Réponse «sédévacantiste» aux divagations des «Dominicains d’Avrillé» au sujet de la présente vacance du Saint-Siège

Tout comme le site de Milites Virginis Mariae, la rédaction tient à remercier tout spécialement l’auteur de l’article, ainsi que la maison d’Édition Saint-Rémi pour nous avoir autorisé à publier intégralement ce texte dont la nécessité est trop importante pour être réservée à une partie restreinte.

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«Réponse aux divagations des « Bonhommes » d’Avrillé, au sujet de la présente vacance du Saint-Siège» par Nicolas Magne, in La Voix des Francs n°47, des pages 5 à 38, éditions Saint-Rémi, premier trimestre 2018 (PDF gratuitAbonnement) :

Au printemps 2001, les religieux bien connus du couvent de La Haye-aux-Bonshommes publiaient dans leur revue Le Sel de la terre (n°36) un « Petit Catéchisme du sédévacantisme » signé « Dominicus ». Depuis lors, nos bonshommes n’ont cessé de remettre le couvert : nouvelle parution du « Petit Catéchisme » dans leur revue, amorce de controverse avec l’un de leurs contradicteurs (l’Abbé Ricossa), édition sous forme de brochure, complaisamment distribuée à destination du public traditionaliste, et présentée comme la réfutation prétendument savante et définitive du sédévacantisme. Avec le « Petit Catéchisme », les bons lefebvristes sont censés dormir sur leurs deux oreilles. Les bonshommes sont censés avoir terrassé le terrible sédévacantisme.

Et pourtant… Ce qui se voulait la réfutation savante et définitive a été elle-même décisivement réfutée par les contributions respectives des Abbés Ricossa (revue Sodalitium, n°52 et n°55, en 2002 et 2003) Zins (revue Sub tuum Praesidium, n°66 et n°112, notamment) ou Grossin. Mais bien entendu, de cela, nos bons lefebvristes n’entendront jamais ou si peu parler, car il faut, on l’a dit, que les bonnes gens puissent dormir sur leurs deux oreilles, ce pourquoi on traitera, comme d’habitude, tout cela par le silence ou par le mépris. Que la vérité et la justice ne trouvent guère leurs droits dans le traitement que lui réservent les faiseurs d’opinion de la planète lefebvriste est tout au mieux le cadet de leurs soucis. Tout ce qui compte, c’est que la supposée piétaille traditionaliste soit tenue bien à l’abri des vérités un peu trop franches sur l’état présent de l’Église par ceux qui sont censés penser pour le bon peuple « tradi ».

C’est pourquoi, il n’est pas surprenant de voir ici et là, et notamment lorsque les traditionalistes s’empoignent sur internet, quelques naïfs « de tradition » agiter comme autant de fines lames (croient-ils) les épées en vérité bien émoussées forgées à Avrillé.

Telle a été l’occasion de ce texte : répondre à la énième remontée à la surface d’un « Petit Catéchisme » qui ne résiste pas à l’examen, et qui a déjà été maintes fois réfuté.

I – L’illégitimité des “papes” de Vatican II à la lumière de l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel

Vatican II aurait dû être “couvert” (à tout le moins) par l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel ; or les Constitutions, Décrets et Déclarations de Vatican II fourmillent d’erreurs contraires à l’enseignement de l’Eglise, et même d’hérésies ; donc Paul VI qui a promulgué ces mêmes Constitutions, Décrets et Déclarations ne pouvait pas être pape. En effet, sans le pape, ou avec un faux pape (ce qui revient au même), les évêques ne sont pas infaillibles dans l’exercice de leur magistère ordinaire et peuvent par conséquent se tromper et contredire l’enseignement de l’Eglise. A Vatican II, ils se sont trompés. Donc ce Paul VI avec lequel ces mêmes évêques se sont ainsi trompés et fourvoyés, était nécessairement un faux pape

Ce à quoi Avrillé répond en substance ce qui suit :

L’enseignement de Vatican II n’avait pas à être couvert par l’infaillibilité (du magistère ordinaire et universel) parce que ce même enseignement n’est pas proposé comme étant à croire ou à tenir “de façon ferme et définitive”. Par conséquent, du simple fait que Vatican II a erré, il ne s’ensuit pas nécessairement que les évêques ont vu leur enseignement confirmé et promulgué par un faux pape.

Autrement dit, pour Avrillé, le magistère ordinaire et universel est infaillible seulement lorsque se trouve expressément enseignée une proposition à croire ou à tenir de façon ferme et définitive.

Le problème (pour Avrillé), c’est qu’il n’en est rien.

Certes, le Concile du Vatican a rappelé solennellement (en sa Constitution dogmatique Dei Filius) que l’Eglise propose infailliblement les vérités à croire de foi divine, non seulement au moyen de jugements solennels, mais encore dans l’exercice du magistère ordinaire et universel.

“On doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par tradition, et que l’Église, soit dans un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme vérité révélée.”

Concile Œcuménique Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, 24 avril 1870.

Mais il n’a jamais été question de limiter l’infaillibilité du magistère ordinaire aux seules propositions expressément enseignées par ce même magistère ordinaire.

Bien au contraire, voici l’enseignement archi-classique des meilleurs théologiens, résumé ici par Cartechini, dans son célèbre manuel qui faisait autorité jusqu’au Saint-Office :

“Le magistère ordinaire infaillible s’exerce de trois manières :

“1. par une doctrine expresse communiquée en dehors d’une définition formelle par le Pontife ou par les évêques du monde entier ;

“2. par une doctrine implicite contenue dans la pratique ou la vie de l’Église :

“a) l’Église… ne peut pas permettre que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance ;

“b) dans le Code de droit canonique il ne peut y avoir rien qui soit de quelque façon que ce soit opposé aux règles de la foi ou à la sainteté évangélique ;

“3. par l’approbation tacite qu’accorde l’Église à une doctrine des Pères, des docteurs et des théologiens.”

R.P. Cartechini, s.j., De Valore Notarum Theologicarum, Université pontificale Grégorienne, 1951.

Où l’on voit qu’Avrillé ne veut considérer que l’un des modes d’exercice du magistère ordinaire infaillible – le premier mode – et rejette implicitement les deux autres, dont Avrillé tait l’existence à ses lecteurs (est-ce très honnête ?).

Car il saute aux yeux de toutes les personnes honnêtes intellectuellement que l’hétérodoxie de la nouvelle liturgie et du nouveau Code de 1983 est radicalement incompatible avec la légitimité de Paul VI et de Jean-Paul II, et de tous leurs successeurs, qui les ont respectivement promulgués et maintenus. Et ce en raison de l’infaillibilité du magistère ordinaire non seulement dans ce qui est expressément enseigné (premier mode), mais encore dans ce qui est implicitement enseigné dans les lois et dans le culte en vigueur dans l’Eglise. Qui prétend le contraire tombe sous la condamnation portée par le pape Pie VI contre la 78e proposition du synode de Pistoie (Bulle Auctorem Fidei, 28 août 1794).

