Alexis Carrel (et sa conversion miraculeuse), Georges Bernanos, Georges Valois, Robert Brasillach, Bertrand de Jouvenel (dans un premier temps), Roger Nimier, Jean Mabire, Charles Péguy («pratiquant anticlérical»), Maurice Bardèche, Lucien Rebatet,  Xavier Vallat, Philippe Henriot, Gustave Thibon…

La plupart des « collabos » de ces pays, du moins ceux qui l’étaient par conviction, partageaient nombre de convictions de la KR. Ils rejetèrent à la fois le nationalisme classique ainsi que le traditionalisme idéologique de la droite de l’époque.

On pourrait continuer à énumérer tout le monde de la « KR » en Allemagne, la liste énumère en majeure partie ses partisans catholiques.

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