Enrico Corradini, la naissance du nationalisme italien

Le contexte :

Le nationalisme italien, en tant que mouvement politique, est né à Florence, le 3 décembre 1910, avec la constitution de l’Associatione Nazionalista Italiana. Pour le comprendre, il faut cependant revenir à la défaite de la bataille éthiopienne d’Adoua en 1896 qui met fin aux espoirs de la participation italienne aux conquêtes coloniales, à un moment ou le pays connaît un problème d’émigration et doit impérativement résoudre la question démographique. Le nationalisme italien réclame ainsi, dès le départ, « l’autorité de l’État pour empêcher la désagrégation et la guerre pour réassumer les fins historiques du Risorgimento et commencer une nouvelle phase de puissance et de prestige italiens dans le monde ». Un nationalisme impérialiste donc, position revendiquée par l’Associatione Nazionalista Italiana qui entend concilier « l’idée nationaliste et impérialiste et [les] principes du syndicalisme révolutionnaire » et comprenant en outre « l’anti-bourgeoisisme ».

Afficher l'image d'origine

L’hebdomadaire Idea Nazionale, synthèse des revendications nationalistes italiennes :

L’Idea Nazionale, comprenant notamment Corradini dans son comité de rédaction, se proposait de : 1) rappeler les Italiens au sentiment et à la connaissance du génie de Rome et de l’Empire; 2) libérer la culture universitaire de l’imitation étrangère; 3) réveiller le sens et l’autorité de l’État en s’opposant à l’action désagrégatrice des partis et des classes et à l’individualisme chronique des Italiens; 4) relever le prestige de la monarchie et considérer l’Église comme l’Institut séculaire et glorieux de la vie religieuse nationale et internationale; 5) renforcer l’organisation militaire de l’État; 6) diriger toutes les énergies vers la conquête coloniale en Afrique pour en faire le terrain d’une émigration italienne non servile; 7) combattre dans le parlementarisme et la république maçonnique la corruption et l’extrême décadence des institutions et des forces politiques héritières du Risorgimento; 8) combattre dans le socialisme la perversion de tout un peuple fait ennemi de la patrie et étranger et hostile à l’État; 9) combattre dans la démocratie parlementaire et maçonnique, comme dans le socialisme, deux internationalismes, l’un bourgeois, l’autre prolétarien, mais tous deux ennemis de la Nation; 10) considérer la politique étrangère comme la mission la plus importante de l’État; 11) promouvoir la solidarité de toutes les classes pour arriver à un plus grand bien-être collectif dans la lutte économique et politique entre les nations.

Afficher l'image d'origine

État et Nation chez Corradini :

Corradini définit la nation comme suit : « Sur le territoire, la race forme sa nationalité. Les autres éléments sont la langue, l’histoire, la religion, l’œuvre de la civilisation, les institutions politiques. Tous concourent à la formation. La race apporte ses germes spirituels pour former l’esprit de la nation. Le territoire lui-même selon sa nature, position géographique, terrestre et maritime ou simplement terrestre, selon son extension et sa productivité, est formateur de la race dans sa fonction d’élaboration de la nation qui est de nature spirituelle. La nation est donc dans son corps physique une communauté spirituelle. La nation est une personne spirituelle ». Elle n’est donc pas la somme de toutes les générations qui ont existé, mais leur unité.

L’État est fait pour la discipline et la conduite des énergies productrices, mais sans intervenir dans la gestion des entreprises. Il doit réaliser et maintenir l’unité fondamentale de la nation, afin de la transformer en puissance et de l’agrandir, d’où l’importance accordée par Corradini à la politique étrangère, car « les conditions de vie d’une nation sont liées aux conditions de vie des autres nations ». L’Italie, faisant partie des « nations prolétaires », doit s’affranchir. Le nationalisme « pour toute la nation » est ce que le socialisme représentait pour le seul prolétariat, c’est-à-dire une tentative de rédemption, appelant une nouvelle classe dirigeante et une nouvelle classe de producteurs (terme portant dans le fascisme la notion corporative de l’État). Par ailleurs, Corradini conçoit le nationalisme comme « une forme de vie collective, […] la doctrine de ceux qui considèrent la nation comme la plus vaste unité de la vie collective, comme un vrai et propre individu plus grand ». Il s’oppose à l’idée de lutte des classes, car pour lui « l’État est la nation organique et active » et les classes sont « subordonnées aux fins de la Nation ».

Corradini, traditionaliste, estime que les Italiens ont occulté « la conscience du passé, de la Tradition nationale-romaine »; l’individualisme aurait détruit le lien sacré inter-générationnel. Quant à l’école, elle aurait dû éduquer plus qu’instruire; la famille aussi aurait perdu sa mission (auparavant selon Corradini, « chaque famille était une dynastie et la nation une société de rois »). 1789 serait à l’origine de la rupture de l’équilibre par destruction de la hiérarchie, la Société doit donc être reconstruite avec les Surhommes (Nietzsche) à partir de la Nation, celle-ci étant le fait historique le plus abouti d’un peuple.

Afficher l'image d'origine

Le romantisme fasciste contre le classicisme nationaliste :

Mussolini a évoqué ces empires « qui ne durent pas », mais qui ont du moins « atteint à la grandeur, touché à un sommet » et qui « survivent dans la mémoire des hommes ». Cependant, Michel Vivier parle de « romantisme fasciste », tandis que selon Maurice Barrès le nationalisme est un « classicisme ». Selon Ploncard d’Assac il s’agit d’une première différence, et d’importance, entre les deux écoles.

Information complémentaire : En Italie, le nationalisme s’est réuni au fascisme en 1923 (d’où l’abandon des chemises bleues des premiers pour les chemises noires des seconds).

Afficher l'image d'origine

Citations :

« Deux forces agissent ensemble dans la vie : une force d’association (alliance d’élément de même affinité pour la défense commune) et une force de lutte » (L’ombra della vita).

« Supprimez la lutte et vous supprimez la vie » (L’ombra della vita).

« Détruisez […] le devoir qui naît aujourd’hui de l’oeuvre d’hier, toujours plus vaste, et vous aurez détruit la nation. Vous aurez détruit l’histoire de la nation et il n’en restera plus que la chronique » (L’ombra della vita).

Scriptoblogue

Publicités

Une réflexion sur “Enrico Corradini, la naissance du nationalisme italien

  1. Pingback: La rénovation nationale de Corradini point par point – Deus Vult Actualités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s