Le héros croisé limousin Golfier de Lastours

Parmi les seigneurs limousins qui prirent part à la première croisade, les vieilles chroniques citent le nom de Golfier de Lastours. Il était fils de Guy le Noir (ou Tête-Noire) qui construisit Pompadour et fut seigneur de ce dernier fief, de Nexon et d’Hautefort. La légende affirme qu’il s’attacha à l’occasion de son séjour en Terre-Sainte l’amitié d’un lion en le délivrant des assauts d’un serpent

Les récits des annalistes le représentent comme un des ces hommes extraordinairement forts et courageux, ayant toutes les apparences de ces héros, sorte de demi-dieux, dont parlent Homère, l’Arioste et les auteurs des chansons de geste, en leurs épopées grandioses. En Palestine, il se fit remarquer, par sa bravoure, dans la fameuse défense du pont d’Antioche, où soixante chevaliers tinrent tête à une nombreuse armée musulmane ; au siège de Marrah où, dans l’assaut, il s’avança hardiment le premier.

Lion-Serpent

La chronique de Vigeois, qui appelle Golfier, Gouffier le Grand, rapporte qu’un jour, en Terre-Sainte, les rugissements d’un lion épouvantaient les Croisés ; Golfier s’avança résolument vers la forêt, et trouva, là, un lion aux prises avec un énorme serpent qui était sur le point de l’étouffer, en l’enserrant dans ses anneaux. Le noble chevalier, une dague à la main — présent d’Eustorge le Prêtre —, s’élance sur l’affreux reptile aux cris de : « Hautefort ! Pompadour ! » et l’abat, puis le coupe en morceau.

Le lion râlait, saignait de toutes parts. Golfier s’approchant de l’animal, le caressa et le conduisit ensuite à une source où il lui prodigua ses soins. La bête domptée, reconnaissante, s’attacha à ses pas, le suivit comme un chien, et, dans les mêlées ardentes où son maître combattait, on vit le lion mordre à belles dents les Sarrasins.

Lorsque Golfier revint en France, après la prise de Jérusalem, où il s’était distingué, ainsi que son compagnon, il fut s’embarquer, suivi du lion, dans le port de Jaffa, sur une galère génoise. Le maître du navire, effrayé de la présence de l’animal, refusa de le laisser monter à bord et force fut à Golfier de Lastours de le laisser sur le rivage, malgré ses regrets.

Mais lorsque le navire leva l’ancre et qu’il eut pris la haute mer, on vit le lion se jeter à l’eau, nager vers la galère qui amenait son maître, et pousser de longs rugissements de douleur. Toutefois, secoué, entraîné par les flots, il s’enfonça, disparut, puis remonta sur la mer, mort !…

Golfier de Lastours mourut en Limousin, dans ses terres, et fut enterré au Châlard, où on voit encore son tombeau, dans l’église. Sur le monument funéraire, un lion, tracé en relief, repose aux pieds du chevalier, un serpent de même gît aux pieds de sa femme, Agnès d’Aubusson, enterrée aux côtés de son noble époux.

D’après « L’Écho de la Corrèze », paru en 1892.

Le limousin fa03

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