“78. La prescription du synode [de Pistoie], relative à l’ordre des questions à traiter dans les conférences, où, après avoir affirmé qu’”il faut distinguer dans chaque article ce qui concerne la foi et l’essence de la religion de ce qui est propre à la discipline”, il ajoute que “dans celle-ci [la discipline], il faut distinguer ce qui est nécessaire ou utile pour retenir les fidèles dans l’esprit, de ce qui inutile ou trop lourd à porter pour la liberté des fils du Nouveau Testament, et plus encore de ce qui est périlleux et nuisible, comme conduisant à la superstition et au matérialisme”, pour autant qu’en raison des termes généraux utilisés, elle inclut et soumet à l’examen prescrit même la discipline établie et approuvée par l’Eglise, comme si l’Eglise, qui est régie par l’Esprit de Dieu, pouvait constituer une discipline, non seulement inutile et trop lourde à porter pour la liberté chrétienne, mais encore dangereuse, nuisible, et conduisant à la superstition et au matérialisme, est fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, offensive des oreilles pies, injurieuse à l’Eglise et à l’Esprit de Dieu qui la conduit, pour le moins erronée.

Pie VI, Bulle Auctorem fidei, 28 août 1794.

Les Pontifes sont infaillibles dans l’élaboration des lois universelles concernant la discipline ecclésiastique, en sorte qu’elles ne peuvent jamais établir quoi que ce soit contre la foi et la morale, même si elles n’atteignent pas le suprême degré de la prudence.”

Wernz et Vidal, Ius Canonicum, Université pontificale Grégorienne, Rome, 1923, t. II, p. 410.

De deux choses l’une : soit les “papes de Vatican II” sont papes, et alors leur culte et leur législation ne peut pas, et en aucune façon, être hétérodoxe ; soit leur culte et leur législation sont hétérodoxes, et donc les “papes de Vatican” ne peuvent pas être papes. Qui prétend à la fois que les “papes de Vatican II” sont papes et que leur culte et leur législation sont en quelque façon hétérodoxes se trompe certainement et tombe sous la condamnation portée par le pape Pie VI.

Avrillé tente de concilier les inconciliables en argüant que Paul VI et Jean-Paul II n’ont pas voulu “imposer avec autorité” qui sa nouvelle liturgie, qui son nouveau Code de Droit canon. C’est se moquer du monde que de faire valoir une telle contre-vérité.

Pour ce qui est du Code de 1983, il ne fait aucun doute que Jean-Paul II l’a effectivement imposé, et qu’il s’est effectivement imposé dans tout le ressort de l’église conciliaire – qu’Avrillé nous dit être l’Eglise catholique. Pour ce qui est de la réforme liturgique de 1969, je veux bien concéder que la procédure juridique suivie par Paul VI, lors de la promulgation du nouveau missel, a pu donner à penser, sur l’heure, que Paul VI n’avait pas promulgué la nouvelle messe avec la volonté manifeste de l’”imposer avec autorité”. Toutefois, Paul VI lui-même, et à plusieurs reprises par la suite, notamment dans son discours au Consistoire du 24 mai 1976, n’a pas manqué de signifier très expressément sa volonté d’”imposer avec autorité” la nouvelle messe en lieu et place de la Messe traditionnelle. Et toute la législation de l’église conciliaire va très nettement dans ce sens depuis lors. En effet, depuis Jean-Paul II, les autorisations données à la célébration de la messe traditionnelle l’ont toujours été expressément en dérogation du droit existant (dans l’église conciliaire) – ce qui implique nécessairement que, du point de vue des chefs de l’église conciliaire, et donc, logiquement, de tous ceux qui les regardent comme papes de l’Eglise catholique, la nouvelle messe avait été “imposée avec autorité”, et demeurait considérée comme telle. Les grands naïfs du traditionalisme conformiste n’ont d’ailleurs pas compris que les appellations “rite ordinaire” (pour désigner la nouvelle messe) et “rite extraordinaire” (pour désigner la messe traditionnelle) – ou “forme ordinaire”/”forme extraordinaire” – exprimaient cette réalité (pour l’église conciliaire, et de son point de vue), à savoir que la forme “ordinaire” du rite romain, c’est-à-dire la forme en usage, et donc préalablement “imposée avec autorité”, n’était autre que la nouvelle messe.

Où l’on voit que l’argument de la nouvelle messe ou du nouveau Code non “imposés avec autorité” ne repose sur rien, et que ceux qui en font usage prennent leurs affidés pour des ignorants et des imbéciles.

Mais, à supposer qu’Avrillé ait factuellement raison sur ce point – la nouvelle messe n’a pas été imposée avec autorité – il ne s’ensuivrait pas pour autant, si les “papes de Vatican II” étaient vrais papes, que la nouvelle messe ne serait pas couverte par l’infaillibilité du magistère ordinaire.

En effet, reprenons Cartechini :

“L’Église… ne peut pas permettre que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance”

Cartechini ne dit pas : l’Eglise ne peut pas imposer que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance. Cartechini écrit : L’Eglise “ne peut pas permettre que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance”. La nuance est de taille.

Et avec cette nuance, le château de carte d’Avrillé finit de s’effondrer. Non seulement l’Eglise ne peut pas imposer une liturgie hétérodoxe, mais elle ne peut pas non plus permettre une telle liturgie. Or quel esprit sensé oserait prétendre que la nouvelle messe n’a pas au mois été permise par Paul VI et ses successeurs ?

C’est d’ailleurs l’enseignement exprès de la sainte Eglise :

“Est-ce que l’Église qui est la colonne et le soutien de la vérité et qui manifestement reçoit sans cesse de l’Esprit-Saint l’enseignement de toute vérité, pourrait ordonner, accorder, permettre ce qui tournerait au détriment du salut des âmes, et au mépris et au dommage d’un sacrement institué par le Christ ?”

Grégoire XVI, Encyclique Quo graviora, 4 octobre 1833.

Avrillé fait manifestement semblant d’ignorer des pans entiers de la doctrine catholique au sujet de l’Eglise et de son infaillibilité. Les personnes qui suivent Avrillé en toute confiance sont manifestement abusées par les “bonshommes” de ces lieux.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Le troisième mode d’exercice du magistère ordinaire infaillible est décrit comme suit par Cartechini :

“Le magistère ordinaire infaillible s’exerce de trois manières […]

“3. par l’approbation tacite qu’accorde l’Église à une doctrine des Pères, des docteurs et des théologiens.”

Là encore, qui oserait sérieusement prétendre que les erreurs et hérésies de Vatican II n’ont pas à tout le moins reçu une approbation tacite de la part de Paul VI et de tous ses successeurs ? Hé oui, voilà le hic pour les “bonhommes” d’Avrillé : l’infaillibilité du magistère ordinaire couvre également ce qui est approuvé tacitement au sein de l’Eglise en matière de doctrine. Autrement dit encore : ce n’est pas seulement ce qui est imposé qui est couvert par l’infaillibilité du magistère ordinaire, c’est aussi ce qui est permis. Là encore, ce qui est permis par l’Eglise ne peut pas être hétérodoxe.

Donc, à supposer que l’enseignement de Vatican II ait été non pas imposé, mais simplement approuvé par Paul VI et ses successeurs – on n’ose même pas dire permis, tant cet enseignement a été assumé par eux – il s’ensuivrait là encore et nécessairement, contrairement à ce qu’Avrillé fait accroire, que ces mêmes Paul VI et successeurs ne pourraient pas être vrais papes – et ne le sont pas – compte tenu des erreurs et des hérésies qui fourmillent dans ce même enseignement.

