Les Postillons du Limousin

Maréchal Pétain la France   C’est l’exemple même d’une expérience, ponctuelle dans le temps et dans l’espace, de lutte entreprise à la fois contre le chômage des jeunes et pour l’amélioration des échanges entre la ville et la campagne, en un temps où tous les moyens de communication ont été perturbés ou détruits.

   Le 20 mai 1941, le Journal Officiel annonce la création, à Limoges, des Postillons du Limousin, mais dès le mois de mars, les quotidiens d’Auvergne ont signalé une expérience similaire à Argentat (Corrèze). Il dut en exister d’autres, puisque la presse régionale évoque le nom de Bellac en Haute-Vienne. De celles-là nous ignorons tout, tandis que la presse hebdomadaire nationale, dès l’été 1941, consacrait, depuis Paris, plusieurs articles aux Postillons du Limousin.

   Le siège est à Limoges (4 boulevard de Fleurus). Cependant, la « ligne » est exploitée de Roumazières à Montbron, sur la départementale 16 qui, dans la partie de la Charente non occupée et administrativement rattachée à la Haute-Vienne, longe la ligne de démarcation. Au total, avec les dessertes de la campagne et les détours, plus de 70 km, divisés par des étapes ou relais à Roussines, Montamboeuf et Mazières.

   C’est un Parisien, Pierre Soubrier qui, grâce à l’appui de la Mission de Restauration Paysanne, a réussi à mettre sur pied le projet ; il a acquis des chevaux – pas toujours très beaux, mais l’acteur Noël-Noël, originaire de Roumazières, a donné Sidonie, l’un des siens. Ils sont attelés à 4, emmenant de vieilles diligences restaurées et des fourgons de cavalerie retapés, peints en jaune et vert. Soubrier a réuni plus d’une centaine de garçons de toutes origines et de tous âges (la moyenne doit se situer autour de 17 ans).

   Au départ de la gare de Roumazières, les commissionnaires appointés parcourent la campagne, apportant ou enlevant les colis dans les fermes. Une moyenne de quatre tonnes par jour transportées par ces attelages conduits par deux jeunes, un cavalier et un cocher-postillon, trois heures par jours sur la route, en alternance, soit le matin, soit l’après-midi. Pas de voyageurs, car l’entreprise eut été trop risquée, bien qu’aucun accident n’ait été signalé.

   À l’entrée du camp de base de Roumazières figure la devise de Bugeaud : « Par l’épée et par la charrue ». Si les jeunes ne possèdent ni armes ni instrument agricole – l’entretien des véhicules et le pansage des chevaux suffit à leur initiation au milieu rural -, ils n’en reçoivent pas moins une formation professionnelle complète qui doit les conduire à une bonne intégration dans le monde de l’artisanat des campagnes. Ainsi, à Montamboeuf, est installée une école de sellerie-bourrellerie, et les stages en alternance au Centre agricole sont obligatoires. Un manège existe à Montbron, destiné à ceux pour qui le cheval n’est pas un animal familier. En effet, parmi les jeunes – cependant à Roumazières, le chef de ligne, et à Montbron, le chef de poste, sont deux anciens combattants de 39-40 -, si l’étudiant en droit côtoie l’écuyer de cirque, on compte nombre de réfugiés sans spécialité dans l’impossibilité de regagner les zones interdites ou refusant de rentrer en Alsace-Moselle, désormais allemande.

Uniforme et insignes

   Ils portent un chapeau « de brousse » gris-bleu, relevé sur le côté gauche à la manière des Boers, un blouson bleu, un pantalon garance tiré des vieux stocks de l’intendance où ils se mitaient depuis 1914, des guêtres de toiles kaki… et des éperons, une cordelière rouge pour le sifflet à l’épaule droite.

   À l’épaule gauche, l’insigne tissé porte une diligence et au chapeau, imprimé sur toile cirée jaune, un fouet noir sur une roue rouge et la devise, en noir : « Jeunesse tiendra ». (1)

$_57Le réalisateur Jacques Berr, spécialiste des courts métrages, avait réalisé un documentaire en 1941 nommé « Les Postillons du Limousin ». Depuis 1998, le Conseil Régional du Limousin le met à disposition avec d’autres productions cinématographiques locales. (2)

L’actuelle présentation du film :

« En 1941, pour pallier à la fermeture de gares dans certains villages, les jeunes ont créé les Postillons du Limousin. Afin de soutenir cette initiative, l’État a mis à la disposition de leur organisation des chevaux et un centre de formation aux métiers de palefrenier, conducteur ou éleveur. Les postillons assurent ainsi un service de messagerie régulier entre les villages, qui désormais ne sont plus menacés d’isolement. Devant l’essor de leur activité, une ferme abandonnée leur est offerte. Certains postillons se mettent au service des fermiers sans moyen de transport, tandis que d’autres collectent, avec la Croix-Rouge, des livres destinés aux prisonniers. » (3)

I-Grande-5716-organisations-mouvements-et-unites-de-l-etat-francais-vichy-1940-1944.net(1) Organisations, mouvements et unités de l’État français (Vichy 1940-1944). Les Postillons du Limousin. Chapitre 26.

(2) Documentaires de la Cinémathèque du Limousin

(3) Autour du 1er mai

Le limousin fa03

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