L’augustinisme ou l’absence de distinction entre philosophie et théologie

1) De la nécessité de distinguer les Ordres naturel et surnaturel.
«Le père Pierre Mandonnet (1858-1936) est un dominicain, auteur de référence de la théologie thomiste et historiographe de la philosophie médiévale. (…) L’Augustinisme y est défini comme l’absence d’une distinction formelle entre le domaine de la philosophie et de la théologie, c’est-à-dire entre l’ordre des vérités rationnelles et celui des vérités révélées.»
Stageiritès – Évoquant le livre du père «Siger de Brabant et l’Averroïsme latin au XIIIe siècle, chapitre «De l’action d’Aristote sur le mouvement intellectuel médiéval» (1ère éd. 1899 ; 2e éd 1908 et 1911).
Saint Thomas quand à lui, était sans doute plus théologien que philosophe, mais il distinguait cependant parfaitement les deux. La philosophie doit d’ailleurs rester complémentaire avec la théologie, et inversement, les deux se complètent sans jamais s’opposer, mais leurs vérités sont simplement  d’une autre nature.
«Voici d’ailleurs, à titre de renseignement provisoire, la physionomie générale de l’Augustinisme philosophique médiéval : absence d’une distinction formelle entre le domaine de la philosophie et de la théologie, c’est-à-dire entre l’ordre des vérités rationnelles et celui des vérités révélées.
Quelquefois, les deux ordres sont fusionnés pour constituer une sagesse totale, en partant de ce principe que les vérités possédées par les anciens philosophes sont le résultat d’une illumination divine, et qu’à ce titre elles font partie de la révélation totale.
D’autres fois, les domaines de la philosophie et de la théologie sont affirmés comme distincts de droit, mais on n’arrive pas de fait à assigner un principe capable de sauvegarder cette distinction.
Même tendance d’ailleurs à effacer la séparation formelle de la nature et de la grâce.»
Père Pierre Mandonnet.
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 2) La doctrine augustienne ou augustiniste ?
Ce qui vaut le qualificatif d’augustinien est de s’intéresser à la pensée de saint Augustin elle-même. L’augustinisme est ce qui comprend également les disciples qui ont voulu reprendre, perpétrer et parfois développer la pensée de ce Père de l’Église kabyle remontant à l’antiquité. Certains théologiens ont estimés que les seconds étaient des «pseudo augunistiens», mais le saint lui-même était influencé fortement par l’école platonique (Platon, philosophe antique de la Grèce classique). Ainsi, cette absence formelle de distinction entre temporel et spirituel n’est pas forcément totalement étrangère à la scolastique (dogmes catholiques issues de la période médiévale), mais constitut un manquement.
«C’est Platon qui mêle les mythes religieux à sa philosophie, et plus encore le néo-platoniste Alexandrin, qui n’est qu’un syncrétisme philosophico-religieux, qu’il faudrait faire disparaître de l’histoire de la philosophie.»
Stageiritès.
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3) La réponse du thomisme.
Il est bon de rappeler au passage que saint Thomas d’Aquin en son temps, «militait» contre les disciples de saint Augustin justement à propos de ces thèses. Comme quoi «l’opinion» des théologien peut parfois faire l’objet de débat, bien que le «docteur commun de l’Église» aide à y voir plus clair dans cette affaire.
 
L’estime de la philosophie grecque est plus tournée vers Aristote que vers Platon dans le corpus thomiste tandis que la scolastique à tendance platonicienne et augustinienne a déclaré un mépris souverain de tout ce qui peut relever de la science profane (non directement divine).
«Cette accusation (confusion du temporel et du spirituel), qui a un fondement réel chez les théologiens augustiniens, n’a plus de raison d’être à l’égard de l’école thomiste, chez laquelle l’objet de la science et celui de la foi sont strictement définis et déclarés irréductibles l’un à l’autre, et les traités de science pure exécutés sans toucher jamais à une question théologique.»
Père Pierre Mandonnet.
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4) Action directe de Dieu en tout, ou comment corrompre la Nature et gratuité de la Grâce.
«Dans le domaine même des doctrines, l’augustinisme médiéval professe la prééminence de la notion du bien sur celle du vrai, et tend à définir la seconde par la première ; il maintient une primauté analogue de la volonté sur l’intelligence, dans Dieu et dans l’homme. Dieu est, en conséquence, conçu comme le souverain bien de préférence à l’être premier et nécessaire ; son attribut radical est la bonté ou l’amour. C’est par l’acte de la volonté que l’homme atteint Dieu et, par suite, sa fin et sa béatitude dernière. De son côté, l’intelligence humaine n’accomplit son opération que sous l’action illuminatrice et immédiate de Dieu ; et c’est dans les règles éternelles et la lumière immuable de la science divine, qu’elle trouve le fondement de la certitude de sa connaissance. Cette prééminence accordée à la vie affective sur la vie intellectuelle d’une part, et la tendance, de l’autre, sinon à voir tout en Dieu du moins à faire appel à son action illuminatrice directe, constituent la base générale du mysticisme historique.»
Père Pierre Mandonnet.
Les auteurs surnaturalistes (tombant dans le prophétisme, le fatalisme ou encore le cléricalisme…) sont là prient biais en tête, tel Joseph de Maistre ou encore le Marquerie de la Franquerie. La source de cette erreur surnaturaliste vient une fois de plus d’un manque de distinction entre l’âme et le corps, bien que les deux soient également lié, non totalement séparé.
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