D’ailleurs, de ce point de vue, ce ne sont pas seulement les enseignements de Vatican II qui sont à tout le moins tacitement approuvés, mais encore les enseignements des facultés de théologie, dans les universités qui sont du ressort de l’église conciliaire – et donc de l’Eglise catholique, selon nos “bonhommes” d’Avrillé. On pense ici à toute la cohorte des Congar, Lubac, Rahner, Ratzinger, et de tous leurs disciples qui ont pu – à quelques exceptions près – librement s’ébrouer, enseigner, pontifier du haut des chaires d’université et contaminer durablement les esprits sous la complaisante férule de Paul VI et de ses successeurs.

Cela étant, et pour en revenir au premier mode d’exercice du magistère ordinaire infaillible, est-il vraiment exact d’affirmer que ce même premier mode consiste en tout et pour tout dans l’enseignement exprès d’ une proposition à croire ou à tenir de façon ferme et définitive ?

Si l’on entend par là que le magistère ordinaire est infaillible dans son enseignement exprès seulement lorsqu’il est explicitement signifié que cet enseignement est à croire ou à tenir “de façon ferme et définitive”, alors manifestement on fait erreur.

En effet, en sa Constitution dogmatique Dei Filius, le Concile du Vatican enseigne que le magistère ordinaire et universel est règle de foi (infaillible) quand, au moyen de ce mode d’exercice du pouvoir de magistère, se trouve proposé un enseignement “comme [étant] divinement révélé”. Autrement dit, il suffit qu’il soit explicitement signifié qu’une proposition donnée est révélée (ou connexe à la Révélation) pour qu’il y ait enseignement infaillible du magistère ordinaire, et DONC pour que cette vérité soit à croire de foi divine (ou pour que cette vérité soit à tenir).

Ici aussi Avrillé abuse de ses lecteurs et de ses affidés en faisant accroire qu’il est nécessaire que le magistère impose explicitement une proposition comme étant obligatoire pour qu’il y ait exercice du magistère ordinaire infaillible. Certes, l’obligation existe, mais cette même obligation, cette nécessité de croire ou de tenir “de façon ferme et définitive” découle par nature de ce qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation est attestée comme telle par l’Eglise, soit au moyen d’une définition, soit au moyen du magistère ordinaire. En soit il suffit que l’Eglise atteste qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation pour que cette même proposition soit et s’impose à tous les catholiques comme une vérité à croire et à tenir “de façon ferme et définitive”. La manifestation d’une obligation n’ajoute strictement rien à la chose. Entendons-nous bien, cette même manifestation d’une obligation de croire ou de tenir peut venir signifier implicitement, mais très certainement, que la proposition considérée est révélée ou connexe à la Révélation, mais d’abord et avant tout – répétons-nous – parce que cette même obligation découle du caractère révélé (ou connexe à la Révélation) attesté comme tel par l’Eglise. Donc – répétons-nous encore – il suffit que l’Eglise atteste qu’une proposition soit révélé ou connexe à la Révélation, pour que tel soit effectivement le cas, et pour qu’il y ait exercice infaillible du pouvoir de magistère :

“Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai”

Léon XIII, Encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896.

“Or on doit la soumission de l’esprit à l’Eglise qui définit, même si elle n’ajoute aucun précepte. Puisqu’en effet Dieu nous a donné l’Eglise comme mère et maîtresse pour tout ce qui concerne la religion et la piété, nous sommes tenus de l’écouter quand elle enseigne. C’est pourquoi, si la pensée et la doctrine de l’Eglise apparaît, nous sommes tenus d’y adhérer, même s’il n’y a pas de définition : combien plus donc si cette pensée et cette doctrine nous apparaissent par une définition publique.”

R.P. Kleutgen, s.j., théologien de la Députation de la Foi au Concile du Vatican (1870), in Mansi, t. 53, colonne 330 B.

Certains auteurs ont essayé de soutenir que la Déclaration de Vatican II sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae) contenait une définition solennelle de ce même droit à la liberté religieuse (déjà infailliblement condamné par le pape Pie IX, sous forme de jugement solennel, dans l’Encyclique Quanta Cura).

Cette argumentation ne paraît pas pleinement convaincante. La Déclaration Dignitatis humanae, en raison de sa tournure générale, et en raison de chacune de ses parties, semble bien plutôt ressortir du magistère ordinaire.

Or cette même Déclaration Dignitatis humanae (DH) enseigne expressément le (prétendu) droit à la liberté religieuse comme étant révélé de Dieu, ou à tout le moins fondé sur la Révélation. Qu’on en juge :

“Cette doctrine de la liberté a ses racines dans la Révélation divine, ce qui, pour les chrétiens, est un titre de plus à lui être saintement fidèles” (DH 9).

“L’Eglise, donc, fidèle à la vérité de l’Evangile, suit la voie qu’ont suivie le Christ et les apôtres lorsqu’elle reconnaît le principe de la liberté religieuse comme conforme […] à la Révélation divine, et qu’elle encourage une telle liberté. Cette doctrine, reçue du Christ et des apôtres, elle l’a, au cours des temps, gardée et transmise” (DH 12).

Autrement dit, Paul VI et les Pères de Vatican II ont expressément attesté que le (prétendu) droit à la liberté religieuse était une vérité révélée, ou à tout le moins une vérité connexe à la Révélation. Autrement dit encore, si Paul VI avait été pape, l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel aurait été ici indubitablement engagée, et donc par conséquent l’adhésion “ferme et définitive” des fidèles, en tant que le magistère ordinaire et universel atteste infailliblement les propositions qu’il enseigne être révélées ou connexes à la Révélation, exigeant donc des fidèles l’adhésion qui est requise pour les vérités à croire et à tenir – cf. notamment l’enseignement du pape Léon XIII (cité plus haut) : “Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai”.

Etant donné que le (prétendu) droit à la liberté religieuse attesté comme révélé ou connexe à la Révélation par Vatican II en sa Déclaration Dignitatis humanae a déjà été solennellement condamné par le pape Pie IX comme contraire à la Révélation (Encyclique Quanta Cura), et étant donné que, si Paul VI avait été pape, cette même Déclaration aurait dû être couverte par l’infaillibilité, il y a là la preuve absolue – par réduction à l’absurde – que Paul VI, promulgateur de Dignitatis humanae – ne pouvait pas être pape.

Mais il faut encore aller un peu plus loin. Nous avons vu que le magistère ordinaire est infaillible dans ce qu’il approuve tacitement, dans ce qu’il garantit (lois et culte divin), enseignant ce faisant implicitement, et dans son enseignement exprès, en tant qu’il atteste qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation. Il faut ici ajouter que le magistère ordinaire transmet infailliblement toutes les vérités contenues explicitement dans la Révélation et toutes les vérités crues implicitement, ainsi que toutes les vérités qui ont déjà fait l’objet d’une définition par les conciles et par les papes.

