L’idée nationaliste au Portugal

L’idée nationaliste au Portugal est une chose très peu connue dans le milieu, même strictement nationaliste en dehors de l’épopée d’Oliveira Salazar, pourtant, la chose est très intéressante à étudier. Une école nationaliste qui est propre au Portugal, mais qui n’empêche pas, loin s’en faut, d’inspirer notre doctrine en France, d’autant qu’il y eut chez eux une forte influence, et même une importation, des idées d’Action française du XXe siècle.

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A – La genèse :

Le terme apparaît au Portugal en 1901. Cependant, dès 1898, l’idée de créer un Centre national catholique (Centro Nacional) aboutit à la publication d’un manifeste par ce dernier. Ayant pour devise « Religion et Patrie », ce centre « aura pour fins de promouvoir les droits et les libertés de l’Église, l’application des principes d’économie sociale chrétienne et la défense de tous les intérêts supérieurs du pays qui, par leur nature, doivent être au-dessus de toutes les luttes et divisions partisanes ». En 1902, ce Centre devient le Parti Nationaliste (Partido Nacionalista). Comme dans le Zentrum (parti politique catholique allemand, 1870-1933) il prend pour devise « Par la Vérité, le Droit et la Liberté! ».

Ce premier nationalisme portugais est proche de l’Action Libérale de Jacques Piou, qui en France tente de grouper les catholiques en un parti, tandis que le second nationalisme sera plus proche de la Patrie Française, tandis que l’Intégralisme lusitanien sera plus dans l’axe de l’Action Française que dans celui de la démocratie chrétienne. A partir de 1903, le Parti Nationaliste n’est plus un parti catholique, mais un parti politique autonome.

B – Un impersonnalisme au service de la nation :

Ce premier nationalisme s’oppose au « personnalisme » et au « partidarisme », c’est en ce sens qu’il est appelé « nationalisme ». Chez Jacinto Candido, le nationalisme « ne se préoccupe pas des personnes », entendues les dirigeants, mais de l’application de la doctrine du gouvernement. Ainsi, la donnée la plus importante du nationalisme de Candido est qu’il « maintient sa caractéristique fondamentale de l’impersonnalisme, c’est-à-dire de la subordination de tous ses membres non à la volonté personnelle d’un chef, mais aux idées et principes qui forment sa doctrine et constituent ses tendances dominantes, ayant pour but, non la consécration de personnalités, mais la défense des grands intérêts de la nation ».

Cette conception est reprise par Opiniao qui critique chez les personnalistes le fait qu’ils soient « toujours rotativistes, c’est-à-dire qu’ils peuvent entrer dans la rotation et toutes leurs préoccupations, tout leur travail, toutes leurs luttes ont cette fin unique ». Le nationalisme prétend donc remplacer les luttes de partis et d’individus par le service de l’intérêt national défini dans un certain nombre de principes.

C – L’application du raisonnement biologique à la sociologie :

Pour Candido, « la force et l’action spontanée de la Nature » obéit « à une loi suprême de conservation et de défense de la vie »; il s’agirait là de l’unique raison de « la résistance efficace des organismes biologiques et leur triomphe sur toutes sortes de principes morbides ». Il en irait donc de même lorsque le corps social est attaqué : il se défend pour la conservation de la vie organique collective. Cette défense n’obéirait pas à un « plan préétabli » mais apparaîtrait d’elle-même, en Biologie comme en Sociologie. C’est par cette analyse que chez Candido la loi suprême de défense « fondait l’apparition du nationalisme dans la vie publique du pays ».

Citations :

« Nous, les nationalistes, nous mettons la nation au-dessus des partis et le parti au-dessus des individus » (Jacinto Candido, Correio Nacional, 20 mai 1903).

« Les grands hommes sont toujours le produit d’une époque, d’une ambiance sociale déterminée, et ce n’est pas de l’indolence et du laisser-aller général que sortira une génération de surhommes » (Marcello Caetano, Naçao Portuguesa, décembre 1928).

« La terre entière frémit d’une vigueur nouvelle sous la germination de la semence glorieuse des nationalismes éternels » (Rolao Preto, Naçao Portuguesa, juillet 1922).

