La mort de Garcia Moreno

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Garcia Moreno n’ignora rien de ce qui se tramait ; trois mois durant, il regarda la mort en face et la savoura d’avance, sans changer quoi que ce fût à sa conduite, sans laisser fléchir une seule de ses résolutions. Dès le mois de juillet, il écrivait au Pape une lettre admirable, qui respire la piété d’un saint et comme la soif du martyre.

« Aujourd’hui que les loges des pays voisins excitées par l’Allemagne (c’était le temps du Kulturkampf national et international[7]) vomissent contre moi toutes sortes d’injures atroces et d’horribles calomnies, se procurant en secret les moyens de m’assassiner, j’ai plus que jamais besoin de la protection divine afin de vivre et de mourir pour la défense de notre sainte religion et de cette chère République que Dieu m’appelle à gouverner encore. Quel plus grand bonheur me peut-il arriver, Très Saint Père, que de me voir détesté et calomnié pour l’amour de notre divin Rédempteur ? Mais quel bonheur plus grand encore si votre bénédiction m’obtenait du Ciel la grâce de verser mon sang pour Celui qui étant Dieu a voulu verser le sien pour nous sur la croix. »

(…)

Le 4 août, prenant congé d’un ami, il lui dit : « Je vais être assassiné ; je suis heureux de mourir pour la foi ; nous nous reverrons au ciel ». Et, comme s’il lisait dans le cœur de cet ami la question qui est au fond des nôtres : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi laissez-vous partir ainsi ceux qui vous servent, et à l’heure où ils semblent devoir assurer le triomphe de votre cause ? » il ajouta : « Les ennemis de Dieu et de l’Église peuvent me tuer, Dieu ne meurt pas ». C’était, vous le savez, sa maxime favorite ; elle exprimait si parfaitement et son humilité et sa foi qu’elle a survécu dans la mémoire des hommes comme le mot qui le résume tout entier.

(…)

Garcia Moreno entra dans la cathédrale et pria. Craignant qu’il n’échappât encore une fois, les conjurés lui firent dire par un complice qu’on l’attendait pour une affaire urgente. Il sortit.

À peine parvenait-il à la plate-forme du palais, que le conjuré Rayo le frappait d’un coup de couteau à l’épaule et d’un autre à la tête, tandis que les autres déchargeaient sur lui leurs revolvers. Rayo s’acharna sur sa victime, lui taillada le bras gauche, lui coupa la main droite à peu près empiètement et lui laboura la tête.

« Dieu ne meurt pas », murmura une dernière fois le héros chrétien. On transporta son corps à la cathédrale et c’est là, sur le sol sacré, qu’après avoir témoigné d’un regard qu’il pardonnait à ses bourreaux, il rendit son âme à Dieu. Son scapulaire, l’image de Pie IX et son dernier message étaient teints de son sang.

Tiré de « Éloge de Garcia Moreno prononcé en l’Église Saint-Sulpice. »

Gabriel Garcia Moreno

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