“Pour déclarer de mieux en mieux l’état de la question, permettez-moi […] de rappeler comment l’infaillibilité s’exerce dans l’Eglise. De fait, nous avons deux témoignages de l’Ecriture sur l’infaillibilité dans l’Eglise du Christ, Luc XXII : J’ai prié pour toi etc., paroles qui concernent Pierre sans les autres ; et la finale de Matthieu : Allez, enseignez etc., paroles qui sont dites aux apôtres mais non sans Pierre, pour utiliser les mots d’Innocent III […]. Il y a donc un double mode d’infaillibilité dans l’Eglise ; le premier est exercé par le magistère ordinaire de l’Eglise : Allez, enseignez.

“C’est pourquoi, de même que l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, demeure dans l’Eglise tous les jours ; de même tous les jours l’Eglise enseigne les vérités de foi avec l’assistance du Saint-Esprit. Elle enseigne toutes ces choses qui sont soit déjà définies, soit contenues explicitement dans le trésor de la Révélation mais non définies, soit enfin sont crues implicitement : toutes ces vérités, l’Eglise les enseigne quotidiennement, tant par le pape principalement que par chacun des évêques adhérant au pape. Tous, et le pape et les évêques sont infaillibles dans ce magistère ordinaire, de l’infaillibilité de l’Eglise : ils diffèrent seulement en ceci que les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, par qui ils sont confirmés ; le pape, lui, n’a besoin que de l’assistance du Saint-Esprit à lui promise ; et ainsi il enseigne et n’est pas enseigné, il confirme et n’est pas confirmé. Quelle est la part des fidèles dans cette affaire ? Le même Esprit Saint qui assiste le pape et les évêques enseignant par le charisme d’infaillibilité, donne aux fidèles la grâce de la foi par laquelle ils croient au magistère de l’Eglise. Sur quoi il ne sera pas hors de propos d’observer que le magistère des évêques dépasse en dignité et majesté les fidèles autant qu’un maître infaillible divinement institué est reconnu briller au-dessus de ses disciples. […]

“Même avec l’existence de ce magistère ordinaire, il arrive parfois soit que les vérités enseignées par ce magistère ordinaire et déjà définies soient combattues par un retour à l’hérésie, soit que des vérités non encore définies, mais tenues implicitement ou explicitement, doivent être définies ; et alors se présente l’occasion d’une définition dogmatique, dont il est question à présent.”

Mgr d’Avanzo, au nom de la Députation de la Foi, lors du Concile du Vatican, le 20 juin 1870, in Mansi, Amplissima Collectio Conciliorum, t. LII, 763-764.

Reprenons et répétons : le magistère ordinaire transmet infailliblement toutes les vérités contenues explicitement dans la Révélation et toutes les vérités crues implicitement, ainsi que toutes les vérités qui ont déjà fait l’objet d’une définition par les conciles et par les papes. C’est la raison fondamentale pour laquelle ce même magistère ordinaire est infaillible 1) lorsqu’il atteste expressément qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation, 2) lorsqu’il garantit la conformité des lois et notamment des lois liturgiques avec la divine Révélation, 3) dans ce qu’il approuve tacitement.

C’est la raison pour laquelle le magistère ordinaire ne peut pas contredire les vérités de foi déjà transmises ou déjà définies : il ne peut pas ne pas transmettre infailliblement ces mêmes vérités, à la fois 1) dans ce qu’il enseigne expressément, 2) dans ce qu’il garantit, et 3) dans ce qu’il approuve tacitement.

Or les “papes de Vatican II” et leur église conciliaire, loin de transmettre infailliblement les vérités de la foi dans ce qui devrait être le magistère ordinaire, si les “papes de Vatican II” étaient vrais papes, contredit et contrefait les vérités de la foi, de par les erreurs et hérésies répandues par eux depuis Vatican II. Cette rupture de transmission, cette contrefaçon générale (liberté religieuse, rapport au monde, relations avec les religions non chrétiennes, œcuménisme, définition de l’Église, sources de la Révélation, Tradition vivante, inerrance de la Sainte Ecriture, nouvelle liturgie, définition de la messe, nouvelle théologie du sacerdoce, mariage, nouveau Droit canon, etc.), en tant qu’elle est absolument contraire à l’infaillibilité du magistère ordinaire, là où le magistère ordinaire garantit une infaillible transmission des vérités de la foi, constitue là encore une preuve absolue – par réduction à l’absurde – que les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être de vrais papes, et que la hiérarchie conciliaire ne peut pas être l’Eglise enseignante.

Ce faisant, nous répondons préventivement à une autre théorie-échappatoire développée qui par l’Abbé Gleize, qui par le théologien-en-chef des “bonshommes” d’Avrillé (le Père Pierre-Marie), à savoir : Vatican II n’est pas couvert par l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel et n’avait pas à l’être, étant donné que le magistère ordinaire et universel est exercé par l’épiscopat dispersé uni au pape, alors qu’à Vatican II les évêques étaient réunis en concile avec le (prétendu) pape.

A cela on doit déjà répondre qu’il semble contraire au sens commun que l’épiscopat réuni avec le pape soit incapable d’exercer un magistère ordinaire que ce même épiscopat exerce chaque jour dispersé en union avec le pape.

Mais à supposer que l’objection porte sur ce point (ce que nous ne concédons pas sur le fond), il n’en demeure pas moins que tout ce qui a été enseigné par les évêques réunis avec Paul VI lors des sessions de Vatican II a été dès cette même époque et ensuite constamment enseigné par les évêques dispersés en union avec Paul VI et avec ses successeurs. La théorie-échappatoire en question ne fait que déplacer le problème… qui appelle une seule et unique solution : les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être de vrais papes.

Autrement dit, et pour parler quelque peu trivialement, ce que le Père Pierre-Marie et l’Abbé Gleize tentent de chasser par la porte rentre de toutes les façons par la fenêtre.

Résumons-nous

1. Avrillé consent à reconnaître que le magistère ordinaire est infaillible lorsque, dans l’exercice de ce même magistère, une proposition est déclarée devoir être crue ou tenue “de façon ferme et définitive”…

Or :

a) Le magistère ordinaire est infaillible notamment en tant qu’il atteste qu’une proposition est révélée ou connexe à la Révélation – ce en raison de quoi cette même proposition doit être crue ou tenue “de façon ferme et définitive”.

b) Avrillé induit ses affidés en erreur en occultant la nature des choses, à savoir que c’est le caractère révélé ou connexe à la Révélation d’une proposition qui est infailliblement garanti et qui est la cause du caractère obligatoire de cette même proposition. Le caractère obligatoire d’une chose n’est pas la cause de la vérité de cette même chose ; c’est la vérité de la chose, en tant qu’elle est infailliblement garantie, qui est la cause de son caractère obligatoire.

c) La Déclaration Dignitatis humanae de Vatican II atteste expressément que le (prétendu) droit à la liberté religieuse est révélé ou (à tout le moins) connexe à la Révélation. Si Paul VI avait été pape cette proposition serait donc infailliblement garantit et enseignée. Et il s’ensuivrait nécessairement, de par la nature des choses – même si cela n’a pas été signifié explicitement – que le (prétendu) droit à la liberté religieuse s’imposerait à tous les fidèles comme devant être cru ou tenu “de façon ferme et définitive”.