Antonio Sardinha (1888-1925) et l’intégralisme lusitanien :

A – Un monarchisme maurassien aux spécificités portugaises :

L’intégralisme lusitanien (appellation lancée par Luis Braga, inspirée du sous-titre de l’Action Française : « organe du nationalisme intégral »), mouvement opposé à la République Portugaise, est partisan d’une monarchie organique, anti-parlementaire, qui substitue à « l’unité individu », « l’unité corporative », et surtout traditionaliste et nationaliste. Son raisonnement part du régime pour aboutir aux institutions, c’est-à-dire qu’il donne aux organisations de la société l’importance primordiale qu’elle a dans l’échelle des valeurs. Sardinha prédit la « campagne nationaliste » comme « le retour de la société portugaise aux conditions naturelles de sa formation et de son développement », définies dans le même ordre que chez tous les théoriciens nationalistes : la Famille, la Commune, la Corporation, la Province, la Patrie, l’État, explicité comme suit : « Après avoir reconstitué la Famille, groupement fondamental et primaire, dans son intime composition monogamique et territoriale, nous irons à la Commune et à la Corporation. De la Commune et de la Corporation additionnées sur le plan organique dans la Province, sortira la Patrie, servie dans ses fins supérieures par l’action coordinatrice de l’État. Ainsi nous trouverons par les chemins éternels et rajeunis de la Tradition, cet ordre qui est naturel et humain et sans lequel il n’y a ni civilisation, ni existence possible ».

B- Le rôle fondamental de la Tradition dans le couple nationalisme-traditionalisme :

Pour lui, le nationalisme doit cependant être corrigé par le traditionalisme. Il conçoit ce dernier non comme un courant philosophique mais comme une méthode positive d’action et de gouvernement, opposé à la démocratie menant à la dispersion individualiste. Sardinha définit la Tradition comme « la permanence dans le développement » : « La société est une création, et non une construction. Elle n’est pas un mécanisme. Et parce qu’elle est une création, son existence est conditionnée par certaines lois naturelles et c’est de l’action convergente de celles-ci qu’un jour elle est née. Par Tradition, nous devons donc entendre nécessairement l’ensemble des habitudes et tendances qui ont cherché à maintenir la société dans l’équilibre des forces qui lui avaient donné naissance et qui lui ont permis de durer dans la mesure où elle les a respectées. La rompre, c’est couper la séquence héréditaire, c’est rompre les antécédents moraux et sociaux dont nous sommes un maillon ajouté ». Son nationalisme-traditionaliste l’a conduit de manière naturelle à choisir la monarchie comme forme de l’État, meilleur moyen de préserver « les deux éléments naturels » de la Nation : « La Terre et la Race » (équivalent à « La Terre et les Morts » chez Barrès). Enfin, dans une vision plus large, Sardinha expose qu’un nationalisme qui ne serait pas universaliste ne représenterait qu’ « un résidu confus du principe des nationalités fils de la Démocratie et qui aujourd’hui balkanise l’Europe », à moins qu’il ne se transforme rapidement « en exaltation impérialiste perturbatrice ». Comme Maurras, il souhaitait une unité civilisationnelle chrétienne.

Citations :

« Chaque pays se concrétise dans l’individualité incommunicable de son déterminisme. Il n’est pas possible de superposer le passé d’une race au passé d’une autre race » (Naçao Portuguesa, 8 mai 1914).

« Notre nationalisme n’est pas seulement nationalisme, il est tempéré par le traditionalisme qui est l’acceptation des raisons fondamentales de la Patrie avec toutes les lois dérivées de la Race et du Milieu » (Naçao Portuguesa, juillet 1922).

« [La Tradition] me semble caractérisée scientifiquement par rapport à une époque, comme la somme des connaissances et des conquêtes obtenues antérieurement et, aussitôt, sans rupture, ni suspension, communquées à l’époque suivante » (Naçao Portuguesa, janvier 1929).

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Jacques Ploncard d’Assac – Doctrines du nationalisme – Pages 315 à 338 – Extraits.

Source de Scriptoblog

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Une réflexion sur “L’idée nationaliste au Portugal

  1. Il est une référence, c’est le signe vivant que quand tout va mal, quelqu’un peut surgir et balayer la république maçonnique pour revenir aux traditions profondément chrétiennes.

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