C’est d’ailleurs sur ce fondement que l’Espagne franquiste changea sa propre Constitution en 1967 : parce que, Paul VI étant regardé comme pape et (conséquemment) Vatican II comme concile œcuménique, le (prétendu droit) à la liberté religieuse devait conséquemment s’imposer dans la catholique Espagne. C’est aussi la raison pour laquelle toutes les fraternités et communautés traditionalistes ralliées à l’église conciliaire se voient immanquablement contraintes, les unes après les autres, à accepter le (prétendu) droit à la liberté religieuse.

d) Puisque le (prétendu) droit à la liberté religieuse de Vatican II a déjà été solennellement condamné par le pape Pie IX comme contraire à la Révélation, il est absolument certain que Paul VI, qui aurait dû ce faisant, s’il avait été pape, engager l’infaillibilité du magistère ordinaire et universel en promulguant Dignitatis humanae, ne pouvait pas être pape.

2. Avrillé “oublie” de rappeler que le magistère ordinaire est plus largement infaillible dans la transmission de toutes les vérités touchant à la foi qui ont déjà été transmises ou qui ont déjà été définies, de telle sorte que le magistère ordinaire ne peut pas contredire ou contrefaire ces mêmes vérités.

a) Or les “papes de Vatican II” et leur église conciliaire, loin de transmettre infailliblement les vérités de la foi dans ce qui devrait être le magistère ordinaire, si les “papes de Vatican II” étaient vrais papes, contredit et contrefait ces mêmes vérités de la foi, de par les erreurs et hérésies répandues par eux depuis Vatican II.

b) Il y a là une rupture de transmission, une contrefaçon générale : liberté religieuse, rapport au monde, relations avec les religions non chrétiennes, œcuménisme, définition de l’Eglise, sources de la Révélation, Tradition vivante, inerrance de la Sainte Écriture, nouvelle liturgie, définition de la messe, nouvelle théologie du sacerdoce, mariage, nouveau Droit canon, etc.

c) Une telle rupture de transmission, une telle contrefaçon générale est absolument contraire à l’infaillibilité du magistère ordinaire, là où le magistère ordinaire garantit une infaillible transmission des vérités de la foi. Il y a là encore une preuve absolue – par réduction à l’absurde – que les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être de vrais papes, et que la hiérarchie conciliaire ne peut pas être l’Église enseignante.

3. Avrillé “oublie” de rappeler clairement que parmi les vérités à tenir “de façon ferme et définitive”, il y a la garantie que les lois de l’Église et sa pratique liturgique ne peuvent pas être contraires à la divine Révélation – cf. la condamnation solennelle de la 78e proposition du synode de Pistoie par le pape Pie VI.

a) Cette garantie ressortit elle aussi à l’infaillibilité du magistère ordinaire (cf. Cartechini).

b) Or la nouvelle liturgie de Paul VI et le nouveau Code de Droit canon de Jean-Paul II sont l’un et l’autre hétérodoxes – relativement à la divine Révélation. Il s’ensuit nécessairement que les promulgateurs de cette nouvelle liturgie et de ce nouveau Code, ainsi que leurs successeurs qui les maintiennent, ne peuvent pas être de vrais papes.

c) Avrillé tente d’échapper à cette nécessaire conclusion en argüant que seul ce qui est imposé (en ces matières disciplinaires et liturgiques) se trouve couvert par l’infaillibilité, et en argüant que ni la nouvelle liturgie, ni le nouveau Code n’ont été respectivement imposé par Paul VI et Jean-Paul II. Or cela est notoirement faux pour ce qui concerne le Code de Jean-Paul II. Et à supposer que Paul VI se soit contenté de permettre sa nouvelle liturgie, il est absolument certain (cf. Cartechini), à la suite de l’enseignement notamment du pape Grégoire XVI, que l’infaillibilité de l’Église garantit non seulement ce qui est imposé, mais aussi ce qui est permis en matière liturgique. Donc, même dans l’hypothèse la plus favorable aux échappatoires d’Avrillé, la nouvelle messe aurait dû être infailliblement garantie contre toute hétérodoxie si Paul VI avait été vrai pape.

4. Autre fâcheux “oubli” des “bonshommes” d’Avrillé : l’infaillibilité du magistère ordinaire dans ce qu’il approuve tacitement.

a) Or non seulement les erreurs et hérésies de Vatican II, mais bien d’autres hérésies encore se répandent pacifiquement dans l’église conciliaire sans que les “papes de Vatican II” sévissent en quoi que ce soit là contre, à quelques rares exceptions près (notamment Hans Küng, qui a été bien faiblement sanctionné, si l’on ose dire).

b) Dans le même mouvement, la grande masse des baptisés qui sont soumis aux “papes de Vatican II” et à leurs fondés de pouvoir mitrés ne professent plus la foi catholique, notamment pour ce qui regarde les vérités de foi parfois (ou souvent) les plus fondamentales. Que l’on pense par exemple à cet article de foi qui est l’Enfer éternel pour les damnés… De cela, maintes enquêtes d’opinion en ont administré la preuve la plus éclatante depuis plus de quarante ans, sinon depuis cinquante ans. On connaissait les croyants non pratiquants. Sous la férule de l’église conciliaire il y a maintenant les pratiquants non croyants.

Autant de preuves que les “papes de Vatican II” ne peuvent pas être papes. Autant de preuve que les hiérarques conciliaires ne constituent pas l’Église enseignante.

II – La présente vacance du Saint-Siège, à la lumière de la doctrine commune sur la question dite du “pape hérétique”

Sous un autre rapport, ces épiscopes et “papes de Vatican II” ne peuvent pas être nos évêques et nos papes, étant donné qu’ils professent publiquement plusieurs hérésies, qu’ils ne professent donc plus la foi catholique, et ceux qui ne professent plus (publiquement) la foi catholique ne sont plus membres de l’Eglise catholique, et qu’”il serait absurde de prétendre qu’un homme exclu de l’Église ait quelque autorité dans l’Eglise.” (Léon XIII, Encyclique Satis Cognitum, 29 juin 1896), l’office suprême du Souverain Pontife ne faisant pas exception à la règle :

“Par tacite renonciation admise par le droit lui-même, tout office devient vacant par le fait même et sans aucune déclaration, si le clerc […] 4° défaille publiquement de la foi catholique

Code de Droit Canon, canon 188, § 4.

Un pape manifestement hérétique a cessé de lui-même d’être le pape et la Tête, de la même façon qu’il a cessé d’être chrétien et membre du Corps de l’Eglise ; et pour cette raison il peut être jugé et puni par l’Eglise.”

S. Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, II, 30.

“Canon 221. S’il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge, ni l’acceptation des cardinaux ni aucune autre acceptation n’est nécessaire à la validité de cette renonciation.

“Le pape saint Célestin renonça au souverain pontificat, en 1294. Son successeur Boniface VIII déclara à ce sujet : Après avoir délibéré de cette question avec les cardinaux de la sainte Eglise […] nous statuons et décrétons, de par notre autorité apostolique, que le Pontife romain peut librement résigner ses fonctions.

“De plus le pouvoir du pape cesserait par suite de démence perpétuelle ou d’hérésie formelle. Dans le premier cas, le pape étant incapable de faire un acte humain, serait par conséquent incapable d’exercer sa juridiction. L’aide d’un vicaire ne pourrait y suppléer, puisque l’infaillibilité et la primauté de juridiction ne peuvent pas être déléguées.

“Le second cas, d’après la doctrine la plus commune, est théoriquement possible, en tant que le pape agirait comme docteur privé. Etant donné que le Siège suprême n’est jugé par personne (can. 1556), il faudrait conclure que, par le fait même et sans sentence déclaratoire, le pape serait déchu.

Chanoine Raoul Naz (sous la direction de), Traité de Droit canonique, t. I, pp. 376-377.

“Canon 219. Le pontife romain, légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction.

[…]

“Sont éligibles tous ceux qui, de droit divin ou ecclésiastique, ne sont pas exclus. Sont exclus les femmes, les enfants, les déments, les non baptisés, les hérétiques et les schismatiques.”

Chanoine Raoul Naz (sous la direction de), Traité de Droit canonique, t. I, pp. 375.

Rappelons à la cohorte des sourcilleux qui, sous prétexte d’ignorance présumée chez nos modernes modernistes, ne veulent plus voir d’hérétiques nulle part, que dans l’Eglise catholique, au for externe, c’est la pertinacité qui est présumée, notamment en pareille matière (l’hérésie), et non pas l’ignorance :

“Est requise la pertinacité de la volonté, laquelle consiste en ce que quelqu’un, soit par orgueil, vaine gloire, esprit de contradiction ou toute autre cause, nie ou met en doute quelque article de foi, qu’il sait être proposé par l’Eglise à croire en tant que divinement révélé.

“C’est pourquoi, quelqu’un qui nie de bonne foi ou met en doute par ignorance une vérité que l’Eglise enseigne devoir être tenue comme un dogme de foi divine et catholique, est hérétique matériel seulement, non formel.

“Néanmoins, en raison de la norme énoncée dans le canon 2200 § 2, devant l’expression externe d’une négation ou d’un doute d’un dogme de foi, l’hérésie est toujours présumée formelle au for externe, jusqu’à ce que le contraire soit prouvé.”

R.P. Beste, Introductio in Codicem, 3e éd., 1946, p. 662.

Quand il y a profession externe d’une erreur doctrinale [en matière de foi divine et catholique] le canon 2200 § 2 établit une présomption d’hérésie, jusqu’à preuve du contraire, c’est-à-dire qu’on présume alors la pertinacité, à moins qu’il existe des raisons sérieuses de penser qu’elle n’existe pas.”

R.P. Bride, article “Hérésie”, in encyclopédie Catholicisme, t. V, 1962, col. 643.

“1. On appelle dol la volonté délibérée de violer la loi. Deux éléments s’y opposent : du côté de l’intelligence le manque de connaissance, et du côté de la volonté le manque de liberté. 2. Devant une violation externe de la loi, le dol est présumé au for externe jusqu’à ce que le contraire ait été prouvé.”

Code de Droit canon, canon 2200, §§ 1 et 2.

Dès lors que la profession de l’hérésie par les hiérarques de Vatican II est externe, ces derniers doivent donc être présumés hérétiques formels au for externe (même si d’aventure ils étaient seulement hérétiques matériels au for interne). Et dès lors que l’hérésie est professée publiquement par ces mêmes hiérarques, ces derniers sont et doivent être tenus comme des hérétiques publics, donc comme des personnes qui ne sont plus membres de l’Eglise catholique.

“Seuls sont réellement à compter comme membres de l’Eglise ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui d’autre part ne sont pas pour leur malheur séparés de l’ensemble du Corps, ou n’en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l’autorité légitime.”

Pie XII, Encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943.

Voilà pourquoi il est absurde de prétendre que les catholiques qui professent la vacance du Saint-Siège et des sièges épiscopaux se séparent de l’Eglise. Ce ne sont pas les dénommés sédévacantistes qui se séparent de l’Eglise. Ce sont les conciliaires, au premier rang desquels Paul VI et ses successeurs, modernistes occultes avant Vatican II devenus modernistes publics avec ce même Vatican II, qui se sont séparés en masse de l’Eglise catholique en professant publiquement l’hérésie, et en cessant par conséquent de professer la foi catholique. Cessant d’appartenir à l’Eglise, Paul VI a cessé ipso facto d’être pape, et ses successeurs, pour le même motif, ne pouvaient pas être validement élus au Souverain Pontificat.

“Quant au pouvoir de juridiction, il est conféré par simple investiture humaine. Ce pouvoir ne demeure pas immuable. Et il ne subsiste pas chez les schismatiques et les hérétiques.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, IIa-IIae, qu. 39, art. 3.

“Car il serait absurde de prétendre qu’un homme exclu de l’Eglise ait quelque autorité dans l’Eglise.”

Léon XIII, Encyclique Satis Cognitum, 29 juin 1896.

Pour autant le Siège Apostolique demeure, l’Eglise Romaine demeure. En effet, une telle vacance du Saint-Siège, même prolongée pendant des décennies, ne pose pas les problèmes canoniques et théologiques que les “bonshommes” d’Avrillé et plus largement les lefebvristes veulent absolument y voir. L’Abbé Coache nous l’expliquait dès 1972 :

“Le Saint-Siège – ou Siège apostolique – est une personne morale de droit divin (can. 100). Il est donc une institution en elle-même, voulue par Notre-Seigneur.

“Cette personne morale est distincte de l’Eglise catholique. Elle est aussi distincte, in se, de la personne du Pape, quoique souvent, in praxi, les deux se confondent car le Pape incarne le Saint-Siège – ex. can. 61 ou 2317 – ; mais le can. 7 précise bien que le nom de Saint-Siège englobe les organismes du gouvernement de l’Eglise.

Le Siège apostolique, distinct de l’Eglise universelle, distinct juridiquement de la personne du Pape, représente la permanence de l’Autorité pontificale romaine : il est “la permanence de l’autorité centrale dans l’Eglise, quels que soient les changements susceptibles de se produire dans les personnes qui l’exercent. Le pouvoir, en effet, est attaché à la FONCTION, non à l’individualité du fonctionnaire. D’où il suit que l’autorité souveraine est attachée à la dignité pontificale et survit à la disparition des personnes qui en sont revêtues. C’est ce que notait Jean d’André : “TENENS PAPATUM VEL DIGNITATEM EST CORRUPTIBILIS, PAPATUS TAMEN DIGNITAS VEL IMPERIUM SEMPER EST”, c’est-à-dire “celui qui détient la papauté est corruptible (caduc), mais la dignité et l’autorité de la Papauté demeurent toujours”” (Dictionnaire de Droit Canonique, VII, col. 837-838, R. Naz).

“Ainsi le Saint-Siège est une personnalité (morale) d’institution divine autonome, indépendante, permanente et infaillible. C’est la permanence de l’autorité de l’Eglise de Rome, autorité souveraine sur l’Eglise universelle.

“Expliquons-nous bien : le Saint-Siège est incarné (pratiquement et au sommet) par le Souverain Pontife qui, normalement, en sa personne physique, lui est supérieur. On peut en appeler du Saint-Siège (Congrégations romaines) à la personne du Pape, le contraire n’étant pas admissible. Par contre, le Saint-Siège – en raison même de la Tradition concrétisée par la succession des Papes – apparaît comme le garant de l’orthodoxie de l’Eglise de Rome, du diocèse de Rome, et donc de son Chef. Si celui-ci s’écarte de cette Tradition, le Saint-Siège le “juge”, non pas en tant qu’Autorité mais comme exprimant la Vérité intangible assurée par les Papes antérieurs.

“Une personne morale de droit ecclésiastique est de nature perpétuelle (can. 102), c’est-à-dire qu’elle ne peut disparaître que par la volonté explicite et légitime de l’autorité compétente ; elle va même jusqu’à posséder une survie cent ans si elle cesse de facto d’être en exercice [En note : C’est-à-dire que si elle cesse en fait pendant 99 ans, ses droits demeurent dans ses membres, ses biens et ses capacités ; elle peut donc ressusciter sans que l’autorité supérieure s’y oppose a priori.]. Une personne morale de droit divin ne peut pas mourir ; l’Eglise peut donc rester très longtemps sans Pape, le Saint-Siège est toujours vivant avec la permanence de l’autorité papale. Pour être moins abstrait et plus facilement compris du lecteur, disons que l’Autorité de Pierre demeure en tout ce qui l’exprime authentiquement (dans le passé et le présent), à travers les Documents de la Sainte Eglise, sa Tradition, à travers les Congrégations romaines, le Collège cardinalice… [Note de Nicolas Magne : De fait, nous sommes présentement privés des Congrégations romaines et du Collège cardinalice, qui sont simplement de droit ecclésiastique, et pas de droit divin comme le Saint-Siège, sa foi et sa tradition.]…

“Le Pape, lui, de droit divin aussi, peut mourir (il y en a 264 qui sont morts !) ou mourir moralement (démission, folie, hérésie). L’autorité du Saint-Siège ne meurt pas.

“Le Pontife romain, incarnant le Saint-Siège avec son pouvoir monarchique, discrétionnaire [En note : Terme juridique qui marque l’initiative du gouvernement… et non sa fantaisie !], personnel, universel et immédiat, est tenu, comme tout chef de personne morale, par les “statuts” de celle-ci, in casu, le Droit divin et la Foi ; il est limité par eux ; s’il s’en écarte, il défaille à sa fonction.

Abbé Louis Coache, Docteur en Droit canonique, “Les Pouvoirs du Prêtre, petit essai”, supplément au n. 27 de la revue Forts dans la Foi, 3 septembre 1972, pp. 26-28.

III – La permanence de l’Église catholique, qui est aujourd’hui éclipsée – une situation qui, à la lumière de l’Écriture et de la Tradition, ne doit pas nous surprendre

Et pour autant, l’Église catholique demeure, en ses fidèles et en ses ministres qui, depuis cette catastrophe qui a nom Vatican II, ont continué de professer la foi catholique, de pratiquer le culte traditionnel, de recevoir les sacrements selon les rites reçus de la tradition de l’Église, et de se soumettre aux lois ecclésiastiques reçus de cette même tradition. Certes, il s’agit là du petit troupeau, de “l’Église éclipsée” annoncée par la Sainte Vierge à La Salette, en écho aux prophéties de l’Apocalypse, notamment au chapitre IX, versets 1 et 2, qui selon l’enseignement des Pères et des Docteurs parle en cet endroit de l’Église “obscurcie” par une contrefaçon d’Église.
* * *
Saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Évangile selon saint Matthieu, XXIV, 29 :
“Alors en effet, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière [Mt. XXIV, 29] parce que l’Église n’apparaîtra plus, tandis que les impies persécuteurs séviront outre mesure. Alors des étoiles tomberont du ciel et les vertus des cieux seront ébranlées, parce que beaucoup qui semblaient resplendir par la grâce de Dieu cèderont aux persécuteurs et chuteront, et même les fidèles les plus fermes seront troublés.”
 * * *
 Saint Ambroise, in Apocalypse, IX, 1 :
Et je vis une étoile tombée du ciel en la terre [Apoc. IX, 1]. Par cette étoile sont désignés les hérésiarques, car de même que les étoiles brillent dans le ciel, de même ceux-ci, avant qu’ils tombent, brillaient dans l’Église par la doctrine et la sagesse. Elle tombe du ciel en la terre, en tant que, coupés de l’Église, ils s’associent au corps des réprouvés signifié par la terre.”
* * *
Saint Augustin, in Apocalypse, IX, 1-2 :
“Cette étoile est le corps d’un grand nombre tombant par les péchés. L’étoile tombée du ciel en la terre est donc le peuple pécheur ayant chuté de l’Eglise. […] Elle ouvrit le puits de l’abîme [Apoc. IX, 2], c’est-à-dire il a manifesté ce qu’il avait dans son cœur sans la moindre crainte ou pudeur de pécher. Et une fumée monta du puits [id.]. Du peuple s’éleva ce qui couvre et obscurcit l’Église, au point qu’il dise : Et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits. Il dit le soleil obscurci, non tombé, car les péchés des hommes mauvais et orgueilleux qui sont commis partout à travers le monde obscurcissent le soleil, l’Église, et jettent en même temps l’obscurité sur les saints et les justes, en tant que le nombre des mauvais est si élevé que les bons n’apparaissent presque pas au milieu d’eux.”
* * *
 Saint Thomas d’Aquin, in Apocalypse, IX, 2 :
“Et la fumée monta du puits. Il montre ici un triple effet : 1° la production de sa doctrine dépravé ; 2° l’obscurcissement de la vraie doctrine ; 3° la multiplication des faux prédicateurs, qui seront les précurseurs de l’Antéchrist, dont il est ici question sous le nom de sauterelles. […] Et le soleil fut obscurci. Tel est le deuxième effet de la puissance diabolique, l’obscurcissement de la vraie doctrine. Car le soleil signifie les docteurs catholiques illuminant les autres de la connaissance du vrai et les enflammant à l’amour du bien ; l’air, ceux qui sont éclairés. Ces deux catégories seront obscurcies par la fumée de la fournaise, la doctrine dépravée de l’Antéchrist et de ses précurseurs, en tant que la vraie doctrine ne sera plus considérée, sera même répudiée par beaucoup comme fausse. D’où ce qui est dit en Job [ILI, 21] : Sous lui seront les rayons du soleil, et il s’étend sur l’or comme sur la boue. C’est ce qui est dit ici : le soleil et l’air furent obscurcis, c’est-à-dire en raison de la doctrine dépravée, leur doctrine sera dépréciée au profit de la nouvelle doctrine des pseudo prédicateurs. Il semble que cela arrive déjà en ce temps, car aujourd’hui la nouveauté plaît davantage que la vérité, et l’on écoute plus volontiers une vaine subtilité, qui provoque l’admiration, que l’utile vérité qui conduit à la componction. D’où : Viendra un temps où ils ne supporteront plus la saine doctrine, mais multiplieront les maîtres selon leurs désirs, en la démangeaison de leurs oreilles, ils se détourneront de l’écoute de la vérité, mais se tourneront vers des fables [Tim. IV, 3 ss.]. Ou encore cela est dit parce que beaucoup de ceux-ci et de ceux-là, parmi les plus grands et les plus petits, seront trompés par la doctrine dépravée des mauvais sous l’instigation du diable et, sans plus faire cas de la saine doctrine du Christ, s’empresseront de suivre les précurseurs de l’Antéchrist.”
* * *
On peut également citer le commentaire de saint Augustin sur le chapitre XIII de l’Apocalypse :
Saint Augustin, Homélie XI sur l’Apocalypse, XIII :
Mais elle parlait comme le dragon, c’est là cette assemblée qui sous le nom chrétien présente l’Agneau, afin d’infuser de manière cachée le venin du dragon, c’est là l’Église hérétique. Car elle n’imiterait pas la ressemblance de l’Agneau si elle parlait ouvertement : à présent, elle feint l’identité chrétienne pour tromper plus sûrement ceux qui n’y prennent point garde. C’est pourquoi le Seigneur a dit : Prenez garde aux faux prophètes [Mt. VII, 15].”
* * *
Les fidèles et ministres sédévacantistes constituent la partie du troupeau qui veut garder les yeux grands ouverts sur la réalité de l’apostasie publique des “hommes en blanc” présentés abusivement comme papes, et qui continuent à professer l’intégralité de la doctrine catholique et de la foi catholique relativement à l’infaillibilité du magistère et au Primat de juridiction du pape.

IV – Existe-t-il une église lefebvriste ?

En effet, on est légitiment en droit de se demander si ceux qui ont conservé la messe traditionnelle et des pans entiers de la doctrine catholique tout en s’obstinant, par différentes manipulations doctrinales, à reconnaître comme papes les hérétiques publics en chef, professent encore la foi dans le Primat de juridiction du Souverain Pontife. Comment peut-on encore professer ce dogme de foi défini (le Primat de juridiction du pape) quand on se soustrait concrètement et délibérément à la (présumée) juridiction de celui qu’on s’obstine à regarder comme pape. Soustraction d’obédience qui se caractérise comme suit : exercice d’un ministère en marge des (présumés) évêques nommés par le (présumé) pape, ordinations sans être incardinés par les (présumés) évêques nommés par le (présumé) pape, sacres d’évêques contre la volonté du (présumé) pape, professions religieuses en dehors de toute relation hiérarchique avec les (présumés) supérieurs majeurs dans l’obédience du (présumé) pape, rejet des enseignements, des lois et des rites promulgués par les (présumés) papes, insoumission concrète et caractérisée à leur endroit, et dans tous les domaines qui relèvent de l’exercice de leur charge, etc.

“Nous enseignons donc et Nous déclarons que l’Eglise Romaine, par l’institution divine, a la principauté de pouvoir ordinaire sur toutes les autres églises, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife Romain, vraiment épiscopal, est immédiat ; que les pasteurs et les fidèles, chacun et tous, quels que soient leur rite et leur rang, lui soient assujettis par le devoir de la subordination hiérarchique et d’une vraie obéissance, non seulement dans les choses qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui appartiennent à la discipline et au gouvernement de l’Eglise répandue dans tout l’univers ; de sorte que, gardant l’unité soit de communion, soit de profession d’une même foi avec le Pontife Romain, l’Eglise du Christ est un seul troupeau sous un seul pasteur suprême. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont nul ne peut dévier sans perdre la foi et le salut. […]

“Si donc quelqu’un dit que le Pontife Romain n’a qu’une charge d’inspection ou de direction et non un pouvoir plénier et souverain de juridiction sur toute l’Eglise, non seulement en ce qui touche à la foi et aux mœurs, mais encore à ce qui touche à la discipline et au gouvernement de l’Eglise répandue dans le monde entier, ou qu’il n’a qu’une part plus importante, et non la plénitude totale de ce pouvoir suprême ; ou que son pouvoir n’est pas ordinaire ni immédiat sur toutes et chacune des églises comme sur tous et chacun des pasteurs et des fidèles, qu’il soit anathème.

Concile du Vatican, Constitution dogmatique Pastor Aeternus, 18 juillet 1870.

“Il est en effet aussi contraire à la Constitution divine de l’Eglise qu’à la Tradition perpétuelle et constante que quelqu’un puisse prouver la catholicité de sa foi et s’appeler véritablement catholique lorsqu’il n’obéit pas à ce Siège Apostolique.”

Pie IX, Encyclique Quartus supra, 6 juin 1873.

Comment concilier l’obstination des communautés lefebvristes à reconnaître pour papes les “papes de Vatican II”, leur agir concret consistant à se soustraire en tout à l’obédience de ces mêmes “papes de Vatican II”, et la profession dogme de foi défini qui est le Primat de juridiction du pape ? C’est radicalement inconciliable. Autrement dit, la position qui a été embrassée par la puis les communautés lefebvristes, précisément lorsque Mgr Lefebvre a explicitement rejeté la solution sédévacantiste (en novembre 1979), cette position donc se trouve tout à la fois frappée par la marque du schisme, et par celle de l’hérésie. Position schismatique, en tant que les communautés lefebvristes se soustraient concrètement à l’obédience de ceux qu’elles s’obstinent à reconnaître pour papes. Position hérétique, en tant que l’agir concret des communautés lefebvristes implique la non-profession du Primat de juridiction du pape, qui est un dogme de foi.

De telle sorte que, dans la crise apocalyptique de l’heure présente, l’Eglise catholique se trouve obscurcie et éclipsée, non seulement par l’église conciliaire, qui est l’église hérétique dont parle saint Augustin, mais par ce qui ressemble bel et bien à une église lefebvriste. Quoi qu’il faille désormais parler d’églises lefebvristes au pluriel, depuis la scission williamsonienne qui a (au moins) dédoublé cette même église lefebvriste.

Dieu veuille leur ouvrir les yeux.

L’Église catholique, abandonnée par la plupart des hiérarques passés avec armes et bagages à l’hérésie, réduite à l’état de petit troupeau, privée de Souverain Pontife pendant des décennies – ce qui ne pose absolument pas les problèmes théologiques et canoniques que nous disent les lefebvristes (cf. la citation de l’Abbé Coache) – cette toujours sainte Église catholique (une, sainte et apostolique dans la profession de la foi et dans la pratique des sacrements de la foi) se trouve présentement éclipsée par l’astre spirituellement mort de l’église hérétique qu’est l’église conciliaire. L’église conciliaire singe le langage de l’Agneau, mais parle en réalité le langage du dragon. Elle singe le langage de l’Agneau, et donc passe pour l’Église catholique au regard des mondains et des incrédules de tous poils. Ce pourquoi elle éclipse l’Église catholique. Elle parle en réalité le langage du dragon, et donc engage les masses dans la voie de l’apostasie et prépare le règne de l’Antéchrist. L’église lefebvriste et ses clones “Ecclesia Dei” éclipsent eux aussi la vérité et rallient des pans entiers du petit troupeau à l’église hérétique des précurseurs de l’Antéchrist. Voilà la situation. Elle est à pleurer. Et c’est bien pour ça que Notre Dame est apparue d’abord à La Salette comme “Celle qui pleure”.

P.S. : Les citations de commentaires sur l’Apocalypse sont tirées des travaux de l’Abbé Vincent-Marie Zins.

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